La Hongrie souhaite déroger aux règles de l’UE sur l’asile
La Hongrie a informé en début de semaine Bruxelles de son souhait de pouvoir déroger aux règles de l’Union européenne sur l’asile, une procédure ayant cependant peu de chances d’aboutir.
Emboîtant le pas aux Pays-Bas, la Hongrie a informé en début de semaine Bruxelles de son souhait de pouvoir déroger aux règles de l’Union européenne (UE) sur l’asile, une procédure ayant cependant peu de chances d’aboutir.
Le pays d’Europe centrale a adressé lundi 7 octobre une lettre à la Commission européenne pour demander « une exemption des règles européennes en matière d’asile et de migration si une modification des traités devait avoir lieu à l’avenir ».
Le ministre hongrois des Affaires européennes, Janos Boka, a expliqué sur Facebook que « le gouvernement hongrois est résolu à prendre des mesures fermes pour protéger ses frontières et freiner la migration illégale qui menace la sécurité nationale ».
Les traités européens sont des accords contraignants adoptés par tous les États membres de l’Union européenne et une dérogation ne peut être consentie qu’avec l’accord des Vingt-Sept.
Au moment de la requête néerlandaise mi-septembre, Bruxelles avait précisé ne pas prévoir de « changements immédiats ».
La Hongrie, hostile à l’accueil de demandeurs d’asile au nom de la défense d’une Europe « chrétienne », a été condamnée à plusieurs reprises par la justice européenne pour non-respect du droit de l’UE.
Son Premier ministre, Viktor Orbán, s’est aussi opposé au Pacte européen sur la migration et l’asile, une grande réforme adoptée mi-mai par l’UE prévoyant notamment un mécanisme de solidarité obligatoire envers les États membres confrontés à une pression migratoire.
Au-delà du cas hongrois, de nombreux pays européens multiplient les mesures pour freiner l’immigration clandestine et restreindre le droit d’asile, s’alignant sur les demandes des mouvements d’extrême droite qui gagnent du terrain en Europe.
Pour Viktor Orbán, la crise migratoire de 2015 n’est pas terminée
Viktor Orbán tenait ce mardi une conférence de presse au Parlement européen à Strasbourg, où il doit s’exprimer le lendemain pour présenter les priorités de Budapest à la tête du Conseil de l’UE. Et la question de l’immigration a dominé son allocution.
Pour le chef d’État, l’UE est aujourd’hui confrontée à une situation bien plus grave qu’en 2011, lorsque la Hongrie a pris la présidence du Conseil pour la première fois de son histoire.
« Nous voyons une guerre en Europe. Il y a de graves conflits à l’Est, en Afrique, et nous en ressentons les conséquences. Chaque conflit international comporte un risque d’escalade », a-t-il insisté.
Viktor Orbán a également prévenu que la crise migratoire de 2015 continuait, ajoutant que « les risques pour la sécurité de l’espace Schengen sont très sérieux ».
Le nationaliste hongrois a déclaré que pour relever efficacement les défis migratoires, l’UE devait « changer ».
« Vous pouvez proposer n’importe quel type de pacte migratoire, mais la migration ne peut être stoppée que par la mise en place de contrôles », estime-t-il, soulignant la nécessité d’imposer des mesures plus strictes aux frontières.
Un nouveau système devrait être basé sur des efforts pour arrêter les migrants aux frontières, avec des « hotspots en dehors de l’UE » recevant un nombre croissant de migrants à traiter, a-t-il ajouté.
Par ailleurs, Viktor Orbán a affirmé que les demandes d’asile devraient être déposées avant l’entrée dans l’UE. « Si elles ne sont pas approuvées, ils ne devraient pas être autorisés à entrer », a-t-il déclaré.
En juin, la Cour de justice de l’UE (CJUE) a ordonné à la Hongrie de payer 200 millions d’euros pour n’avoir pas mis en œuvre les changements nécessaires à ses politiques concernant les migrants et les demandeurs d’asile à sa frontière. Le Premier ministre avait alors condamné cette décision, la qualifiant de « scandaleuse et inacceptable ».
« La Hongrie est punie par l’UE pour avoir agi de la sorte », a déclaré Viktor Orbán aux journalistes mardi.
Le Premier ministre a également lancé l’idée de proposer un sommet de Schengen, appelant tous les pays membres de l’espace de libre-circulation à se réunir pour une action collective sur les défis sécuritaires auxquels la zone est confrontée.
« Depuis 2015, tout le monde a dit que j’étais un idiot ou que j’étais mauvais pour avoir ce point de vue. Mais au bout du compte, tout le monde finira par être d’accord avec moi », a-t-il conclu.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]