La Silicon Valley, un mirage pour l'Europe

De plus en plus d'entrepreneurs européens partent pour la Silicon Valley a constaté José Manuel Barroso lors du sommet Europe 2020.

EURACTIV.com
Commission President Barroso. 22 May [EURACTIV]
Commission President Barroso. 22 May [EURACTIV]

De plus en plus d’entrepreneurs européens partent pour la Silicon Valley a constaté José Manuel Barroso lors du sommet Europe 2020.

Selon le président de l’exécutif européen, la raison qui expliquerait qu’il y ait autant d’Européens dans la Silicon Valley serait l’existence d’une culture qui encouragerait l’innovation, la création d’entreprises et la prise de risque.

Le point de vue du président a été discuté par la vice-présidente de la Commission responsable de la stratégie numérique, Neelie Kroes. Elle a déclaré pour sa part qu’elle en avait assez de cette tendance à vouloir copier la Silicon Valley à tout prix et aimerait plutôt créer une culture d’entrepreneuriat numérique au sein de l’UE.

Le président de la Commission a insisté :« J’ai été là-bas aux côtés de grandes multinationales de la Silicon Valley certes, mais aussi j’ai vu de jeunes entreprises et des incubateurs d’entreprises. J’ai rencontré tellement d’Européens là-bas. L’une des raisons expliquant leur présence outre-Atlantique [. . . ] était précisément l’environnement général, l’environnement culturel en faveur de l’innovation ».

L’Europe doit chercher à comprendre pourquoi ses jeunes sont « attirés par d’autres régions plus dynamiques » pour leur carrière, a-t-il poursuivi.

Certains aspects pourraient être changés grâce à de nouvelles réglementations, par exemple la suppression des barrières nationales entre les marchés des États membres. La Commission n’a cessé de faire pression sur le Conseil européen en vue de créer un marché intérieur numérique, et a soumis des réglementations concrètes en ce sens, a-t-il ajouté.

«  [Cependant], il faudra composer avec les différences de mentalité et de culture », selon lui. « Ce n’est pas quelque chose qui peut être résolue avec une directive [. . . ] C’est en lien avec la culture d’entrepreneuriat ».

L’Europe souffre souvent de la comparaison avec la Silicon Valley. Les entrepreneurs et les investisseurs font régulièrement référence à la disponibilité de capitaux, à la culture de l’’acceptation de l’échec et de la prise de risque comme autant de qualités caractérisant la région américaine mondialement connue. Des qualités qui manqueraient à l’Europe.

Neelie Kroes a insisté de son côté sur les avantages qu’offrait l’Europe. « Je vais commencer par apporter une petite correction aux propos tenus par mon président [. . . ] Elle [la Silicon Valley] est en effet une région vraiment fascinante, mais n’essayons pas de la copier. Soyons nous-mêmes », a-t-elle dit.

« J’en ai assez au bout d’un certain temps d’entendre les uns dire qu’il faut créer notre propre Silicon Valley en Europe et les autres constater que nous sommes à la traîne. Nous avons tellement de potentiel en Europe.

Une des choses qui me donnent du baume au cœur sont ces bataillons de jeunes entreprises européennes dans le domaine de l’Internet, les entrepreneurs ont recours en effet à la puissance de la technologie en vue d’innover, car leurs brillantes idées peuvent aider tout un chacun », a-t-elle garanti.

L’économie numérique européenne emploie des millions d’Européens et génère des milliards en chiffre d’affaires, a-t-elle continué. L’entrepreneuriat dans le secteur des hautes technologies permettra la reprise économique, selon la Commission. L’économie des applications devrait tripler son chiffre d’affaires entre 2013 et 2018, passant de 17,5 milliards d’euros à 63 milliards d’euros. Ce qui correspondrait à environ 4,8 millions d’emplois d’ici 2018, d’après les prévisions de l’exécutif européen.

