La Turquie demande des référendums sur l’élargissement dans toute l’Europe
En cas de véto européen à l’adhésion turque, le négociateur en chef d’Ankara affirme que son pays pourrait persévérer, à l’image du Royaume-Uni lors de son entrée dans l’UE, ou ne pas devenir membre de l’Union, à l’instar de la Norvège.
En cas de véto européen à l’adhésion turque, le négociateur en chef d’Ankara affirme que son pays pourrait persévérer, à l’image du Royaume-Uni lors de son entrée dans l’UE, ou ne pas devenir membre de l’Union, à l’instar de la Norvège.
Egemen Bagis, qui pilote les négociations concernant l’entrée de la Turquie dans l’UE, a évoqué, lors d’une rencontre avec la presse à Bruxelles le 29 septembre, des moyens pour débloquer la demande d’adhésion d’Ankara. Il a appelé les États membres de l’Union européenne à organiser des référendums portant sur l’adhésion de son pays à l’UE. Il a ajouté que la Turquie pourrait également choisir de consulter ses citoyens. La Turquie veut mettre officiellement le «statut norvégien» (lire contexte) sur la table des négociations.
Bagis, qui dirige l’un des principaux partis turcs, l’AKP, a fait référence à la Norvège à plusieurs reprises, qui a terminé ses négociations d’adhésion, mais décidé de ne pas rejoindre l’Union. Par deux fois, en 1972 et en 1994, deux référendums ont en effet donné raison aux opposants d’une entrée de la Norvège dans l’UE.
Egemen Bagis a assuré que la Turquie pouvait être un réel atout pour l’Union européenne, à tel point qu’il redoutait davantage les résutats d’un référendum organisé en Turquie que dans les pays perçus aujourd’hui comme eurosceptiques.
Vers un scénario à la britannique?
« Nous avons un exemple très solide devant nos yeux. Un pays que je suis de très près – la Norvège. Ils ont conduit leurs négociations, ils ont complété leurs réformes, et ils ont choisi de ne pas devenir membre », a remarqué Egemen Bagis.
« Le jour où nous aurons complété nos négociations, nous ne serons plus le même pays, exactement comme la Turquie actuelle n’est pas le même pays qu’il y a 51 ans, lorsque nous avons soumis notre candidature pour la première fois. Et je ne sais pas ce que la nation turque va décider – tout comme je ne sais pas ce que la population de certains États membres va décider », a-t-il ajouté.
«Peut-être que, comme ce fut le cas pour le Royaume-Uni, notre adhésion fera face à un véto. Mais si c’est le cas, comme le Royaume-Uni, nous continuerons à faire preuve de détermination, et nous deviendrons membres [de l’UE]. (…) Ou comme la Norvège, nous ne deviendrons pas membre, mais nous serons intimement liés à l’Union européenne», a affirmé le négociateur turc.
Interrogé par EURACTIV.com pour savoir si la Turquie accepterait une situation dans laquelle, par exemple, les Français répondraient au référendum sur l’élargissement par la négative, M. Bagis a répondu : « Bien entendu, pourquoi pas ? Parce que nous prenons des décisions en fonction des conséquences qu’elles peuvent avoir. Les Français agiront en fonction de l’intérêt de leur pays, lorsqu’ils se rendront aux urnes, et notre peuple calculera notre intérêt, soit notre intérêt personnel. »
« Cependant, je pense que lorsque nous aurons clôturé les négociations, l’approche des Français ne sera pas la même que celle qu’ils ont actuellement. Je crois fermement que lorsque nous aurons achevé les négociations, les États membres feront pression afin que les Turcs deviennent eux aussi membres de l’Union européenne», a-t-il ajouté.
11% de croissance
Egemen Bagis a affirmé que la Turquie avait énormément à offrir à l’UE et pourrait soulager l’Union de certains de ses fardeaux, au lieu d’en amener de nouveaux. Il a, en particulier, mentionné le facteur démographique, ainsi que le facteur économique.
« Durant le premier trimestre 2010, l’économie turque a connu une croissance de 11,8%. Au deuxième trimestre, la croissance s’est établie à 10,8%. Selon les calculs de l’OCDE, nous continuerons à faire partie du trio de tête des économies mondiales qui croissent le plus rapidement jusqu’en 2017. Le revenu par habitant en Turquie a triplé dans les huit dernières années. C’est une réussite sans précédent sur le continent », a-t-il dit.
Interrogé sur la raison du blocage des chapitres d’adhésion, le négociateur turc a très vite pointé Chypre, qu’il a appelé «Chypre du Sud», la Turquie ne reconnaissant pas ce pays. Il a affirmé que les positions de Chypre allaient à l’encontre des intérêts de ses habitants.
« Si j’étais Chypriote, je voterais pour l’adhésion de la Turquie à l’UE encore plus que le négociateur en chef de la Turquie », a-t-il dit. « Mettez vous à la place d’un Chypriote. Un pays comptant 600 000 habitants, estimant un pays comprenant 70 millions d’habitants, avec la plus grande armée d’Europe, la sixième économie d’Europe et la troisième économie se développant le plus rapidement au monde », a-t-il dit.
POSITIONS
Invité par EURACTIV.com à commenter l’idée de «statut norvégien», et de la mise en place de différents référendums, le coordinateur international de l’association des Industries et Entreprises de Turquie (Tusiad), Bahadir Kaleagasi, a affirmé que du point de vue des entreprises turques, il était inacceptable de ne pas prendre part au processus de décision européen.
« Actuellement, la priorité des États membres devrait être de fixer une date objectif pour l’adhésion. Les référendums pourraient alors devenir un sujet de débat lorsque la Turquie remplira les conditions d’adhésion et si l’UE continue à être attractive en tant que modèle de crédibilité démocratique, de paix, de compétitivité économique et de développement social », a-t-il ajouté.