La présidente du COPA attend un commissaire à l’Agriculture « fort » au sein de la prochaine Commission

La prochaine Commission devrait se doter d’un commissaire à l’Agriculture « fort » afin de refléter l’importance croissante de l’alimentation et de l’agriculture dans l’agenda politique de l’UE, a expliqué la présidente du COPA, la plus grande association européenne d’agriculteurs, à Euractiv.

EURACTIV.com
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Christiane Lambert, première femme à diriger la plus grande organisation d’agriculteurs de l’UE, le Comité des organisations professionnelles agricoles de l’Union européenne (COPA) quittera ses fonctions en septembre après quatre ans en poste. [[COPA-COGECA]]

La prochaine Commission européenne devrait se doter d’un commissaire à l’Agriculture « fort » afin de refléter l’importance croissante de l’alimentation et de l’agriculture dans l’agenda politique de l’UE, a expliqué Christiane Lambert, présidente du COPA, la plus grande association européenne d’agriculteurs, à Euractiv lors d’un entretien.

Christiane Lambert, première femme à diriger le Comité des organisations professionnelles agricoles de l’Union européenne (COPA) quittera ses fonctions en septembre après quatre ans en poste.

Son mandat a débuté sur les chapeaux de roue avec la pandémie de Covid, puis la guerre aux portes de l’UE en février 2022, et, plus récemment, les nombreuses manifestations agricoles dans toute l’UE. Ces évènements ont marqué l’Union européenne et semblent avoir poussé Bruxelles à revoir son approche en matière d’agriculture.

En 2019, les responsables politiques de l’UE « ne parlaient que d’environnement » et « pensaient que la sécurité alimentaire n’était pas un problème » parce que si nous manquions de nourriture et d’autres produits agricoles, « nous pouvions les acheter dans un autre pays ».

Après les chocs de la pandémie et de l’invasion russe en Ukraine, « tous les gouvernements [de l’UE] » s’accordent désormais à dire que la sécurité alimentaire et la production sont « tout aussi importantes que l’environnement ».

Les manifestations d’agriculteurs ont été pointées du doigt comme étant à l’origine de l’échec du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), ce à quoi Mme Lambert a répondu : « Nous avons besoin de femmes et d’hommes conscients » de la question climatique et de la transition environnementale.

Cependant, a-t-elle ajouté, « si nous regardons les conditions réelles de l’agriculture, vous devez comprendre que » l’application de certaines exigences environnementales, quelles que soient les conditions, « est impossible ». « Nous devons adapter le rythme du changement à la capacité des agriculteurs. »

Le retour de la sécurité alimentaire dans les discussions s’est reflété dans l’agenda stratégique 2024-2029, approuvé par les dirigeants de l’UE vendredi dernier (28 juin).

En raison de ce changement de perspective, Mme Lambert demande à présent « un commissaire fort » pour le prochain mandat législatif de l’Union. « Nous aimerions qu’il soit vice-président de la Commission » et qu’il ait un portefeuille couvrant la chaîne d’approvisionnement alimentaire, car celle-ci doit désormais être davantage prise en compte dans son ensemble.

Au sein du collège des commissaires, les vice-présidents agissent au nom du président de la Commission et coordonnent les travaux dans leur domaine de compétence, en collaboration avec plusieurs commissaires.

Alimentation et chaîne alimentaire

Un commissaire européen chargé de l’alimentation sera probablement amené à se pencher sur la question controversée de l’équilibre relatif au pouvoir de marché dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire. « Le renforcement de la position des agriculteurs dans la chaîne alimentaire » est également un engagement de l’agenda stratégique des dirigeants de l’UE.

Sur cette question, l’UE a adopté en 2019 une directive visant à protéger les revenus des agriculteurs, à l’issue d’un débat houleux entre les agriculteurs, l’industrie alimentaire et les distributeurs, dont les intérêts divergent.

Le revenu des agriculteurs ne représente « que 60 % de la moyenne » des autres salaires, et la directive « ne va pas assez loin », a souligné Mme Lambert. Dans de nombreux pays, a-t-elle toutefois ajouté, les acteurs de la chaîne alimentaire s’engagent à prendre en compte les coûts de production pour rémunérer les agriculteurs à « un bon prix ».

Parmi les « bons exemples », Mme Lambert cite l’Espagne, la France et la Croatie, « mais nous devons changer au niveau européen », note-t-elle.

Pas de protectionnisme

Interrogée sur le risque que l’accent mis sur la sécurité et la souveraineté alimentaires ne débouche sur des mesures protectionnistes, Mme Lambert a répondu que « lorsque l’on parle de souveraineté, cela signifie qu’il faut une décision politique pour affirmer que l’agriculture est importante ».

« Nous devons échanger, nous sommes ouverts au commerce », a-t-elle déclaré. Et d’ajouter que nous avons besoin de plus de « réciprocité dans l’échange, d’avoir les mêmes règles autant que possible avec les producteurs des pays tiers ».

Tout en rejetant le protectionnisme, Mme Lambert a déclaré n’avoir aucune sympathie pour le nationalisme. « L’Europe est l’horizon nécessaire pour les agriculteurs », a-t-elle déclaré.

« Si nous n’avons que des partis nationalistes côte à côte, nous arons une addition de personnes égoïstes. Et cela ne fait pas une famille unie. »