L'abandon des combustibles fossiles aurait des avantages sanitaires "énormes", selon l'OMS
La santé humaine bénéficierait « énormément » de l’abandon des combustibles fossiles, ont affirmé les experts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à la veille de la COP27, réclamant des « mesures radicales » de la part des gouvernements.
La santé humaine bénéficierait « énormément » de l’abandon des combustibles fossiles, ont affirmé les experts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à la veille de la COP27, réclamant des « mesures radicales » de la part des gouvernements.
« Il y a beaucoup à gagner si nous mettons en œuvre le traité de Paris de manière très sérieuse, ambitieuse et rapide et si la COP27 est fructueuse, mais beaucoup à perdre dans le cas contraire », a déclaré Maria Neira, directrice du changement climatique et de la santé à l’OMS, lors d’une conférence de presse à Berlin jeudi (3 novembre).
« Le coût de l’investissement nécessaire au départ ne vaudra rien par rapport aux avantages que nous obtiendrons en termes de santé au niveau du coût pour le système sanitaire », a-t-elle souligné.
Des dirigeants, des militants et des experts du monde entier se réuniront à Sharm El-Sheikh, en Égypte, à l’occasion de la 27e Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP27), le 6 novembre, afin de discuter des moyens d’accélérer la réduction des combustibles fossiles. Ces derniers constituent l’un des principaux moteurs du changement climatique, contribuent à la pollution atmosphérique et sont responsables chaque année du décès prématuré de 7 millions de personnes dans le monde.
Au total, près de 25 % de la surmortalité en Europe peut désormais être attribuée aux effets des combustibles fossiles sur la santé, y compris les décès prématurés causés par la chaleur extrême et la pollution atmosphérique due aux moteurs à combustion, a déclaré jeudi à la presse Johan Rockström, directeur de l’Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique.
Diarmid Campbell-Lendrum, chef de l’unité pour le changement climatique et la santé à l’OMS, a déclaré qu’il ne faudrait que six ans pour récupérer le montant investi dans la transition vers les énergies propres.
« L’objection la plus courante à l’adoption de mesures climatiques jusqu’à présent est de dire que cela a un coût, qu’il est trop coûteux de protéger le climat mondial. Cela n’a jamais eu beaucoup de sens », a-t-il déclaré, ajoutant qu’en Europe, le gaz est environ neuf fois plus cher que les énergies renouvelables.
Les soins de santé passent au vert
Les experts ont souligné que la transition écologique ne devait pas exclure le secteur des soins de santé, responsable de 5 % de l’empreinte carbone mondiale, un chiffre qui augmente chaque année.
« Ce n’est pas un chiffre très élevé, mais si le système sanitaire était un pays, il serait le cinquième émetteur de carbone du monde », a déclaré Mme Neira.
Une réduction substantielle des émissions du secteur de la santé impliquerait une révision de la chaîne d’approvisionnement et d’achat, parallèlement à une réforme de l’énergie dans les hôpitaux.
Le ministre allemand de la Santé, Karl Lauterbach, a déclaré lors de la conférence de presse de jeudi qu’il cherchait à inclure l’action climatique dans la vaste réforme des hôpitaux que le gouvernement s’est engagé à présenter.
Il s’agirait, entre autres, d’investir dans l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments hospitaliers, qui sont encore trop souvent vieux et mal isolés, a-t-il ajouté.
Lien entre santé et changement climatique
Ces dernières années, de plus en plus de preuves ont été apportées sur la corrélation entre le changement climatique et ses impacts sur la santé humaine. En effet, une étude publiée en octobre par le Lancet a identifié le changement climatique comme la principale menace sanitaire pour l’Europe.
« Nous avons de plus en plus de preuves de la façon dont le changement climatique provoque des sécheresses et des vagues de chaleur, ce qui entraîne des pénuries d’eau » et, à son tour, « compromet les moyens de subsistance de millions de personnes dans le monde », a déclaré M. Rockström.
Le changement climatique n’est pas seulement à l’origine de catastrophes naturelles, mais aussi de la transmission accrue de maladies infectieuses telles que le choléra ou la dengue, y compris dans des endroits où elles n’avaient jamais été observées auparavant.
En outre, 99 % de la population mondiale est exposée à un air extérieur qui ne respecte pas les recommandations en matière de qualité de l’air, a indiqué M. Campbell-Lendrum.
L’OMS a estimé que nous connaîtrons au minimum 250 000 décès supplémentaires dus au changement climatique d’ici les années 2030. « Tout ce que nous observons actuellement dans le monde réel suggère que ces impacts atteindront ou dépasseront ce chiffre », a-t-il ajouté.
Le changement climatique et la santé à l’ordre du jour
Selon Mme Neira, de l’OMS, malgré l’existence d’une base scientifique claire, on ne prête pas encore suffisamment attention, au niveau politique, au lien entre le changement climatique et les effets sur la santé.
« Le discours sur le changement climatique s’est concentré sur la santé de la planète, des ours polaires, du déclin des glaciers et de la prochaine génération », a-t-elle déclaré. Elle a ensuite ajouté que la pollution visible dans les villes et les catastrophes naturelles telles que la sécheresse dans la Corne de l’Afrique ont « élevé le niveau d’urgence pour les gouvernements ».
Au cours de la présidence allemande du G7 de cette année, le ministre de la Santé, M. Lauterbach, a fait de la lutte contre les effets du changement climatique sur la santé l’une des trois priorités du programme de santé.
« La politique climatique est toujours aussi une politique sanitaire », a déclaré jeudi le social-démocrate, ajoutant que des recherches beaucoup plus poussées sur la relation entre le climat et la santé sont nécessaires.
Le gouvernement allemand fait preuve d’une « ouverture croissante » sur cette question, a déclaré Martin Herrmann, président de l’Alliance allemande pour le climat et la santé, lors de la conférence de presse.
« Nous devons maintenant nous y tenir et faire en sorte que chaque décideur en Allemagne comprenne et mette en œuvre cette décision », a-t-il ajouté.
Mme Neira a ajouté que si les responsables politiques n’agissent pas rapidement, « notre santé sera la première à en souffrir ».
« [Les politiciens] sont déjà en quelque sorte responsables et redevables de tous les décès et du manque de bien-être et de santé de notre population. C’est le changement climatique », a-t-elle déclaré.