La paix en Ukraine sera négociée par Donald Trump, que cela plaise aux Européens ou non
Après 48 heures émouvantes passées dans le froid gris du siège de l’OTAN à Bruxelles, les Américains ont anéanti tout espoir des Européens de pouvoir avoir un poids dans les négociations de paix en Ukraine.
BRUXELLES — Après 48 heures émouvantes passées dans le froid gris du siège de l’OTAN à Bruxelles, les Américains ont anéanti tout espoir des Européens de pouvoir avoir un poids dans les négociations de paix en Ukraine.
Avant le début de la réunion, les diplomates européens affirmaient espérer que le nouveau secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, garantirait son soutien à une paix durable en Ukraine et apporterait des éclaircissements sur la position de Washington.
Ce que les Européens n’avaient pas prévu, c’est que les Américains déprécieraient les espoirs ukrainiens d’un accord et les écarteraient publiquement des négociations.
Pete Hegseth n’aurait pas pu être plus clair : Donald Trump mène les négociations de paix sur l’Ukraine. Les protestations des Européens n’y changeront rien — alors que les négociations n’ont même pas commencé.
Le nouveau secrétaire à la Défense n’a pas tardé à rejeter toutes les critiques visant l’approche américaine sur l’avenir de l’Ukraine. Un retour aux frontières d’avant 2014 est « irréaliste », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il était peu probable que l’Ukraine devienne membre de l’OTAN.
Ce que Donald Trump « est prêt à autoriser ou non relève de sa compétence », a-t-il ajouté.
Plus tôt dans la matinée, plusieurs ministres de la Défense avaient fait valoir que les Européens avaient participé à d’importantes livraisons militaires à l’Ukraine depuis le début de la guerre et méritaient un siège à la table des négociations.
Pete Hegseth ne leur a rien donné.
Le travail des Européens : acheter des armes
Satisfaire les Européens n’est pas à l’ordre du jour.
La « priorité absolue » du président Donald Trump, selon Pete Hegseth, est « une fin diplomatique et pacifique à cette guerre le plus rapidement possible, de manière à créer une paix durable ».
Le travail des autres membres de l’OTAN ? Dépenser plus, acheter plus.
« Nous comptons sur nos alliés pour soutenir cet important travail en prenant la tête de l’aide à la sécurité de l’Ukraine […] des contributions accrues et une plus grande appropriation de la sécurité future », a-t-il affirmé.
La paix que les États-Unis auront dégociée devra toutefois être « garantie par la force des Européens ».
La France et le Royaume-Uni, par exemple, qui s’étaient préparés à une éventuelle non-implication des troupes américaines en Ukraine, ont commencé les préparatifs d’une mission de maintien de la paix. Proposée pour la première fois par Emmanuel Macron il y a un an, l’idée de troupes en Ukraine et d’une mission de maintien de la paix semble désormais plausible.
D’autres garanties de sécurité peuvent être organisées pour l’Ukraine, en dehors de l’adhésion à l’OTAN, a déclaré le secrétaire général de l’alliance, Mark Rutte.
Concessions vs réalités
Les trois « non » de l’Amérique ont suscité des inquiétudes.
« Il est regrettable que l’administration Trump ait déjà fait des concessions publiques à [Vladimir] Poutine avant le début des négociations », commente le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, loin d’être le seul à exprimer sa frustration.
« À mon avis, il aurait été préférable de discuter de l’éventuelle adhésion de l’Ukraine à l’OTAN ou d’éventuelles pertes territoriales uniquement à la table des négociations, et de ne pas retirer ce sujet de la table », confie le secrétaire britannique à la Défense, John Healy, aux journalistes. « Ce sont les Ukrainiens qui doivent faire ces calculs, pas nous. »
Pete Hegseth a toutefois tenu bon, insistant sur le fait que les lignes qu’il avait tracées sur l’Ukraine étaient « une reconnaissance des réalités de la puissance sur le terrain, et non une concession ».
La Hongrie et la Slovaquie ont trouvé un allié puissant.
Des vérités cachées
Si les Américains ont clarifié certaines positions ces derniers jours, d’autres questions restent en suspens.
Personne ne sait si les États-Unis prévoient d’envoyer une aide militaire à l’Ukraine, selon deux personnes présentes à la table ronde, interrogées par Euractiv. L’une d’entre elles a exprimé sa crainte de voir certaines capitales européennes suivre l’exemple des États-Unis si Washington réduisait son soutien.
Le secrétaire américain à la Défense a déclaré que les troupes américaines en Europe étaient là pour rester, pour l’instant. Certains diplomates craignent que Washington ne se désengage du jour au lendemain, notamment en signe de détente envers Moscou.
Les États-Unis ont augmenté le nombre de leurs troupes sur le continent de 80 000 à 100 000 à la suite de la guerre en Ukraine. Les gouvernements habitués à une forte présence américaine, comme l’Allemagne et la Pologne, gardent un œil sur une réduction potentielle.
« Quiconque suggère son abandon [de la présence militaire américaine en Europe] tente de creuser un fossé inexistant entre des alliés », a affirmé Pete Hegseth.
Ce qu’il voulait vraiment dire : les Américains sont de retour, et ils comptent bien faire leur loi.
Darius Kölsch a contribué à la rédaction de cet article.
(AM)