La liberté de la presse en déclin dans les pays de l'élargissement
Les pressions politiques, les menaces et les procès contre les médias et les journalistes sont monnaie courante dans les pays candidats à l'adhésion et dans les autres pays qui souhaiteraient rejoindre l'UE, ont révélé les rapports de la Commission européenne sur l'élargissement dévoilés mardi (9 novembre).
Les pressions politiques, les menaces et les procès contre les médias et les journalistes sont monnaie courante dans les pays candidats à l'adhésion et dans les autres pays qui souhaiteraient rejoindre l'UE, ont révélé les rapports de la Commission européenne sur l'élargissement dévoilés mardi (9 novembre).
« La liberté d’expression et des médias, qui est une partie intégrante de tout système démocratique, reste un problème dans la plupart des pays de l’élargissement », a mis en garde le commissaire à l’élargissement, Štefan Füle, en dévoilant la stratégie d’élargissement de la Commission lors d’une conférence de presse.
La Turquie est le plus mauvais élève
Il n’y a qu’en Turquie où le cadre légal existant « ne garantit pas suffisamment la liberté d’expression », souligne le rapport individuel sur les progrès réalisés dans le pays.
Bien que l’UE ait financé cette année un dialogue de la société civile sur les média avec la Turquie, un « grand nombre de violations de la liberté d’expression » sont toujours perpétrées, y compris un « grand nombre de procès contre des journalistes et de fréquentes interdictions de sites Internet », peut-on lire dans le rapport.
En effet, quarante journalistes sont actuellement en prison dans le pays pour avoir simplement fait leur travail honnêtement et professionnellement, selon la Fédération européenne des journalistes. Dans le même temps, le site de partage de vidéos YouTube a été interdit en Turquie durant deux ans, une interdiction qui n’a été levée qu’en octobre.
Les leaders de l’opposition turque ont exprimé le sentiment que le référendum de septembre dernier sur la réforme constitutionnelle avait été mené dans une atmosphère de pression financière sur les médias et de peur en Turquie.
Les standards du journalisme ont également été sujets aux critiques de la Commission.
Malgré des « progrès limités », l’antisémitisme « reste un problème dans les médias ultranationalistes », selon l’exécutif de l’UE.
« Violence » pour les médias dans les Balkans
Malgré le fait que la législation est progressivement mise en œuvre pour garantir la liberté des médias dans les pays candidats des Balkans, dans la pratique, cette application est toujours entravée, révèle le rapport sur l’élargissement de la Commission, reflétant les rapports des organisations de médias.
« Dans plusieurs pays des Balkans occidentaux, les menaces et les atteintes à l’intégrité physique des journalistes continuent », peut-on lire dans le document stratégique de la Commission, la Macédoine, la Bosnie Herzégovine et le Kosovo étant particulièrement mal classés en comparaison à l’année dernière.
En Bosnie Herzégovine, « un nombre croissant de journalistes et de rédacteurs sont sujets à la [violence], y compris aux menaces de mort », explique le rapport, ajoutant que la mise en application de l’Acte de la liberté d’accès à l’information restait « insuffisante ».
Les pressions politiques sur les médias auraient également augmenté dans le pays depuis l’année dernière, après que la région ait déjà vu la pire chute des niveaux de liberté des média l’année précédente, selon le Freedom House Index.
En effet, l’Organisation des médias d’Europe du Sud-Est a rapporté qu’Alternativna Televizija, une chaîne TV bosniaque, avait reçu un mémo de l’Alliance sociale-démocrate indépendante, un parti politique, leur conseillant de ne pas publier sur les élections du mois précédent.
Fin janvier de cette année, le magnat des média, Fahrudin Radoncic, qui aspire à devenir homme politique, qui détient le plus important quotidien de Bosnie Herzégovine, le Dnevni Avaz et qui a dirigé un parti politique lors des élections, aurait lancé une attaque verbale publique contre la journaliste bosniaque Duska Jurisic en utilisant des injures ethniques et sexistes.
La transparence de la propriété des médias a également été identifiée comme un problème en Albanie et en Macédoine où l’intimidation des journalistes était aussi qualifiée de « sérieux problème » et où les Roms ont souvent été représentés « de manière à renforcer les stéréotypes négatifs » à la suite de leur expulsion très médiatisée de la France cette année.
Bien que les médias sembleraient « généralement opérer librement » en Serbie, les cas de violence contre des journalistes n’auraient pas fait l’objet de véritables enquêtes. Il s’agit, entre autres, d’une tentative de meurtre en avril 2007 visant Dejan Anastasijevic, un journaliste qui écrivait sur les crimes de guerre en Serbie sous la présidence de Slobodan Milosevic.
Des inquiétudes quant à l’indépendance des médias ont également été exprimées pour le Kosovo où les autorités représenteraient les plus grands annonceurs publicitaires. L’organisation des médias dans ce pays fut décrite comme « conduisant à une forte interférence politique ».
En fait, la chaine de télévision publique kosovare RTK est sous contrôle politique et le vice-premier ministre, Hajredin Kuci, a siégé l’année dernière au comité responsable d’élire les membres du conseil d’administration de la société. La présidente de RTK a prétendu que le gouvernement leur avait fait du chantage et avait exercé des pressions pour les contrôler, rapporte The Economist.
Le rapport de la Commission sur le Monténégro ne fut pas aussi mauvais que celui de ses voisins, même si des poursuites judiciaires seraient toujours utilisées pour exercer des pressions sur les médias, notamment via des amendes.
Même si la Croatie a provisoirement clôturé 25 des 35 chapitres nécessaires à l’achèvement de ses négociations d’élargissement pour rejoindre l’UE, dont un chapitre sur les médias et la société d’information, des journalistes qui publient sur la corruption et le crime organisé recevraient toujours des menaces.
Contexte mondial
La Freedom Housequalifie les niveaux de liberté de la presse dans tous les pays candidats de « partiellement libre » comme au Bhutan ou au Nigéria. La Bulgarie, la Roumanie et l’Italie porte aussi cette triste qualification.
Cependant, la situation peut être vue différemment d’une certaine manière en Islande. Le candidat à l’adhésion a refusé d’accepter cette semaine 30 millions d’euros destinés à des « projets de préadhésion », y compris l’information des citoyens sur ce que fait l’UE, par peur d’être accusée de gagner en influence sur les médias.
La Commission organisera une conférence sur la liberté d’expression et des médias dans les pays de l’élargissement au printemps 2011 afin de faire le point sur les progrès des pays dans ce domaine.