À la veille du sommet, Bruxelles veut rééquilibrer sa relation avec la Chine
Les dirigeants européens doivent se pencher jeudi sur la question de la Chine et des déséquilibres géo-économiques mondiaux
STRASBOURG – La Commission européenne a durci le ton à l’égard de la Chine mercredi, à la veille d’un débat des dirigeants européens à Bruxelles sur les déséquilibres géo-économiques mondiaux et les moyens de rééquilibrer une relation commerciale jugée de plus en plus « non viable ».
« En ce qui concerne la Chine, notre approche reste fondée sur l’engagement et le dialogue, tout en défendant fermement nos intérêts économiques et de sécurité, qui sont de plus en plus interdépendants », a déclaré devant les eurodéputés le vice-président de la Commission, Maroš Šefčovič, lors de la session plénière à Strasbourg.
Les chefs d’État et de gouvernement doivent évoquer la Chine lors d’un dîner jeudi soir, même si aucune conclusion écrite sur Pékin ne devrait être adoptée à l’issue du sommet.
Le débat intervient alors que les tensions se sont accrues ces derniers mois. Bruxelles a notamment suscité l’irritation de Pékin en proposant une législation « Made in Europe » destinée à réduire les dépendances stratégiques de l’Union dans plusieurs secteurs industriels clés.
M. Šefčovič a insisté sur le fait que l’Union ne cherchait pas à rompre ses liens avec la Chine. La stratégie européenne demeure celle de la « réduction des risques » (de-risking) plutôt que du découplage, ce dernier n’étant « ni souhaitable ni réaliste », a-t-il souligné.
Mais il a également appelé à un rééquilibrage de la relation bilatérale. « Nous ferons pression pour davantage de réciprocité », a-t-il déclaré, dénonçant un « déficit commercial croissant et insoutenable » de l’Union vis-à-vis de la Chine.
Le président du Parti populaire européen (PPE, centre droit), Manfred Weber, a affirmé que le déficit commercial européen avec la Chine atteignait « un milliard d’euros par jour, soit 360 milliards d’euros par an », accusant Pékin d’inonder le marché européen de surcapacités industrielles subventionnées.
Parmi les instruments à la disposition de Bruxelles figure l’instrument anti-coercition de l’UE, souvent qualifié de « bazooka commercial », qui permet au bloc de riposter à des pressions économiques par des mesures telles que des droits de douane ou des restrictions aux échanges et aux investissements.
« Le Conseil européen de cette semaine pourrait constituer l’un des moments les plus importants du débat européen sur la Chine depuis des années », estime Andrew Small, directeur du programme Asie au Conseil européen des relations étrangères (ECFR).
Les dirigeants européens aborderont également la guerre menée par la Russie en Ukraine, l’élargissement de l’Union ainsi que les conséquences du récent accord-cadre conclu entre les États-Unis et l’Iran, destiné à apaiser les tensions régionales et à rouvrir le détroit d’Ormuz.
(mm)