La Roumanie s’enfonce dans une crise politique

Le référendum du 29 juillet n’a pas réglé les tensions politiques qui secouent Bucarest depuis plusieurs mois. Le remaniement du gouvernement ne va rien arranger.

EURACTIV.fr
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Le référendum du 29 juillet n’a pas réglé les tensions politiques qui secouent Bucarest depuis plusieurs mois. Le remaniement du gouvernement ne va rien arranger.

La guerre entre le Premier ministre socialiste, Victor Ponta, et le président de la République de centre droit, Traian Basescu continue de déstabiliser la vie politique roumaine. Depuis le mois de mai, les camps des deux hommes se mènent une lutte sans merci pour le contrôle des institutions du pays. 

Respect de la Constitution

Le 6 juillet, les députés socialistes, soutenus par les libéraux, avaient voté la destitution du chef de l’État qui devait être validé le 29 juillet par un référendum. Or, les résultats contradictoires du scrutin ont ravivé les tensions. 86% des votants ont approuvé la décision des parlementaires, mais le taux de participation de 46% a rendu le vote invalide. 

Dans la phase d’organisation du référendum, les soutiens de Victor Ponta ont tenté de faire sauter cette dernière clause, provoquant une vive réaction de la Commission européenne qui s’inquiétait du respect de la Constitution. Le Premier ministre a dû se rendre à Bruxelles en juillet pour s’expliquer avant de battre en retraite. 

Selon les règles

Mais la nouvelle stratégie de l’Union sociale libérale pour venir à bout du président de la République est de remettre en cause les listes électorales utilisées pour le référendum. Elles n’auraient pas été mise à jour correctement et certaines personnes ne devraient plus y figurer. 

Cette réclamation a provoqué la démission, lundi 6 août, du ministre de l’Intérieur, pourtant issu des rangs du parti du Premier ministre. Ce dernier a dénoncé les pressions dont il fait l’objet de la part des deux camps, et a réaffirmé que le vote avait été organisé dans les règles. 

Négationniste 

Le remaniement qui a suivi cette sortie fracassante ne va pas calmer les esprits. Victor Ponta a choisi des fidèles dont les profils alimentent déjà la polémique. Ainsi Titus Corlatean hérite des Affaires étrangères. Auparavant à la justice, c’est lui qui a cherché à modifier la règle des 50% de participation nécessaire à la validation du référendum contre M. Basescu. Ses relations avec Bruxelles sont particulièrement tendues. 

Les relations avec le Parlement ont été confiées à l’ancien porte-parole de M. Ponta, Dan Sova. Ce choix a provoqué la colère des représentants juifs du pays. Le nouveau ministre s’est fait remarquer pour avoir tenu des propos négationnistes au sujet du pogrom de Iasi, en 1941. Il n’aurait fait selon lui que 24 morts et la responsabilité incomberait à l’armée allemande. Or les historiens parlent de 13 000 à 15 000 victimes, et d’une implication directe des autorités roumaines et de ses troupes. 

Inquiétudes économiques

Face à cette cacophonie, la Cour constitutionnelle a aussi décidé de hausser le ton. Elle a réclamé au gouvernement les listes électorales utilisées pour le référendum et non des versions actualisées pour permettre à M. Ponta et son camp de faire valider le vote du 29 juillet. 

Le Fonds monétaire international s’inquiète de cette situation et craint une dégradation de l’économie. Le pays est fortement dépendant du soutien extérieur depuis un prêt du FMI et de l’UE de 20 milliards d’euros en 2009 en échange de réformes. Or, en raison des luttes de pouvoirs, elles sont renvoyées aux calendes grecques. Des représentants des deux créanciers de Bucarest, ainsi que de la Banque mondiale, ont commencé une mission d’évaluation.