La ministre allemande à la Coopération économique comprend l’interdiction d’exportation de blé de l’Inde

L’Inde a restreint ses exportations de blé en raison des tensions sur le marché mondial, ce qui est compréhensible compte tenu de la sécheresse qui sévit dans le pays, a déclaré la ministre allemande Svenja Schulze.

EURACTIV Allemagne
German Government Weekly Cabinet Meeting
La décision du gouvernement indien doit être « considérée sous un angle différent », a déclaré Svenja Schulze, membre du parti social-démocrate (SPD) au pouvoir en Allemagne. [Andreas Gora/EPA-EFE]

L’Inde a restreint ses exportations de blé en raison des tensions sur le marché mondial, ce qui est compréhensible compte tenu de la sécheresse qui sévit dans le pays, a déclaré la ministre allemande à la Coopération économique et du Développement, Svenja Schulze.

L’Inde, qui dispose d’importants stocks de céréales, a interdit les nouvelles exportations de blé à la fin de la semaine dernière. Cette décision a accentué les pressions sur les marchés agricoles mondiaux, déjà mis à rude épreuve par la guerre menée par la Russie en Ukraine, les deux pays exportant auparavant un quart du blé mondial.

La décision du gouvernement indien doit être « considérée sous un angle différent », a déclaré Svenja Schulze, membre du parti social-démocrate (SPD) au pouvoir en Allemagne, lors d’une conférence de presse organisée jeudi (19 mai), à l’issue d’une réunion des ministres du Développement tenue à Berlin de mercredi à jeudi dans le cadre de la présidence allemande du G7.

« Nous ne voulons pas de restrictions à l’exportation, mais l’Inde connaît actuellement la pire sécheresse enregistrée depuis longtemps », a indiqué Mme Schulze. « Que l’Inde s’inquiète de disposer de suffisamment de nourriture pour sa propre population […], je pense que c’est très compréhensible », a-t-elle ajouté.

L’Inde est actuellement aux prises avec de mauvaises récoltes dues à de fortes chaleurs et à la sécheresse. Par rapport aux projections précédentes, le gouvernement a révisé la production de blé estimée de 5,7 % pour l’année 2021-2022.

Compte tenu de cette « crise majeure », la décision de l’Inde doit être évaluée différemment de « ce que font [le président russe Vladimir] Poutine et d’autres, qui font aussi délibérément la guerre à la faim », a déclaré Mme Schulze.

La destruction par la Russie de l’infrastructure alimentaire de l’Ukraine et le blocage des exportations de céréales constituent « une stratégie de guerre délibérée » qui vise à « contribuer à une plus grande déstabilisation dans le monde », a confié la ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock à la presse mardi.

« Le président russe est le seul responsable » de la hausse des prix alimentaires dans le monde, a affirmé Mme Baerbock.

Une alliance pour la sécurité alimentaire

Avec le président de la Banque mondiale, David Malpass, Mme Schulze a remis à l’ordre du jour l’idée d’une alliance alimentaire mondiale, une idée déjà évoquée par l’Allemande.

Dans leur communiqué final, les pays du G7 ont accepté de créer cette alliance, à laquelle participent la Commission européenne, la Norvège, le Danemark, l’Union africaine et plusieurs Organisation des Nations unies, a confirmé le ministère de Mme Schulze.

La nouvelle alliance va maintenant chercher de nouveaux partenaires, notamment des acteurs de la société civile et du secteur privé, a-t-elle ajouté.

L’objectif premier de cette alliance est de regrouper et de mieux coordonner l’aide internationale existante en matière de sécurité alimentaire.

La valeur ajoutée de l’initiative réside donc « dans la coordination rapide et prospective », l’objectif principal à court terme étant « d’acheminer effectivement la nourriture et les réserves de céréales disponibles vers les populations ».

Mme Schulze a également souligné l’urgence de l’engagement, affirmant que « la pire famine depuis la Seconde Guerre mondiale est imminente ».

De nombreux pays, notamment en Afrique du Nord et dans certaines régions d’Asie, ont été gravement touchés par la chute des exportations de blé en provenance d’Ukraine et, dans certains cas, même de Russie. Plus récemment, des avertissements ont été émis concernant une famine massive au Yémen.

Mme Schulze a donc également demandé que les produits agricoles soient encore exclus des sanctions contre la Russie.

Le directeur du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Achim Steiner, a quant à lui mis en garde contre l’instabilité politique que la crise alimentaire pourrait déclencher dans les régions touchées.

Risque de marginalisation politique

Selon M. Steiner, « il y a un risque énorme que la radicalisation et la marginalisation politique prennent soudainement beaucoup d’ampleur ».

« Lorsqu’un gouvernement ne peut plus assurer le fonctionnement des marchés alimentaires, les gens descendent dans la rue », a-t-il déclaré, ajoutant que l’insécurité alimentaire devrait être classée parmi les risques géopolitiques.

Toutefois, la situation de l’approvisionnement alimentaire mondial est déjà extrêmement grave, a également souligné M. Steiner.

Selon un rapport récent de l’organisation Food Crisis, 183 millions de personnes dans le monde sont confrontées à une « insécurité alimentaire aiguë ».

« Cela signifie qu’elles ne peuvent plus garantir qu’elles seront en mesure d’obtenir suffisamment de nourriture pour elles-mêmes et leur famille le lendemain », a ajouté M. Steiner.

Les conséquences de la guerre menée par la Russie en Ukraine « aggraveront l’insécurité alimentaire et les crises humanitaires dans le monde entier », car elle a « exacerbé une situation déjà alarmante », ont averti les ministres du G7 dans leur communiqué final.

Cela signifie que l’insécurité alimentaire mondiale ne fera probablement que s’aggraver dans les années à venir.