La Pologne défie l'Europe sur la feuille de route sur le carbone pour 2050
Une crise risque d'éclater lors de la réunion des ministres européens de l'environnement vendredi. En effet, la Pologne rejette toute mention de la proposition de feuille de route sur la réduction du carbone pour 2050 qui prévoit une baisse de 95 % des émissions d'ici la moitié du siècle.
Une crise risque d'éclater lors de la réunion des ministres européens de l'environnement vendredi. En effet, la Pologne rejette toute mention de la proposition de feuille de route sur la réduction du carbone pour 2050 qui prévoit une baisse de 95 % des émissions d'ici la moitié du siècle.
Les efforts des diplomates de l'UE pour mettre au point un compromis ont été entravés par la réticence des Polonais face à toute tentative de fixer des objectifs de réduction des émissions de carbone entre 2020 et 2050.
La Commission européenne a présenté une feuille de route en mars 2011 proposant une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 25 % dès 2020, ainsi que des objectifs pour les décennies suivantes : 40 % en 2030, 60 % en 2040 et 80-95 % en 2050.
La Pologne a fait part de son soutien à l'objectif pour 2050 lors d'un sommet européen en 2009, mais elle rejette les étapes intermédiaires proposées dans la feuille de route de la Commission.
« C'est en particulier sur ce point que la Pologne avait marqué son opposition », a déclaré un haut diplomate européen à propos de l'étape proposée pour 2020. (déjà traduit)
« Il est clair que certains éléments présents dans les conclusions risquent de ne pas plaire aux Polonais », a déclaré à EURACTIV un autre diplomate. « Ils sont particulièrement contre le fait que cette feuille de route ne puisse pas être modifiée ni servir de point de départ pour les discussions. »
La Pologne dépend actuellement du charbon pour plus de 90 % de son électricité. En juin 2011, elle a bloqué des propositions visant à renforcer les objectifs de réduction des émissions de CO2.
Reuters a cité une source du gouvernement polonais affirmant que Varsovie opposerait également son veto à deux textes de projets de conclusion vendredi, l'un lié à la feuille de route pour une économie faible en carbone et l'autre sur les conclusions de la Conférence de Durban sur le changement climatique.
« Nous ne pouvons pas approuver des mesures qui imposeraient directement ou indirectement des objectifs de réduction d'émissions plus exigeants dans un avenir proche », a-t-il expliqué.
Les réserves émises pas Varsovie
Une autre source à Bruxelles a déclaré à EURACTIV que les réserves de Varsovie face à cette feuille de route portaient également sur la durée de la période visée jusqu'en 2050, les outils de modélisation utilisés, les incertitudes sur la technique de captage et stockage du dioxyde de carbone et le risque que les entreprises délocalisent leurs services hors de l'Europe si les objectifs de réductions de carbone sont trop élevés.
« Nous devons absolument nous engager en faveur d’objectifs que nous sommes en mesure d’atteindre », a ajouté cette source. « Il ne s'agit pas d'être pour ou contre l'Europe. Il s'agit de respecter ses engagements. »
Pour éviter le veto polonais, la présidence danoise du Conseil de l'UE a déjà retiré du projet de conclusions son jalon de 25 % de réduction des émissions pour 2020. Mais cela n'a apparemment pas suffi pour apaiser Varsovie.
Alors que certains pays d'Europe centrale et orientale sont sur la même longueur d'onde que la Pologne sur ce sujet, les grands États membres de l'UE comme le Royaume-Uni, l'Allemagne et la France n'ont pas abandonné les idées présentées dans la feuille de route.
Ces pays soulignent la nécessité de fixer des objectifs pour 2030 qui permettraient de soutenir dès à présent un marché européen du carbone mal en point. Les prix du carbone avoisinent en ce moment les 8 euros par tonne, une valeur largement inférieure aux 25 à 40 euros jugés nécessaires pour avoir une réelle influence sur les décisions des entreprises.
« Nous souhaitons être aussi ambitieux que possible pour 2020 et nous demandons des réductions d'émission à hauteur de 30 % », a déclaré un diplomate européen à EURACTIV. « La feuille de route existe bel et bien et nous voulons y voir figurer des chiffres qui rassurent les entreprises quant à leurs investissements dans des [technologies] à faible teneur en carbone. »
Un autre diplomate a expliqué l'essence du conflit qui règne au sein du Conseil des ministres de l'UE. « Le débat au Conseil, ça va être entre l'Allemagne qui dit « je veux un jalon en 2020 », les Britanniques qui émettent le même type de signaux, et d'autre part la Pologne avec d'autres – la Roumanie, la République Tchèque – qui nous disent non seulement qu'il est hors de question d'avoir un jalon pour 2020, mais que même le texte actuel leur pose des problèmes. »
Kyoto II entre en jeu
Le débat sur la feuille de route de la Commission pour une économie faible en carbone d'ici 2050 définira la position de l'Europe lors du sommet sur le climat qui se déroulera à Doha cette année.
Mais alors que l'Europe prépare la seconde période d'engagement du protocole de Kyoto, dont la première phase touchera à sa fin cette année, la Pologne avance que l'UE ne devrait pas signer un chèque en blanc quant à ses engagements pour le climat.
De même, alors que la plupart des pays européens soutiennent les propositions de prolongation de Kyoto pour huit ans jusqu'en 2020 conformément aux engagements de l'UE pour le climat, la Pologne préfèrerait quant à elle une prolongation de cinq ans seulement jusqu'à 2017.
Surplus de crédits carbone
L'un des enjeux du texte de conclusions pour la conférence de Durban, qui sera discuté vendredi, concerne les surplus de crédits carbone, les unités de quantité attribuée (UQA), détenus par des pays comme la Pologne, la République tchèque et la Hongrie.
Les anciens pays communistes se sont retrouvés inondés de crédits carbone après la chute de leurs industries très polluantes dans les années 1990. La crise économique actuelle n'a fait qu'aggraver la situation, dans la mesure où des usines ont fermé ou ralenti leur production, réduisant ainsi la demande en crédits carbone.
Les surplus de crédits oscillent aujourd'hui entre 11 et 12 milliards de tonnes, une quantité significative, même avec la chute des prix du carbone, a affirmé un diplomate.
Les négociateurs européens envisagent à présent de diviser ces surplus en deux catégories : certains pourraient être conservés dans la seconde période d'engagement de Kyoto et d'autres pourraient être réinvestis dans des technologies à faible teneur en carbone.
« Cela suppose une contrepartie financière », a déclaré à EURACTIV un diplomate européen, précisant que le financement était au cœur des débats actuels.
« Nous travaillons sur ces points, mais cette réunion du Conseil ne devrait pas marquer un tournant décisif », a-t-il poursuivi. « Ce n'est pas la première fois qu'on en discute, on a un peu tout essayé. »