La Pologne pose ses conditions à l’adhésion de l’Ukraine à l’UE

La Pologne bloquera l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne (UE) tant que Kiev n’aura pas résolu la question de l’exhumation des victimes des massacres de Volhynie, entre 1943 et 1945, a annoncé jeudi 3 octobre le ministre de la Défense Władysław Kosiniak-Kamysz.

EURACTIV Pologne
Poland Commemorates The 85th Anniversary Of World War II Outbreak
Wladyslaw Kosiniak-Kamysz, vice-Premier ministre de Pologne et ministre de la Défense nationale, lors de la cérémonie commémorative marquant le 85e anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale au cimetière de Rakowicki, le 1er septembre 2024, à Cracovie, Voïvodie de Petite-Pologne, Pologne. [Getty Images/Artur Widak]

La Pologne bloquera l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne (UE) tant que Kiev n’aura pas résolu la question de l’exhumation des victimes des massacres de Volhynie, entre 1943 et 1945, a annoncé jeudi 3 octobre le ministre de la Défense Władysław Kosiniak-Kamysz.

Mercredi 2 octobre, l’Institut ukrainien de la mémoire nationale a annoncé son intention de lancer en 2025 des recherches archéologiques pour retrouver certaines victimes des massacres de Volhynie, dans la région de Rivne, dans l’ouest de l’actuelle Ukraine. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs dizaines de milliers de Polonais avaient été tués par des nationalistes ukrainiens.

La Pologne a salué la décision de l’Ukraine d’ouvrir la voie à ces exhumations, alors que cette question mémorielle a longtemps empoisonné les relations entre les deux voisins.

« L’Ukraine ne pourra pas adhérer à l’UE si elle ne résout pas la question de la Volhynie », a répété Władysław Kosiniak-Kamysz au média Wirtualna Polska, même si le président Andrzej Duda plus ouvert sur la question.

Ce dernier est un fervent défenseur de l’Ukraine, depuis le premier jour de l’invasion russe de février 2022, et un ami proche de son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Le ministre a également ajouté que même si les États membres de l’UE acceptaient l’adhésion de l’Ukraine à l’Union, son parti, le Parti populaire polonais (PSL, membre du Parti populaire européen), bloquerait la décision si la question n’était pas résolue.

Le gouvernement polonais estime qu’environ 100  000 Polonais et 5  000 Ukrainiens ont été tués dans la régions de Rivne et en Volhynie entre 1943 et 1945.

Les principaux objectifs de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) étaient d’assurer l’indépendance de l’Ukraine en chassant les occupants nazis, puis soviétiques, et en expulsant les Polonais des terres considérées comme ukrainiennes.

L’Ukraine semble avoir oublié le soutien de la Pologne

Pour rejoindre l’UE, tout pays « doit remplir certaines conditions, non seulement économiques, mais aussi concernant la vérité historique », a insisté le ministre de la Défense.

Władysław Kosiniak-Kamysz est opposé aux déclarations prononcées le mois dernier par Dmytro Kouleba, à l’époque encore ministre des Affaires étrangères et qui expliquait que les questions historiques telles que le massacre de Volhynie devaient être laissées aux historiens, afin que l’on puisse se concentrer sur la construction d’un avenir commun.

Pour le ministre de la Défense, il s’agit là de « la pire formulation qui puisse être utilisée ».

Ce dernier a également rejeté l’opinion du président Duda selon laquelle « quiconque bloque l’adhésion de l’Ukraine à l’UE agit conformément à la politique de Vladimir Poutine ».

« Nous avons été les premiers à envoyer une aide militaire [à l’Ukraine après le début de l’invasion russe] et la partie ukrainienne semble avoir oublié cette aide. »

Interrogé sur le risque que le conditionnement de l’adhésion de l’Ukraine à l’UE ne contribue à alimenter le ressentiment anti-ukrainien dans la société polonaise, il a répondu que la chose la plus honnête à faire était de fixer des conditions claires et d’exprimer ses attentes de manière transparente.