Un manque de capitaux privés

Il y a un déficit de capitaux privés dans les capitaux européens à risque ; ces investisseurs qui viennent appuyer le lancement de jeunes entreprises et qui créent par la même de l’emploi et de la croissance. Quelque 38 % des capitaux à risque levés en Europe proviennent d’agences gouvernementales, si l’on en croit les chiffres de l’Association européenne des sociétés de capital à risque (EVCA).

Teemu Suila, directeur d’exploitation de Rovio — à l’origine d’Angry Birds — rejoint les préoccupations exprimées par l’EVCA. Rovio, une société finlandaise, est l’un des fleurons européens dans le secteur numérique. Cependant, elle a dû se rendre aux États-Unis afin de produire un film qui reprend l’univers du jeu destiné aux téléphones portables et aux tablettes.

« Où va l’argent du secteur privé?Là où il y a de grandes idées et de grandes équipes. Et il va là où se trouvent les grandes équipes et les grandes idées. Elles sont dans la Silicon Valley et pourquoi ?

Il y a plus de 50 000 Allemands dans la Silicon Valley, il y a plus de 500 jeunes entreprises fondées par de jeunes entreprises par des Français du fait de l’environnement, de l’écosystème proposé aux entrepreneurs qui est meilleur », a-t-il assuré.

« Nous devons nous pencher sur les facteurs qui encourageraient les gens à rester en Europe et faire en sorte que l’argent privé aille là où se trouvent les grandes idées », a-t-il conclu.

Boris Veldhuijzen van Zanten, fondateur et PDG de The Next Web, a donné une autre raison à l’origine du déficit de capital privé qui serait le manque de cession de participation. La cession de participation est quand un investisseur bénéficie d’un retour sur investissement lors de la revente d’une entreprise ou lors de l’introduction en bourse d’une entreprise.

« Pourquoi investir s’il n’y a aucune cession de participation? » s’est-il interrogé.

« Nous devons changer nos mentalités en ce qui concerne notre tendance à toujours vouloir limiter le risque. [. . . ] Si on adopte une posture optimiste, nous pouvons voir aujourd’hui à Londres quelques-uns de ces investisseurs en capital-risque de la Silicon Valley qui sentent qu’ils ont leurs chances et qui installent leurs bureaux ici maintenant », a repris Neelie Kroas.

José Manuel Barroso comme Neelie Kroes étaient d’accord pour dire que l’économie numérique présente un potentiel inexploité jusqu’à maintenant pour créer des emplois et générer de la croissance. « Je suis convaincu qu’il n’est pas encore trop tard pour l’Europe de tirer profit de la révolution numérique », a déclaré le président de la Commission.

Les chefs des entreprises européennes ont également identifié le secteur du numérique comme un facteur crucial pour fabriquer de la croissance. Une enquête menée par Accenture pour le compte de BusinessEurope montre que les chefs d’entreprise européens craignent que l’Europe se révèle incapable de faire face à la concurrence de la Chine et des États-Unis.

Quelque 61 % des sondés pensent que l’Europe accuse du retard dans le domaine du numérique par rapport aux États-Unis et plus de la moitié (53 %) considèrent que ce sera toujours le cas en 2017. Environ 51 % estiment que l’Europe est actuellement devant la Chine dans le domaine du développement et de l’utilisation du numérique. Mais seulement 30 % sont convaincus que ce sera encore le cas dans trois ans.

Mark Spelman, directeur général d’Accenture, juge que « les chefs d’entreprise en Europe ne devraient pas sous-estimer la puissance américaine et sa capacité d’innovation, qui permettra aux États-Unis de maintenir leur avance sur l’Europe dans le domaine de la compétitivité numérique. L’Europe a un potentiel de croissance, mais dans un monde de plus en plus concurrentiel, les législateurs devront passer à l’action pour accélérer et permettre des économies d’échelle dans le domaine du secteur numérique ».

Le sommet marque le lancement du European Digital Forum, un nouveau groupe de réflexion piloté par le Conseil de Lisbonne et Nesta,  programme britannique pour l’invention et l’innovation, ainsi que par la startup Europe Partnership.