La santé, un argument de poids face au changement climatique
Les aléas climatiques, la famine et la pollution de l'air sont autant de facteurs d'augmentation de la mortalité. Alors que l'impact du changement climatique sur la santé pourrait favoriser un accord, les climato-sceptiques se mobilisent en contestant les chiffres.
Les aléas climatiques, la famine et la pollution de l’air sont autant de facteurs d’augmentation de la mortalité. Alors que l’impact du changement climatique sur la santé pourrait favoriser un accord, les climato-sceptiques se mobilisent en contestant les chiffres.
La tragédie d’un nouveau typhon qui a frappé les Philippines depuis 24 heures est venue rappeler l’urgence climatique aux 194 négociateurs réunis à Lima, en mettant en avant les aspects éthiques et de santé publique du climat. Le typhon Hagupit a déjà fait 23 morts.
« Le changement climatique crée la pauvreté et accroit l’injustice et nous appelons à renverser cette situation avec l’urgence que pose cette réalité » avait rappelé durant le week-end la conférence épiscopale du Pérou. Le réchauffement de la planète a un impact direct sur la multiplication des évènements météorologiques extrêmes, mais aussi sur l’alimentation des plus pauvres. La désertification a tendance à amenuiser les ressources en nourriture là où elles sont déjà rares.
Des risques accrus pour la santé humaine
A Lima, le risque accru de famines a été souligné par des représentants d’Action contre la faim, qui ont rappelé qu’un enfant mourait actuellement toutes les 30 secondes sur la planète du fait de la malnutrition. Dans un rapport publié le 6 décembre, l’ONG a insisté sur la nécessité d’intégrer « le droit à la santé et à une alimentation adéquate » dans le débat sur le changement climatique. Action contre la faim souligne que la réduction des émissions de gaz à effet de serre, notamment dans les transports, l’énergie, l’agriculture, réduirait les impacts négatifs du changement climatique sur la santé en général. L’organisation plaide ainsi pour l’intégration d’indicateurs de santé dans les politiques de développement.
Les liens entre santé et changement climatique, de plus en plus documentés, pourraient influencer le processus de négociations en incitant la société civile à faire pression sur les gouvernements.
La santé, clé de la prise de conscience ?
Sir Nicholas Stern, professeur à la LSE affirmait lors d’une conférence à Paris il y a deux semaines, que la santé « pourrait être une des clés de la prise de conscience de la question climatique ». Pour le spécialiste, la question est notamment en train de faire bouger les lignes en Chine, où les affections des voix respiratoires pourraient coûter jusqu’à 10 points de PIB à l’économie chinoise d’ici 2030. Le fait de brûler des hydrocarbures, ce que la planète fait de façon intensive depuis déjà deux siècles, a eu un impact majeur sur la qualité de l’air. Le nombre de décès lié à la mauvaise qualité de l’air est estimé à 7 millions pour la seule année 2012 ; mais près de la moitié de ces décès concernent l’Asie.
Les climato-sceptiques à la manoeuvre
Au total, selon l’OMS, le coût des dommages directs du changement climatique sur la santé représente entre 2 et 4 milliards de dollars par an d’ici 2030. En terme de décès, l’organisation a souligné que 250.000 décès supplémentaires pourraient être enregistrés entre 2030 et 2050 en raison de la malnutrition, du paludisme, de la diarrhée et du stress dû à la chaleur.
Preuve que les liens entre changement climatique et santé commencent à sérieusement préoccuper, l’étude de l’OMS a subi une attaque en règle de la part d’un think tank, la fondation britannique The Global Warming Foundation, connue pour ses analyses critiques sur le changement climatique.
Cette fondation a en effet publié un article intitulé Une exagération malsaine, remettant en question les estimations économiques de l’OMS sur le coût pour la santé humaine du changement climatique. La critique s’appuie sur le fait que l’OMS n’aurait pas pris en compte l’hypothèse d’une adaptation des populations au changement climatique, notamment à la montée des eaux.
Selon l’auteur, Indur M. Goklany, l’OMS a recours à des modèles invalides, et « ignore le fait que les êtres humains ne sont pas des plantes en pot », et que les progrès technologiques permettent de lutter contre les maux qui se propagent comme la malaria. L’auteur estime ainsi que l’OMS a surévalué le risque de mortalité très sérieusement.
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