La Slovaquie risque de perdre des millions pour discrimination envers les personnes LGBTI+
Cette polémique survient dans un contexte de tensions croissantes entre Bruxelles et Bratislava au sujet des droits des personnes LGBTI+
BRATISLAVA – La Slovaquie risque de perdre jusqu’à 35 millions d’euros de financements européens destinés à des programmes pour la jeunesse, après avoir été avertie par la Commission européenne que celle-ci pourrait prendre des mesures suite à la suspension des versements à une organisation de jeunesse LGBTI+.
Dans une nouvelle lettre d’avertissement, la Commission a exigé une explication d’ici la semaine prochaine concernant la retenue des fonds destinés à Saplinq, une organisation soutenant les jeunes LGBTI+, a rapporté mercredi Denník N.
Ce différend survient dans un contexte de tensions croissantes entre Bruxelles et Bratislava au sujet des droits des personnes LGBTI+. Depuis son retour au pouvoir en 2023, le gouvernement du Premier ministre Robert Fico a adopté une position de plus en plus conservatrice sur les questions sociales. Plus tôt cette année, la coalition au pouvoir a approuvé un amendement constitutionnel controversé stipulant qu’il n’existe que deux sexes et limitant l’adoption aux couples mariés, une mesure qui exclut de fait les couples de même sexe de l’adoption d’enfants.
Le différend a éclaté en juin lorsque l’Institut national de l’éducation et de la jeunesse (NIVaM) a suspendu une subvention d’environ 120 000 euros accordée à Saplinq dans le cadre des programmes Erasmus+ et Corps européen de solidarité.
Alors que l’institut a attribué ce retard à des problèmes techniques, les médias slovaques ont précédemment révélé des courriels internes suggérant que le paiement a été suspendu sur instruction du ministre de l’Éducation, Tomáš Drucker, car le projet concerne la cause LGBTI+.
Dans une lettre consultée par Denník N, Diana Jabłońska, haute fonctionnaire de la Commission européenne, a fait valoir que la suspension prolongée d’un projet de deux ans ne peut plus être considérée comme un processus de vérification, mais équivaut à sa « liquidation de facto ».
Elle a ajouté que l’institut n’a pas fourni d’explication transparente, fondée ou juridiquement justifiée quant à la retenue de l’acompte.
La Commission a également averti qu’elle pourrait engager une procédure formelle à l’encontre de l’institut pour violation des règles du programme et réduire l’allocation de fonds européens à la Slovaquie.
Si le litige venait à affecter non seulement le Corps européen de solidarité, mais aussi l’ensemble du programme Erasmus+, jusqu’à 35 millions d’euros de financement européen pourraient être menacés, ce qui pourrait avoir des répercussions sur un large éventail de projets liés à la jeunesse, à l’éducation et au volontariat.
Le ministère de l’Éducation a rejeté toute responsabilité, affirmant qu’il n’a pas le pouvoir d’intervenir dans la gestion, le contrôle ou la prise de décision concernant les demandes de subvention individuelles.
(cs)