La perte de la Syrie est une « défaite personnelle » pour Vladimir Poutine, selon des experts russes
Selon des experts russes, la chute du régime de Bachar al-Assad est une « défaite personnelle » pour Vladimir Poutine, mais le Kremlin pourrait tenter de conserver ses bases militaires en négociant avec le nouveau régime.
Selon des experts russes, la chute du régime de Bachar al-Assad est une « défaite personnelle » pour Vladimir Poutine, mais le Kremlin pourrait tenter de conserver ses bases militaires en négociant avec le nouveau régime.
Les groupes rebelles guidés par le Hayat Tahrir al-Cham (HTC, Organisation de libération du Levant) ont pris en quelques jours le contrôle des principales villes de Syrie. Dimanche 8 décembre, ils sont parvenus à renverser le président Bachar al-Assad, après être entrés dans la capitale Damas.
« La Russie essaiera de négocier avec le nouveau pouvoir pour conserver une présence sur le terrain – c’est pourquoi le drapeau de la révolution a été hissé si rapidement sur l’ambassade syrienne à Moscou », explique pour Euractiv Nikita Smagin, spécialiste de la politique russe au Moyen-Orient.
Interrogé sur la probabilité que la Russie parvienne à un accord avec les rebelles, l’expert confie que « rien n’est impossible ».
« La Russie avait déjà retiré les talibans de sa liste des organisations terroristes et pourrait faire de même avec les rebelles en Syrie. Reste cependant à voir si l’opposition syrienne, ciblée durant des années par les forces russes, l’acceptera », poursuit Nikita Smagin.
Selon Ruslan Suleymanov, un chercheur indépendant spécialiste du Moyen-Orient, la Syrie n’est plus aussi importante pour la Russie qu’au milieu des années 2010. À l’époque, il était nécessaire pour le Kremlin de montrer qu’il n’était pas isolé sur la scène internationale, après l’annexion de la Crimée. « Ce qui s’est passé [ce dimanche] est une défaite personnelle pour Vladimir Poutine », soutient pourtant le chercheur.
Selon lui, l’engagement de la Russie en Syrie fut la première tentative de la Russie de contester la domination de l’Occident en dehors des frontières de l’ancien espace soviétique. La Russie a dépensé des milliards de roubles et envoyé sur le terrain des milliers de soldats pour maintenir le régime Assad en place — des efforts rendus vains par la victoire des rebelles.
« Moscou établira des contacts diplomatiques avec les [nouvelles] autorités syriennes, mais sans grand intérêt. Vladimir Poutine joue désormais sa survie en Ukraine », explique-t-il.
Conserver des bases militaires
La question principale est de savoir si les Russes pourront conserver la base aérienne de Hmeimim, au sud-est de Lattaquié, et le port de Tartous, deux vecteurs essentiels de l’influence de Moscou au Moyen-Orient.
Selon CNN Turk, la Russie aurait demandé l’aide de la Turquie pour assurer le retrait de ses troupes du territoire syrien. Les militaires devraient être transférés dans des zones contrôlées par Ankara, avant d’être évacués par avion vers la Russie.
« La présence de ces bases a considérablement renforcé l’influence de la Russie au Moyen-Orient. Ce sont des centres logistiques importants, qui permettent à Moscou de transférer du matériel et des personnels vers l’Afrique. Leur utilité militaire et leur rôle symbolique sont donc énormes », poursuit Nikita Smagin.
Le groupe islamiste Hayat Tahrir al-Cham (HTC) n’a pour l’heure pas dénoncé la présence russe en Syrie.
Selon Ruslan Suleymanov, le HTC peut se permettre de conserver les bases militaires russes dans le pays, contrairement à la présence iranienne, car la confrontation idéologique du groupe islamiste avec l’Iran est beaucoup plus profonde qu’avec la Russie.
« [Le maintien des bases] ne sera que formel. Le Kremlin ne pourra plus faire étalage avec autant de force de ses armes », continue le chercheur.
Les rebelles ont de leur côté intérêt à prendre langue avec les Russes. Il leur sera en effet difficile d’être reconnus par les pays occidentaux, et ils pourraient chercher en parallèle la reconnaissance de la Russie.
« Nous ne comprenons cependant pas encore tout à fait ce que représente [le groupe HTC] et à quel point il est disposé à négocier », souligne Nikita Smagin.
La Russie « ne partira pas »
Même si l’influence de la Russie en Syrie pourrait pâtir de la victoire des rebelles, le Kremlin garde quelques atouts au Moyen-Orient. Les autorités russes entretiennent de bonnes relations commerciales avec laTurquie, les Émirats arabes unis et l’Égypte.
La Russie continue également de construire des centrales nucléaires en Iran. De son côté, Téhéran livre à la Russie des drones et des missiles utilisés en Ukraine. « La Russie continuera à jouer un rôle important dans la région, non seulement sur le plan politique, mais aussi sur le plan économique », affirme Nikita Smagin.
Reste maintenant à voir quelles seront les évolutions politiques qui interviendront en Syrie dans les prochains jours et les prochaines semaines.
[Édité par Anna Martino et Laurent Geslin]