La révolution égyptienne éclipse l'ordre du jour des ministres de l'UE
Aujourd'hui (31 janvier), les ministres des affaires étrangères de l'UE se réunissent à Bruxelles, avec en toile de fond la révolution naissante en Egypte, des révoltes en Afrique du nord, des tensions dans le Sahel, au Soudan et en Côte d'Ivoire, ainsi qu'un blocage des discussions relatives aux droits de l'Homme avec le Belarus.
Aujourd'hui (31 janvier), les ministres des affaires étrangères de l'UE se réunissent à Bruxelles, avec en toile de fond la révolution naissante en Egypte, des révoltes en Afrique du nord, des tensions dans le Sahel, au Soudan et en Côte d'Ivoire, ainsi qu'un blocage des discussions relatives aux droits de l'Homme avec le Belarus.
Des diplomates issus de différents pays de l’UE ont déclaré à la presse que la question principale à l’ordre du jour des ministres serait : « l’UE répond-elle à la situation de manière adéquate ? »
Des révoltes populaires naissent actuellement dans le monde arable, rappelant la vague de révolutions qui a libéré l’Europe de l’est du régime communiste en 1989, ainsi que les déclarations d’indépendance de la période 1951-1962 en Afrique du nord.
Les ministres des affaires étrangères de l’UE devraient adopter une position commune sur la situation en Tunisie, qui se concentrera sur la façon dont l’UE contribuera au processus de démocratisation, après 23 ans sous la coupe de Zine al-Abidine Ben Ali.
Concernant le Belarus, une interdiction de voyager plus stricte que jamais devrait être adoptée contre un large groupe de fonctionnaires et de parents d’Alexander Lukashenko, le dernier dictateur européen. Les diplomates ont également déclaré ne pas exclure la participation de l’Albanie aux discussions.
Bien que le pays soit sur la voie de l’adhésion à l’UE, l’impasse politique et la violence dans les rues albanaises semble placer l’Etat dans le même contexte que les pays d’Afrique du nord qui voient aujourd’hui naître des révolutions.
L’Egypte et l’Algérie sont-elles différentes de la Tunisie ?
Les diplomates ont insisté sur les « différences » entre les situations d’un pays à l’autre, mentionnant en particulier la capacité de l’Algérie à répondre à des menaces de sécurité de grande envergure, telles que les insurrections islamiques qui ont eu lieu dans les années 1990.
La situation égyptienne est également « différente » de celle de la Tunisie, a déclaré un diplomate d’un grand pays de l’UE.
Cependant, les évolutions de la situation au Caire ce week-end suggèrent que les diplomates, qui se sont exprimés vendredi, aient peut-être sous-estimé la puissance de la révolution égyptienne naissante. Nombreux sont ceux qui affirment que la situation a atteint un point de non retour, et même les messages officiels des Etats-Unis, le plus grand allié du pays, semblent montrer que les jours du président Hosni Mubarak à la tête du pays sont comptés (voir « Positions » ci-dessous).
Mme Ashton sous le feu des critiques
Pendant ce temps, la chef de la diplomatie de l’UE, Catherine Ashton a été la cible de vives attaques quant au manque de perspective pour aboutir à un ordre du jour commun sur la politique étrangère de l’UE. Dans l’influent quotidien français, Le Monde, on a pu lire que Mme Ashton n’était pas à la hauteur et qu’elle ne possédait de manière générale pas les compétences pour ce poste.
Human Rights Watch, une ONG, a attaqué Mme Ashton pour son « approche mielleuse » qui consiste à permettre aux intérêts commerciaux et énergétiques d’éclipser les préoccupations relatives aux droits de l’Homme.
Son « dialogue et sa coopération sereins apparaissent souvent comme une connivence » avec les violations des droits de l’Homme, affirme le groupe dans son rapport annuel.
Point de non retour ?
Les six jours d’agitation ont causé la mort de 100 personnes en Egypte, mais la situation est arrivée dans l’impasse, selon Reuters. Les protestants refusent de partir et l’armée ne réagit pas.
Sur la place Tahrir, l’épicentre de la révolte, les protestants ont exclu les militaires désignés par M. Mubarak, ainsi que son vice-président et son premier ministre.
Ses promesses de réforme économique vouées à apaiser la colère du peuple envers la montée des prix, le chômage et les énormes inégalités entre riches et pauvres n’ont pas suffi à stopper l’appel à le pousser, avec ses associés, vers la porte de sortie.
Les protestants ont appelé à une grève générale lundi, et à ce qu’ils annoncent comme la marche « de protestation des millions » mardi, pour imposer la démocratie exigée par le peuple, qui pourrait signer la fin du régime militaire à la tête de l’Egypte post-coloniale depuis les années 1950.
Une coalition d’opposition égyptienne qui comprend le mouvement islamiste des Frères Musulmans s’est tourné vers Mohamed ElBaradei, ancien responsable de l’organisme de surveillance nucléaire de l’ONU, pour former un gouvernement d’unité et entrer en contact avec les militaires.
M. ElBaradei a exhorté le président des Etats-Unis, Barack Obama, à demander le départ de M. Mubarak.
« Il est mieux pour le président Obama de ne pas apparaître comme le dernier à dire au président Mubarak qu’il est temps de partir », a-t-il confié à CNN.
Dans le même temps, les gouvernements ont pris des mesures aujourd’hui (31 janvier) pour ramener leurs citoyens d’Egypte dans des avions prévus ou affrétés.
Certaines entreprises européennes ou asiatiques ont commencé à évacuer leur personnel.
Des témoins ont raconté des scènes de chaos à l’aéroport du Caire, avec de nombreuses personnes, dont des Egyptiens, qui tentaient d’obtenir une place sur des vols opérationnels de plus en plus rares