La guerre en Ukraine est-elle « notre guerre » ? La Pologne et la Hongrie en désaccord

La déclaration du Premier ministre polonais Donald Tusk en début de semaine selon laquelle la guerre en Ukraine est aussi « notre guerre » a provoqué une vive réaction de la part de son homologue hongrois Viktor Orbán, ravivant les tensions entre Varsovie et Budapest.

EURACTIV Pologne
Prime Minister Of Poland Donald Tusk At The European Council Summit
Le Premier ministre polonais, Donald Tusk (à gauche), et le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán (à droite). [Getty Images/Nicolas Economou_NurPhoto ]

Lundi 29 septembre à l’occasion du premier jour du Forum sur la sécurité de Varsovie, Donald Tusk déclarait qu’il fallait « reconnaître qu’il s’agit de notre guerre », faisant référence à la guerre menée par la Russie en Ukraine.

Des propos qui n’ont pas manqué de faire réagir le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán. Mardi 30 septembre, dans une publication sur X reprenant un article d’Euractiv, il a écrit en taggant son homologue polonais : « Vous pensez peut-être être en guerre contre la Russie, mais ce n’est pas le cas de la Hongrie. Ni celui de l’Union européenne ».

Il a également accusé Donald Tusk de « jouer un jeu dangereux avec la vie et la sécurité de millions d’Européens ».

Le lendemain, le vice-ministre polonais des Affaires étrangères, Władysław Teofil Bartoszewski, a répondu à ces accusations sur Radio ZET.

« Cher Premier ministre [hongrois], vous financez cette guerre en achetant du pétrole russe. Cela fait de vous l’un des deux seuls Premiers ministres en Europe à agir ainsi. Veuillez cesser de le faire : sans argent, les Russes ne pourront pas poursuivre la guerre. »

L’autre Premier ministre auquel Władysław Teofil Bartoszewski fait allusion est le Premier ministre slovaque Robert Fico, dont le gouvernement, comme celui de la Hongrie, continue de dépendre fortement des combustibles fossiles russes et s’est opposé à la prolongation des sanctions de l’UE contre Moscou.

La Hongrie reste le plus gros consommateur de combustibles fossiles russes de l’UE. Rien qu’en août, elle en a importé pour 416 millions d’euros, dont 176 millions d’euros de pétrole brut et 240 millions d’euros de gaz acheminé par gazoduc, selon le Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur (CREA).

Le débat continue à Copenhague

Jeudi 2 octobre, à Copenhague pour le sommet de la Communauté politique européenne, Donald Tusk a maintenu sa ligne, affirmant devant les journalistes qu’une victoire russe en Ukraine serait « dramatiquement dangereuse » pour la Pologne, mais également pour l’Occident de manière plus générale. « Pour moi, c’est évident : c’est aussi notre guerre. »

Juste avant d’entrer dans la salle de réunion avec les autres dirigeants, Viktor Orbán a déclaré à la presse : « Nous dépensons tous plus que la Russie en armement, alors pourquoi avons-nous peur ? Nous sommes plus forts qu’eux ». Donald Tusk, qui se trouvait à côté de lui, a rétorqué : « J’adore quand il utilise mes arguments ».

Avant cela, Viktor Orbán avait également insisté sur le fait que « l’UE a décidé d’entrer en guerre ».

Sur X, Donald Tusk a répondu à son homologue en début d’après-midi en le taggant à son tour : « Monsieur le Premier ministre Orbán, c’est la Russie qui a déclenché la guerre contre l’Ukraine. C’est elle qui a décidé que nous vivions en temps de guerre. Et dans une telle période, la seule question qui se pose est : de quel côté êtes-vous ? ».

Sans tarder, l’intéressé a répondu : « La Russie est en guerre. L’Ukraine est en guerre. La Hongrie ne l’est pas. Nous sommes fermement du côté de la Hongrie. Vous cherchez à gagner une guerre que vous croyez être la vôtre. Je veux m’assurer que la paix prévale ».

La Pologne et la Hongrie sont aux antipodes lorsqu’il s’agit de la guerre en Ukraine. Alors que Varsovie est un fervent soutien des mesures de rétorsion contre Moscou et de l’envoi de soutien à l’Ukraine, Budapest se montre plus réticent et a bloqué à plusieurs reprises l’adoption de sanctions européennes contre la Russie.

Jeremias Lin a contribué à la rédaction de cet article.

(asg)