La politique européenne en 2023 : un calme relatif avant la tempête électorale
Alors que législateurs et gouvernements se préparent pour la nouvelle année, EURACTIV résume les principaux développements politiques à surveiller en 2023 : deux présidences du Conseil de l’UE, des dossiers majeurs sur la migration et des élections.
Alors que législateurs et gouvernements se préparent pour la nouvelle année, EURACTIV résume les principaux développements politiques à surveiller en 2023 : deux présidences du Conseil de l’UE, des dossiers majeurs sur la migration, des élections nationales et européennes, et bien d’autres chantiers politiques.
Les premiers jours de janvier ont vu l’assaut du palais présidentiel et de la Cour suprême du Brésil par les partisans du vaincu Jair Bolsonaro, président sortant d’extrême droite, qui ont éveillé les échos de la révolte du Capitole par les partisans de Donald Trump, il y a pile deux ans. Ces rébellions mettent en évidence la fragilité de la démocratie à travers le monde.
Bien que l’Europe n’ait pas encore connu de cas similaires, où les vaincus refuseraient d’accepter les résultats d’élections démocratiques, l’Union n’est pas à l’abri des forces politiques qui ont provoqué les bouleversements à Brasilia et à Washington DC.
Avec à l’horizon des élections nationales déterminantes en Europe cette année, ainsi que les élections du Parlement européen en mai 2024, il y a de bonnes raisons d’être vigilant. En effet, les eurodéputés sont sur le point d’adopter une nouvelle législation visant à renforcer les règles relatives à l’ingérence étrangère dans les campagnes électorales.
Dans cette optique, nous vous proposons d’examiner les changements que nous sommes susceptibles d’observer dans le paysage politique européen en 2023.
Des présidences peu ambitieuses
En janvier, la Suède a pris le relais de la République tchèque à la tête du Conseil de l’UE. Comme EURACTIV l’a rapporté dans une précédente newsletter, leur programme est dominé, sans surprise, par la guerre en Ukraine.
La réforme du traité restera probablement en arrière-plan, bien que le programme de la présidence suédoise comprenne une timide référence à la possibilité de passer à un « vote à la majorité qualifiée dans certains domaines de la politique étrangère et de sécurité commune », rappelant les difficultés actuelles à atteindre une unité européenne en matière de sanctions contre le régime russe notamment.
La présidence espagnole du second semestre 2023, quant à elle, sera dominée par la campagne électorale dans le pays.
La présidence débutera après les élections régionales de mai et culminera avec les élections générales de décembre – et les premières pourraient bien influencer les secondes. Pour l’instant, la coalition de gauche du Premier ministre Pedro Sánchez recule dans les sondages, mais il ne s’agit pas d’une marge insurmontable.
Des mesures sur la migration
La présidence suédoise espère faire avancer le Pacte sur la migration et l’asile, en respectant ce que l’on appelle la feuille de route sur la migration sur laquelle les institutions de l’UE et les diplomates se sont accordés informellement en septembre dernier. Il s’agit d’un paquet de dossiers législatifs sur la migration que les institutions de l’UE se sont engagées à conclure avant la fin de ce mandat.
Toutefois, il est peu probable que des progrès significatifs dans ce domaine soient constatés avant le second semestre de l’année. Actuellement, le débat central sur la migration dans l’UE porte sur les mouvements primaires en provenance de pays tiers empruntant la voie de la mer Méditerranée et la route des Balkans.
Cependant, même si cette question n’occupera pas le devant de la scène à Stockholm, ce sera une autre histoire pour la présidence espagnole, puisqu’il s’agit d’un pays de première ligne. Une source diplomatique européenne a confié à EURACTIV que la migration sera la principale priorité de l’Espagne.
En attendant, nous sommes susceptibles de voir un accent continu sur la sécurisation des frontières de l’UE, indépendamment du fait que les élections espagnoles de décembre soient remportées par M. Sánchez comme par le Parti populaire (PP) conservateur.
Il existe une volonté politique claire de la part du gouvernement espagnol de réduire le flux de migrants qui passent par les enclaves de Ceuta et Melilla, deux villes espagnoles sur le continent africain, à côté de la frontière avec le Maroc.
L’année dernière, nous avons fait le point sur la normalisation des relations entre le Maroc et l’Espagne, expliquant pourquoi le Maroc a réussi à atteindre son objectif : la légitimation internationale de sa position sur le Sahara occidental (considérée comme sérieuse, crédible et réaliste par beaucoup, comme les États-Unis), en échange de la gestion des flux migratoires.
