La stratégie de l'UE sur la biodiversité défendra la valeur de la nature

La stratégie de l'UE sur la biodiversité pour 2020, qui sera présentée la semaine prochaine, ouvrira la voie à une prise en compte de la nature dans toutes les politiques de l'Union et permettra d'inclure l'environnement et les écosystèmes dans les programmes économiques nationaux.

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La stratégie de l'UE sur la biodiversité pour 2020, qui sera présentée la semaine prochaine, ouvrira la voie à une prise en compte de la nature dans toutes les politiques de l'Union et permettra d'inclure l'environnement et les écosystèmes dans les programmes économiques nationaux.

« Il y a une nécessité d’évaluation économique des bénéfices et des coûts de la protection de la biodiversité pour pouvoir progresser et mieux guider et orienter l’élaboration des politiques, tout en restant conscients que tout ne peut pas être estimé en termes monétaires », a déclaré François Wakenhut, responsable du service biodiversité de la Commission européenne, lorsqu’il s’est exprimé en début de moi lors d’un évènement au Parlement européen.

La nouvelle stratégie sur la biodiversité de l’UE, qui doit être dévoilé mercredi prochain (4 mai), envisagera d’évaluer le capital naturel de l’Europe et d’intégrer la valeur des services écosystémiques dans l’élaboration des politiques.

La stratégie fait suite à un travail effectué par le centre de recherche intégré à l’exécutif de l’UE, le Centre commun de recherche, qui a cartographié les services écosystémiques à l’échelle européenne, dont la première ébauche, « l’atlas sur les services écosystémiques », a été publiée en mars.

Cela intervient également suite au travail effectué par l’Agence européenne pour l’environnement (EEA) sur la comptabilité des services écosystémiques.

La niveau de référence 2010 de l’EEA en matière de biodiversité a montré que la majorité des systèmes écosystémiques ne sont plus en mesure de fournir une qualité optimale de services de base, tels que la pollinisation des cultures, la propreté de l’air et de l’eau, ainsi que le contrôle des inondations ou de l’érosion.

M. Wakenhut a souligné l’importance de l’étude de référence qui aide les décideurs politiques à avoir un point de départ exact concernant la stratégie de l’UE sur la biodiversité, puisque « nous avons besoin de pouvoir mesurer ce que nous accomplissons ».

Infrastructure verte

La pièce centrale de la politique actuelle de l’UE sur la nature et la biodiversité est le réseau Natura 2000 des zones protégées, qui représente aujourd’hui 18 % des terres de l’UE.

Cependant, selon l’exécutif de l’UE, les futures services écosystémiques ne peuvent pas uniquement être fournis par l’intermédiaire de telles zones protégées, et les 82 % restants doivent également être gérés. C’est pourquoi l’investissement en capital nature, que la Commission désigne comme « infrastructure verte » est nécessaire, a déclaré M. Wakenhut.

« L’administration de l’infrastructure sera un élément clef de notre future stratégie sur la biodiversité », a-t-il ajouté, soulignant la nécessité d’investir dans des solutions qui s’appuient sur les services écosystémiques renforcés et de reconnaître le potentiel de rentabilité offert par l’approche d'système d’infrastructure verte ».

Comme exemple, il a parlé du programme de lutte contre les inondations sur le Danube, dont la mise en place coûte 180 millions d’euros, sachant que les dégâts causés par les inondations de 2005 s’élevaient à 400 millions d’euros.

La Commission doit présenter une initiative sur l’infrastructure verte fin 2011.

Selon l’exécutif de l’UE, investir dans le capital nature implique également des opportunités pour la « restauration » des écosystèmes. Bien qu’un tel agenda « positif » sur la biodiversité a été sous-développé ces dernières années, la Commission souligne qu’il existe de nombreuses preuves du niveau élevé de son ratio de rentabilité.

L’économie pour contribuer à la biodiversité

Alors que les Paiements pour les écoservices (PES) dans l’UE ont jusqu’à maintenant été effectué via un financement public, les programmes verts de l’Union sur la Politique agricole commune (PAC) en étant un exemple, l’exécutif de l’UE prévoit désormais de continuer à développer son système d’incitation économique pour utiliser des paiements publics comme privés afin de maximiser leur potentiel.

Les Paiements pour les écoservices sont effectués par les bénéficiaires des écoservices en faveur des gestionnaires de ressources naturelles en échange de l’adoption de pratique durables qui renforcent ou assurent la prestation de ces services.

La Commission prévoit également d’examiner pleinement la possibilité d’étendre le concept du PES dans le contexte des investissements dans l’infrastructure verte.

Les outils actuels de l’UE pour la réparation des dégâts environnementaux et leur compensation comprennent la Directive sur la responsabilité environnementale et l’article 6.4 de la Directive sur les Habitats.

Mais M. Wakenhut a souligné que « nous devons aller au-delà » de tels outils et envisager des habitats de réserve comme une manière d’avancer sur les projets de développement, en particulier dans des régions qui ne sont pas encore protégées par la législation relative à la biodiversité.

La coopération avec la Banque européenne d’investissement est également envisagée pour attirer des financements de la part du secteur privé.

Engagement mondial

La stratégie sur la biodiversité de l’UE sera également en accord avec les engagements pris lors des discussions mondiales des Nations unies qui ont eu lieu à Nagoya l’automne dernier.

Là-bas, quelque 200 pays se sont entendus pour respecter les 20 « objectifs sur la biodiversité d’Aichii », qui incluent l’intégration des valeurs relatives à la biodiversité dans les stratégies de politique locale (objectif 2) ainsi que l’élimination des subventions qui nuisent à l’environnement et leur remplacement par le développement d’incitations positives pour la conservation (objectif 3).

Se référant au second objectif, M. Wakenhut a déclaré « cela n’est peut-être pas perçu comme un élément significatif mais je peux vous dire que ça l’est ». Il a ajouté que la Commission et d’autres participants avaient passé des heures à discuter de l’intégration des valeurs relatives à l’écosystème dans les systèmes de comptabilité, alors qu’ils avaient été confrontés à une vive résistance de la part de la Chine et de l’Inde au cours des négociations.

Il a reconnu que l’intégration des valeurs relatives à l’écosystème dans les comptes nationaux exigerait un effort important.

Mais « nous sommes désormais sur la voie d’inclure ces valeurs dans nos systèmes de comptabilité », un processus qui « doit beaucoup » aux progrès de l’Economie des écosystèmes et de la biodiversité et de « conclusions expertes » sur la question qui sont apparus ces dernières années, a-t-il ajouté.

Le projet de « l’Economie des écosystèmes et de la biodiversité » fait partie d’une Initiative sur l’économie verte des Nations unies.

Selon les orientations de la revue britannique Stern sur l’économie du changement climatique, l’initiative a donné lieu à d'importants calculs pour tenter de mettre un prix sur les services de la nature.

Comme il ne faut jamais gâcher une crise positive, M. Wakenhut a affirmé que l’Economie des écosystèmes et de la biodiversité apportait « des munitions très utiles pour préparer une réponse qui sera réellement durable  à la crise [financière et économique] ».

Comme pour la dimension mondiale des incitations économiques vertes, les principaux mécanismes de financement sont actuellement discutés dans le contexte qui fait suite à la conférence d’octobre 2010 des Nations unies sur la biodiversité et « seront l’un des modules qui seront discutés l’année prochaine à Dehli », a-t-il ajouté.