La Pologne veut livrer des chars à l’Ukraine, avec ou sans l’accord de l’Allemagne

Si Berlin ne donne pas son accord pour la livraison des chars Leopard 2 de fabrication allemande à l’Ukraine, la Pologne tentera de former une coalition de pays souhaitant effectuer ces livraisons, a déclaré le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki.

EURACTIV Pologne
Polish Prime Minister Morawiecki meets with soldiers in Biedrusko
« Nous ne regarderons pas passivement l’Ukraine se vider de son sang. L’Ukraine et l’Europe gagneront cette guerre, avec ou sans l’Allemagne », a confié Mateusz Morawiecki à l’Agence de presse polonaise (PAP) dans un entretien publié dimanche (22 janvier). [EPA-EFE/Jakub Kaczmarczyk]

Si Berlin ne donne pas son accord pour la livraison des chars de combat Leopard 2 de fabrication allemande à l’Ukraine, la Pologne tentera de former une coalition plus restreinte de pays souhaitant effectuer ces livraisons, a déclaré le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki après que les alliés occidentaux ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur la question vendredi (20 janvier).

Vendredi dernier, les alliés occidentaux qui forment le Groupe de contact pour la défense de l’Ukraine se sont réunis à Ramstein, en Allemagne. Durant cette réunion, ils ne sont pas parvenus à un consensus sur la question de la livraison des chars Leopard 2 malgré le fait que l’idée d’envoyer des chars produits en Allemagne à l’Ukraine a recueilli un large soutien. En effet, pour que l’envoi de chars puisse avoir lieu, le feu vert de Berlin est nécessaire.

« Nous ne regarderons pas passivement l’Ukraine se vider de son sang. L’Ukraine et l’Europe gagneront cette guerre, avec ou sans l’Allemagne », a confié M. Morawiecki à l’Agence de presse polonaise (PAP) dans un entretien publié dimanche (22 janvier).

M. Morawiecki a critiqué l’Allemagne pour son approche vis-à-vis de la Russie au fil des ans. « Ils ont cru qu’ils pouvaient apaiser l’ours russe avec des contrats généreux. Cette politique a échoué, et aujourd’hui l’Allemagne a du mal à reconnaître son erreur », a déclaré M. Morawiecki.

Il a également indiqué qu’il continuait à appeler son homologue allemand Olaf Scholz « à prendre une action résolue » sur le soutien militaire à l’Ukraine.

Cependant, « c’est à l’Allemagne de décider si elle veut se joindre à la mission pour arrêter le barbarisme russe, ou […] si elle se range du mauvais côté de l’histoire », a-t-il ajouté.

Dimanche soir, dans un entretien diffusé sur la chaîne de télévision française LCI, la ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock a déclaré que l’Allemagne ne s’opposerait pas à un envoi par la Pologne de chars allemands Leopard 2 à l’Ukraine.

À Ramstein, le ministre allemand de la Défense récemment élu, Boris Pistorius, a annoncé que son ministère vérifierait les stocks de chars Leopard de l’armée pendant qu’il continue de discuter de leur envoi. Il a toutefois nié les accusations selon lesquelles Berlin aurait bloqué unilatéralement la livraison de chars à l’Ukraine, rapporte le Financial Times.

Selon lui, l’image d’une « coalition unie » face à une « Allemagne qui fait obstacle » est fausse, et « de nombreux alliés » partageaient le point de vue de l’Allemagne sur la question des chars.

M. Morawiecki a déclaré qu’il attendait de Berlin une « déclaration claire » de soutien à l’envoi d’armes à l’Ukraine, notant qu’une telle démarche « est justifiée politiquement et moralement ».

« J’espère que l’Allemagne, tôt ou tard, prendra en compte cette question », a conclu le Premier ministre polonais.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]