La Pologne et les États baltes proposent de créer une ligne de défense aux frontières russes et biélorusses

Dans un document envoyé à la Commission européenne, la Pologne, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie proposent la création d'une ligne de défense aux frontières avec la Biélorussie et la Russie, et chiffrent plusieurs projets à l'échelle du continent.

EURACTIV.com
Poland says unidentified object entered its airspace from the direction of Ukraine
Des soldats polonais patrouillent près du village de Sosnowa-Debowa, dans l'est de la Pologne, le 29 décembre 2023. [EPA-EFE/DAREK DELMANOWICZ POLAND OUT]

Dans un document envoyé à la Commission européenne, la Pologne, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie proposent la création d’une ligne de défense aux frontières avec la Biélorussie et la Russie, et chiffrent plusieurs projets à l’échelle du continent. 

Ce document vise à influencer la rédaction du Livre blanc sur l’avenir de la défense de l’Union, qui doit identifier les grands projets de défense dans lesquels les Européens devront s’investir ces prochaines années et qui doit donner des pistes pour les financer.

La liste des projets, dévoilée par Euractiv, a ces dernières semaines été confirmée à plusieurs reprises par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.

Un « bouclier » frontalier nord-est est à l’étude, ainsi que la constitution de stocks de munitions, tout comme un bouclier de défense aérienne.

Ce « bouclier » regrouperait les défenses orientales de la Pologne, la ligne de défense balte et pourrait inclure la frontière de 1 340 kilomètres de la Finlande avec la Russie.

Selon les calculs de la Pologne, de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie, l’investissement nécessaire à ce projet s’élève à environ 8 à 10 milliards d’euros.

Selon les États de l’Est de l’UE, la défense des frontière avec la Russie et la Biélorussie est essentielle pour protéger l’Union européenne (UE), notamment depuis que Moscou et Minsk avaient poussé des migrants à entrer sur le territoire de l’UE.

« Nous devons prendre des mesures urgentes pour accroître la contre-mobilité, renforcer la surveillance aérienne et la défense aérienne, la défense électronique et la sécurité sous-marine de nos frontières », écrivent les pays dans un document consulté par Euractiv.

Ces derniers proposent que les États de l’UE investissent conjointement dans des infrastructures, avec des fortifications, des systèmes de surveillance des frontières de haute technologie, des capacités de guerre électronique, des drones et des mesures de lutte contre les drones. Cela inclut également des entrepôts pour stocker les équipements, le carburant, les munitions et les explosifs, ainsi que la logistique pour le transport et les abris.

Ils demandent également plus de réglementation.

Bien qu’ils réclament une « ligne de défense solide couvrant les domaines terrestre, aérien, maritime et autres domaines pertinents » le long de la frontière de l’UE avec la Russie et la Biélorussie, les pays n’incluent pas dans leur liste d’achats de systèmes sophistiqués de défense aérienne et antimissile, d’avions de chasse ou de moyens navals, ce qui augmenterait considérablement le prix.

À titre indicatif, un bouclier de défense aérienne européen coûterait 500 milliards d’euros, selon les estimations de la Commission européenne.

Plus loin dans le document, ils estiment que la protection des infrastructures sous-marines nécessaires contre les cyberattaques, le sabotage et d’autres menaces coûterait au moins deux milliards d’euros au niveau de l’UE.

Avec cette somme, ils recommandent la création d’un « dôme de défense sous-marine modulaire et multicouche, comprenant des capacités de surveillance, de contrôle et de contre-défense potentielle » et la mise en place d’un échange d’informations sur les menaces et les accidents.

L’amélioration de la mobilité militaire des troupes et des équipements sur le continent devrait également bénéficier de 10 milliards d’euros, selon les pays.

Au total, l’UE devrait fournir 100 milliards d’euros pour renforcer les capacités de défense du continent d’ici 2028, en plus des investissements nationaux, ont-ils ajouté.

50 milliards d’euros pour les stocks de munitions

Un total de 50 milliards d’euros devrait être dépensé au niveau de l’UE pour le stockage de munitions et de missiles, en plus des investissements nationaux, indique le document.

Cela pourrait aider les entreprises à stocker des composants essentiels, tels que les propergols, les explosifs et les obus, écrivent les quatre pays, soulignant une mesure prévue dans le programme européen d’investissement dans le domaine de la défense (EDIP) actuellement en cours de négociation.

Les munitions et les missiles se sont avérés être des équipements essentiels en temps de guerre, au même titre que les technologies plus avancées.

Les stocks de munitions européens destinés à l’Ukraine sont des garanties de sécurité, selon la France. « Les stocks d’armes en Europe, peut-être aussi payés par les Européens pour l’Ukraine » comptent également comme « garanties de sécurité », a déclaré jeudi le ministre français des Armées, Sébastien Lecornu.

En ce qui concerne la production et l’approvisionnement, les programmes européens d’acquisition conjointe (EDIRPA) et de production (ASAP) de munitions et de missiles pourraient être étendus pour inclure « des munitions décisives pour la bataille, ainsi que des munitions d’artillerie de 155 mm, notamment des munitions antichars, des munitions rôdeuses et des munitions de défense aérienne », écrivent-ils également.

Élargir la portée des deux initiatives pour inclure davantage de types d’équipements pourrait apporter des résultats plus rapides, ont suggéré certains diplomates, bien que leurs régimes juridiques rendent la tâche compliquée, a souligné un fonctionnaire de la Commission.