La journée de mobilisation des Indignés révèle le malaise italien
La journée mondiale de mobilisation des « indignés » contre le système financier mondial a suscité des réactions de sympathie limitées de la part des dirigeants politiques et économiques hier (16 octobre). Les manifestations se sont déroulées sans encombres, sauf en Italie.
La journée mondiale de mobilisation des « indignés » contre le système financier mondial a suscité des réactions de sympathie limitées de la part des dirigeants politiques et économiques hier (16 octobre). Les manifestations se sont déroulées sans encombres, sauf en Italie.
Des citadins asiatiques, européens ou encore américains sont descendus dans les rues samedi (15 octobre) pour dénoncer le capitalisme, les inégalités et les retombées de la crise économique, mais seule Rome a donné du fil à retordre aux forces anti-émeutes.
La ville est revenue au calme dimanche, alors que la veille, des manifestants des « black blocs » mettaient le feu à des voitures, attaquaient des banques et jetaient des pierres.
« Ils doivent être condamnés par tous, sans réserve », a déclaré le premier ministre, Silvio Berlusconi.
« Nous avons encore une fois montré au monde l'anomalie de l'Italie et aujourd'hui, encore une fois, nous pouvons avoir honte », pouvait-on lire dans le journal La Stampa. Le maire de la capitale, Gianni Alemanno, a affirmé que Rome souffrirait longtemps des « préjudices moraux » causés par le saccage de la ville.
De nombreux Italiens se demandent pourquoi la police n'est parvenue qu'à arrêter 12 manifestants.
Des dizaines de milliers d'autres « indignés » ont défilé pacifiquement dans les rues pour protester contre le gouvernement de l'Italie surendettée.
Dimanche, un petit groupe de manifestants pacifiques s'est rassemblé devant une église proche de l'endroit où des actes de violence ont été perpétrés afin de prolonger le sit-in. « Nous sommes les vrais indignés », a déclaré l'un d'entre eux. « Ils nous ont volé notre journée ».
Le ministre italien de la défense, Ignazio La Russa, a affirmé que l'opposition de gauche partageait la responsabilité de ces troubles de par son discours, dans la mesure où la gauche pense que toutes les actions peuvent se justifier du moment qu'elles permettent de se débarrasser de Silvio Berlusconi, le « mal de l'Italie ».
Des dizaines de milliers de personnes ont également envahi les rues de Lisbonne et de Madrid ce samedi. La colère des Espagnols a été alimentée par le versement de salaires de plusieurs millions d'euros à des membres du personnel des banques régionales en difficulté, alors que le chômage frappe le pays et que de pénibles mesures d'austérité sont mises en place.
La plupart des manifestations dans le monde n'ont toutefois pas déplacé les foules. « Les gens ne veulent pas s'impliquer. Ils préfèrent regarder ça à la télévision », a expliqué Troy Simmons, un manifestant de New York, la ville où le mouvement Occupy Wall Street qui a inspiré cette journée mondiale a été initié.
A New York, quelques dizaines de manifestants ont été arrêtés pour des délits mineurs. La police de Chicago a affirmé avoir arrêté environ 175 manifestants sur une place de la ville où certains avaient monté leurs tentes et apportés leurs sacs de couchage. De modestes manifestations pacifiques ont également eu lieu dans d'autres villes aux Etats-Unis et au Canada. « Je vais commencer ma vie d'adulte en étant endetté et ce n'est pas juste », a expliqué à Washington Nathaniel Brown, un étudiant. « Des millions d'adolescents dans le pays vont commencer leur vie en étant endettés, alors que toutes ces grandes entreprises reçoivent de l'argent de la Fed sans arrêt et nous ne recevons rien ».
Camping à la cathédrale
Certaines manifestations se sont prolongées dimanche. Environ 250 manifestants ont planté leur tente devant la cathédrale St Paul non loin du quartier financier de Londres, promettant de ne pas quitter le site afin de montrer leur colère face à la crise économique mondiale.
Le groupe de campeurs avait tenté d'envahir la zone située en face de la bourse de Londres samedi. Après avoir été évacués par la police, ils se sont installés près de la cathédrale et ont monté leurs 70 tentes. Certains ont affirmé qu'ils resteraient sur place aussi longtemps que possible.
« Ca suffit, la population veut une vraie démocratie et non pas un système fondé sur les intérêts des grandes entreprises et du système bancaire », s'est exclamée Jane McIntyre, une manifestante.
Le ministre britannique des affaires étrangères, William Hague, a exprimé sa sympathie envers les manifestants.
« Il est vrai que de nombreuses questions doivent être réglées en Occident, les Etats ont accumulé trop de dettes et il est clair que beaucoup de choses ne vont pas dans le système bancaire », a-t-il dit à la BBC.
« Les manifestations ne sont toutefois pas la solution. La solution, pour les gouvernements, est de contrôler leurs dettes et leur déficit. Je crains que manifester dans les rues ne résolve pas le problème ». Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, a affirmé que le système financier ne pouvait pas rester dans un tel état de fragilité.
« Il est de notre devoir de consolider le système financier mondial […] c'est ainsi que j'interprète le message transmis par ce mouvement », a expliqué M. Trichet lors d'un entretien.
Il a cependant affirmé que les autorités ne devaient pas « démolir » les banques, étant donné qu'elles financent trois quarts de l'économie.
M. Trichet a affirmé que le traité de l'Union européenne devait être amendé pour éviter qu'un Etat membre ne déstabilise le reste de l'union monétaire et a appelé à une gouvernance plus forte de la zone euro.
Une douzaine de tentes abritant environ 40 manifestants ont également été montées devant les bureaux de la BCE à Francfort.