La société postale belge Bpost dans la tourmente

La ministre fédérale des Entreprises publiques et de la Poste, Petra De Sutter, a dû s’expliquer devant la commission des Entreprises de la Chambre sur plusieurs controverses concernant les liens entre l’entreprise Bpost et son cabinet.

Euractiv.com
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Mardi (9 mai), la ministre fédérale de la Poste, Petra De Sutter (Groen, Verts/ALE), a dû s’expliquer devant la commission des Entreprises de la Chambre sur plusieurs controverses concernant les liens entre l’entreprise postale Bpost et son cabinet. [Robson90 / Shutterstock]

Mardi (9 mai), la ministre fédérale de la Poste, Petra De Sutter (Groen, Verts/ALE), a dû s’expliquer devant la commission des Entreprises de la Chambre sur plusieurs controverses concernant Bpost et les liens entre l’entreprise postale et son cabinet.

La ministre a notamment dû s’expliquer sur des controverses concernant deux collaborateurs de son cabinet.

Ces deux collaborateurs ont été affectés au cabinet de Mme De Sutter en 2020, l’un comme conseiller pour le secteur postal et la numérisation, l’autre pour les questions juridiques, et ont été chargés des négociations entre l’entreprise Bpost — détenue en majorité par l’État — et le cabinet sur les nouveaux contrats de gestion. Cependant, ceux-ci étaient rémunérés par Bpost tout en négociant le contrat pour le ministère de Mme De Sutter.

Suite à ces révélations, beaucoup se sont alarmés du conflit d’intérêts potentiel que cette situation présentait, car, bien que l’entreprise soit publique, elle fonctionne comme une entreprise privée, guidée par des objectifs commerciaux.

La ministre a dû se séparer des deux collaborateurs, mais a expliqué qu’il était courant de faire appel à du personnel de Bpost parce que le cabinet ne disposait pas d’experts dans le secteur postal.

Lors de son audition, Mme De Sutter a déclaré qu’elle souhaitait que le décret relatif à l’envoi de personnel d’entreprises publiques soit modifié afin qu’il ne soit plus possible que du personnel d’entreprises cotées en Bourse, telles que Bpost, soit détaché.

Elle a confié à RTL qu’il était désormais clair que de tels liens devaient être rompus, notamment en raison du « fonctionnement de Bpost en interne », faisant référence à d’autres dysfonctionnements dont Bpost a été accusée.

La ministre a toutefois défendu les deux employés en déclarant qu’ils avaient été « accusés à tort [de travailler] pour Bpost tandis qu’ils travaillaient pour [son cabinet] » et qu’il leur était donc impossible de « continuer à fonctionner normalement dans le cabinet ».

Selon elle, ils n’ont jamais pris ou influencé de décisions politiques, qui relevaient de sa responsabilité propre.

De coûteux contrats avec McKinsey ?

Cependant, ce n’est pas la seule raison pour laquelle le service postal est dans la tourmente. Les médias belges ont également révélé que, durant plusieurs années, Bpost a attribué des contrats à des cabinets de conseil — dont McKinsey — pour des montants considérables, sans lancer d’appel d’offres comme l’exige pourtant la loi.

Selon De Tijd et L’Écho, il s’agit d’une pratique courante chez Bpost, qui la justifie par la nature urgente de ces tâches et la nécessité d’une expertise spécifique sur ces sujets.

Ce n’est qu’au début de l’année dernière que l’entreprise postale a mis en plus un nouveau système prévoyant une consultation limitée du marché.

Les médias ont également révélé que certains dirigeants et administrateurs de Bpost avaient déjà travaillé pour McKinsey, notamment l’actuelle présidente du conseil d’administration.

Interrogée sur le contrat avec McKinsey attribué sans appel d’offres, Mme De Sutter a déclaré qu’elle l’avait appris par la presse et qu’elle n’était pas au courant de cette situation avant cela.

« Je ne suis pas le CEO de Bpost ni la présidente du conseil d’administration. […] Je n’ai rien à voir avec ces pratiques, je les condamne […] », a souligné Mme De Sutter au micro de RTL.

En outre, il a été révélé que Bpost a surfacturé certains services à l’État. Ces révélations concernent trois contrats : l’envoi de plaques d’immatriculation que Bpost effectue pour le compte du SPF Mobilité, le traitement des amendes routières pour le compte du SPF Justice, et la gestion des comptes de l’État pour le compte du SPF Finances.

Le gouvernement fédéral enquêtera sur tous les contrats conclus par Bpost pour son compte.

« Je veux que la relation entre Bpost et le gouvernement redevienne plus claire. Je viens de présenter au Parlement un plan d’action en ce sens. [Des] contrôle supplémentaire, [et] des règles différentes pour le personnel détaché », a indiqué le ministre sur Twitter plus tard dans la journée.

« Je demande au conseil d’administration [de Bpost] de faire la lumière sur les enquêtes internes en cours chez Bpost. Sa présidente […] s’expliquera devant le parlement [mardi prochain] 16 mai sur les dossiers en cours », a-t-elle poursuivi.

Selon RTL, en raison de cette affaire, la Commission européenne pourrait considérer que la Belgique s’est rendue coupable de subventions étatiques illégales.