La Suisse voit les partenariats comme une solution pour diminuer l’immigration clandestine
En Suisse, de nombreux problèmes liés à l’immigration de clandestins et de demandeurs d’asile venant des pays en développement sont résolus grâce à des partenariats sur la mobilité et l’immigration. Ces partenariats doivent toutefois être mis en place dans une perspective à long terme, selon la Suisse.
En Suisse, de nombreux problèmes liés à l’immigration de clandestins et de demandeurs d’asile venant des pays en développement sont résolus grâce à des partenariats sur la mobilité et l’immigration. Ces partenariats doivent toutefois être mis en place dans une perspective à long terme, selon la Suisse.
Eduard Gnesa, l'ambassadeur extraordinaire suisse chargé de la collaboration internationale en matière de migrations, a déclaré que la Suisse avait été confrontée à des problèmes avec de jeunes Tunisiens sans emploi qui arrivaient en Suisse.
Ces Tunisiens avaient introduit une demande d'asile, mais ils n'étaient pas demandeurs d'asile conformément au droit suisse ou à la convention de Genève de 1951. M. Gnesa a expliqué qu'il était allé en Tunisie et qu'il avait demandé si les pays étaient intéressés par un partenariat migratoire. Les Tunisiens étaient intéressés par le développement et l'économie.
« Ce fut un bon point de départ pour nous de discuter avec la Tunisie parce que juste après le printemps arabe, notre conseil fédéral avait décidé de collaborer avec l'Égypte, la Tunisie et d'autres pays sur la démocratie, l'économie, la migration et la protection », a indiqué l'ambassadeur suisse lors d'un débat organisé par la Mission de la Suisse, à Bruxelles.
L'ambassadeur a souligné que les partenariats migratoires étaient avant tout des protocoles d'accord. Ils couvrent des questions allant de la formation des jeunes professionnels à la lutte contre le trafic.
Le partenariat comprend également un programme de retour qui prévoit que les migrants qui rentrent chez eux reçoivent un total de 5 000 francs suisses (4 135 euros). « Ils retournent volontairement bien sûr et nous leur donnons un peu d'argent et quelques projets, et cela fonctionne assez bien », a indiqué M. Gnesa.
Il a ajouté que la Suisse avait également conclu des partenariats migratoires avec la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, le Nigéria et la Serbie.
« Il est important que les partenariats migratoires aient une perspective à long terme. Deux ou trois réunions d'experts sont nécessaires parce que c'est comme pour un partenariat privé, si vous ne le vivez pas, il ne va pas durer longtemps », a ajouté l'ambassadeur.
Des règles à suivre
L'approche globale de la question des migrations et de la mobilité de l'UE (AGMM) a été révisée en 2011 et confirmée par le Conseil en mai 2012.
En tant qu'élément principal de l'AGMM, les partenariats pour la mobilité sont décrits comme « le cadre bilatéral principal pour aborder les questions d'intérêt mutuel liées à la migration et à la mobilité, avant tout avec les pays voisins de l'UE ».
Suite aux partenariats pilotes en matière de mobilité de 2008 avec le Cap-Vert et la Moldavie, deux autres ont été signés avec l'Arménie et la Géorgie. Des négociations devraient bientôt commencer avec l'Azerbaïdjan.
L'AGMM de l'UE propose également une version plus légère des partenariats avec des pays en dehors de l'UE. Des partenariats sont actuellement envisagés avec des pays importants d'un point de vue politique pour l'UE.
L'eurodéputé Manfred Weber, le vice-président du groupe du Parti populaire européen, a indiqué que les partenariats suisses ne ressemblaient pas à sa vision du partenariat.
« Je comprends que nous avons besoin de partenariats, mais avant tout, nous avons des règles et tout le monde doit les accepter. Nous parlons parfois de la migration comme si nous devions créer un système de migration légale. Mais je suis désolé, nous avons des règles pour la migration légale partout en Europe » a-t-il expliqué.
« Nous avons des règles sur la manière de protéger nos frontières de la migration illégale. Nous les avons créées à l'échelle européenne. La première étape devrait peut-être être d'appliquer ces règles quotidiennement », a-t-il ajouté.
Un changement de mouvement migratoire signifie un changement d'approche
Stefano Manservisi, directeur général de la DG Affaires intérieures à la Commission européenne, a affirmé qu'il était de plus en plus évident que les profils migratoires subissaient un changement radical dans le monde.
« La motivation des gens a également changé et de nouveaux facteurs les poussent à quitter leur patrie. Le changement climatique, par exemple, modifie les mouvements migratoires. Il n’y a pas que les guerres, il existe d'autres facteurs liés au changement climatique », a ajouté M. Manservisi, soutenant un changement de stratégie de l'UE.
Avec 20 millions de ressortissants de pays tiers vivant illégalement en Europe et d'autres à venir en raison des changements structurels dans la démographie et le marché du travail, un changement de paradigme est primordial, selon M. Manservisi.
« Si nous voulons vraiment être, comme nous le prétendons, une puissance politique, nous devons alors imposer une offre ou un système politique dans ce processus, pour redéfinir la mobilité à l'échelle mondiale », a-t-il ajouté.
Cesla Amarelle, membre du parlement suisse (conseillère nationale) et professeure de droit des migrations à l'université de Neuchâtel, a souligné les différences entre les partenariats migratoires suisses et européens.
« Le processus de négociations est comparable, mais je pense qu'il existe de nombreuses différences entre le plan Afrique de l'Espagne, les accords en Suisse. C'est évident », a-t-elle indiqué.
« Les processus de négociations manquent toutefois de transparence. Les parlements ne sont pas très au courant du processus de négociations et des problèmes concernant les droits de l'Homme. Pour moi, il est évident que nous ne vérifions pas les droits de l'Homme lorsque nous concluons un accord. C'est un problème », a-t-elle ajouté.