Un cas de protocole ?
Suivre les relations entre l’UE et le Royaume-Uni, en particulier le protocole sur l’Irlande du Nord, reviendrait à attendre Godot. Aucun progrès n’a été réalisé en 2022, en grande partie à cause de la crise politique qui a frappé le Parti conservateur au pouvoir au Royaume-Uni, évincé Boris Johnson et fait tomber sa successeure, Liz Truss.
Toutefois, la situation s’est améliorée.
Le nouveau Taoiseach irlandais, Leo Varadkar, a déjà déclaré publiquement que les termes du protocole étaient trop stricts, ce qui pourrait inciter la Commission européenne à assouplir légèrement sa position de négociation.
En outre, si des progrès sont réalisés au niveau du protocole, le président américain Joe Biden pourrait effectuer une visite d’État au Royaume-Uni en avril pour marquer le 25e anniversaire de l’accord de paix du Vendredi saint, ce qui incite à un certain optimisme.
L’impasse mexicaine de Bruxelles
L’impasse mexicaine de décembre entre la Commission européenne et la Hongrie devrait se poursuivre en 2023.
Budapest a renoncé à bloquer 18 milliards d’euros d’aide de l’UE destinée à l’Ukraine après que l’exécutif européen eut convenu de libérer quelque 6 milliards d’euros de fonds de relance suite à la pandémie de Covid-19, gelés jusqu’à présent.
Cependant, le gouvernement Fidesz de Viktor Orbán cherche désespérément à obtenir 16 milliards d’euros supplémentaires de fonds de l’UE, que la Commission déclare vouloir suspendre en raison de craintes relatives à la corruption et à l’État de droit — affaire à suivre.
De réelles réformes possibles suite au Qatargate ?
Les conséquences du scandale du Qatargate vont à leur tour dominer les premiers mois de 2023, notamment au Parlement européen.
Les poursuites judiciaires à l’encontre de plusieurs eurodéputés et fonctionnaires, qu’ils soient toujours en fonction ou pas, devraient débuter à partir de février, lorsque le Parlement européen devrait avoir achevé la procédure de levée de l’immunité juridique des accusés.
Ce qui compte plus que le sort des individus concernés, c’est de savoir comment le Parlement et les autres institutions européennes réagiront pour renforcer les règles relatives au lobbying et à la transparence, qui ont rendu possible l’ingérence du Qatar dévoilée par le scandale du Qatargate.
Les élections européennes ayant lieu dans moins de 18 mois, il est difficile d’imaginer que les dirigeants du Parlement, et notamment la Présidente Roberta Metsola, choisissent la voie de l’inaction.
Cependant, les eurodéputés ont toujours eu tendance à éviter les réformes internes trop ambitieuses et les premiers indices laissent penser qu’ils ne soutiendront pas les règles strictes du modèle américain en matière de transparence obligatoire.
Trois sondages nationaux clés
En Espagne, les sondages d’opinion attribuent au Parti populaire une avance de six points sur le Parti socialiste espagnol du Premier ministre Pedro Sánchez. De plus, une coalition de droite entre le PP et le parti nationaliste Vox pourrait voir le jour. Le parti d’extrême droite a atteint aujourd’hui le taux significatif d’environ 15 %, dépassant ainsi le parti de gauche Podemos.
En Pologne, la politique pourrait enfin redevenir compétitive cette année, puisque la popularité du parti Plateforme civique de centre droit, de l’ancien président du Conseil européen Donald Tusk, se rapproche de celle de la coalition conservatrice Droite unie, au sein de laquelle le parti Droit et Justice (PiS), au pouvoir depuis de nombreuses années, joue un rôle clé.
Si ces tendances se poursuivaient et un gouvernement plus libéral et centriste devait arriver au pouvoir à Varsovie, cela aura des conséquences majeures sur l’orientation de la politique de l’UE, notamment en termes d’État de droit.
La Grèce pourrait assister à une compétition serrée entre le parti conservateur au pouvoir, Nouvelle Démocratie, et le parti de gauche, Syriza, bien que la Nouvelle Démocratie du Premier ministre Kyriakos Mitsotakis ait 8 points d’avance sur le parti de l’opposition Syriza, dirigé par Alexis Tsipras.
Il reste à voir si les révélations sur l’opération de surveillance de l’État grec contre les législateurs et les journalistes de l’opposition vont nuire au parti de M. Mitsotakis.