L’activité générée par les JO ne suffit pas pour relancer l’économie de la zone euro

Selon les analystes, le rebond de l’activité économique, stimulée par les Jeux olympiques (JO) de Paris en août, n’a pas permis d’améliorer le contexte économique de la zone euro à long terme. De nouvelles données publiées jeudi 22 août révèlent un effondrement continu de l’industrie manufacturière du continent.

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L’indice composite des directeurs d’achat de la zone euro, considéré comme une mesure clé de l’activité économique dans la zone à monnaie unique, est passé de 50,2 en juillet à 51,2 en août, dépassant les attentes des économistes qui pensaient qu’il n’augmenterait que jusqu’à 50,3. [EPA-EFE/MARTIN DIVISEK]

Selon les analystes, le rebond de l’activité économique, stimulée par les Jeux olympiques (JO) de Paris en août, n’a pas permis d’améliorer le contexte économique de la zone euro à long terme. De nouvelles données publiées jeudi 22 août révèlent un effondrement continu de l’industrie manufacturière du continent.

L’indice composite des directeurs d’achat (purchasing managers’ index, PMI) de la zone euro, considéré comme une mesure clé de l’activité économique, est passé de 50,2 en juillet à 51,2 en août, dépassant les attentes des économistes qui pensaient qu’il n’augmenterait que jusqu’à 50,3.

Selon cet indice, un résultat supérieur à 50 signale une expansion du secteur, tandis qu’un résultat inférieur à 50 signale une contraction.

Cette hausse plus importante que prévu, qui a permis à l’indice de franchir la barre des 50 points, s’explique en grande partie par l’impact des Jeux olympiques sur le secteur des services en France, qui a conduit l’indice composite de la deuxième économie de l’UE à atteindre 52,7 — soit son plus haut niveau depuis 17 mois. En revanche, l’activité manufacturière de la zone a chuté à son plus bas niveau depuis huit mois.

La croissance globale en France l’a également emporté sur la contraction nette observée en Allemagne, la première économie de l’Union, où la faiblesse persistante de l’activité manufacturière a contribué à une baisse de l’indice composite de 49,1 à 48,5.

Dans une perspective à plus long terme, les analystes soulignent toutefois non sans inquiétude que les bases de l’Union européenne (UE) restent fragiles.

Claus Vistesen, économiste en chef de la zone euro chez Pantheon Macroeconomics, a confié à Euractiv que la hausse de l’activité économique observée était « largement due aux Jeux olympiques ». Sans cela, « [les données] sont plutôt maussades, en particulier pour l’industrie manufacturière », a-t-il relevé.

La position de Claus Vistesen est partagée par Cyrus de la Rubia, économiste en chef à la Hamburg Commercial Bank. « À première vue, il s’agit d’une bonne surprise : l’activité dans la zone euro s’est redressée en août. Mais un examen plus approfondi des chiffres révèle que les bases sous-jacentes de cette croissance pourraient être plus fragiles qu’il n’y paraît », a-t-il fait savoir dans un communiqué.

« Avec la disparition de l’élan des Jeux olympiques en France et les signes de perte de confiance dans l’industrie des services de la zone euro, ce n’est probablement qu’une question de temps avant que les difficultés du secteur manufacturier ne commencent à peser sur les services », d’après Cyrus de la Rubia.

L’épargne des consommateurs allemands au plus haut niveau depuis 30 ans

Ces données s’inscrivent dans un contexte d’inquiétude persistante quant à l’état économique de la zone euro, qui subit encore les conséquences du choc énergétique provoqué par la guerre en Ukraine, en février 2022.

Selon le Fonds monétaire international (FMI), la zone euro ne devrait enregistrer qu’une croissance de 0,8 % cette année, soit environ trois fois moins que l’économie américaine.

Peter Sidorov, économiste international senior à la Deutsche Bank Research, a expliqué à Euractiv que l’Europe a été particulièrement affectée par la faible demande, un phénomène largement alimenté par le taux d’épargne historiquement élevés des consommateurs allemands.

« Si vous enlevez la période Covid d’épargne forcée en raison des confinements, le taux d’épargne en Allemagne est le plus élevé depuis le début des années 1990 », a précisé Peter Sidorov à Euractiv.

Selon son analyse, le taux d’épargne élevé est très probablement dû à la conjonction de taux d’intérêt élevés, de l’incertitude économique générale et des effets persistants de la crise de l’énergie.

Claus Vistesen a également suggéré que les consommateurs allemands représentent « le point de pivot clé » de l’économie de la zone euro.

« Nous savons que l’industrie manufacturière est encore faible. Nous savons que le secteur de la construction est encore faible. Cela ne va probablement pas beaucoup changer ces deux prochains trimestres », a indiqué l’analyste. « Mais le consommateur pourrait vraiment représenter un risque à la hausse […] s’il commence à dépenser une partie de ses revenus », a-t-il souligné.

Les taux de la BCE  trop restrictifs

Les dernières données PMI interviennent avant la baisse des taux d’intérêt de 0,25 % attendue lors de la prochaine réunion de la Banque centrale européenne (BCE) en septembre — la deuxième baisse de 2024.

« Nous pensons qu’une réduction de 25 points de base en septembre a été implicitement signalée », a affirmé Peter Sidorov, ajoutant que la Deutsche Bank prévoit actuellement une réduction de taux par trimestre après le mois prochain.

En s’appuyant sur le travail de son équipe, Claus Vistesen a estimé que la politique de la BCE est trop restrictive.

« Compte tenu de la situation de l’inflation et de sa possible évolution […], la politique de la BCE est probablement trop restrictive de 100 points de base. Il est donc nécessaire de réduire les taux relativement rapidement », a-t-il détaillé.

Le taux directeur de la BCE est actuellement de 3,75 %, contre -0,5 % avant la guerre en Ukraine.

Selon les projections actuelles de la BCE, qui seront révisées le mois prochain, l’inflation globale de la zone euro « tournera autour de 2,5 % » au prochain trimestre, avant de tomber à 2,2 % en 2025 et à 1,9 % en 2026.

L’inflation est passée de 2,5 % en juin à 2,6 % en juillet, ce qui est bien inférieur au pic de 10,6 % atteint après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, mais reste supérieur à l’objectif de 2 % fixé par la BCE.

Cyrus de la Rubia a également averti que les réductions de taux prévues pourraient ne pas stimuler de manière significative l’économie européenne, contrairement au Royaume-Uni, où la décision de la Banque d’Angleterre de réduire les taux au début du mois a été bénéfique pour la confiance des entreprises.

« Les baisses de taux d’intérêt anticipées par la BCE, prévues par la plupart des analystes, pourraient remonter un peu le moral, mais il est clair que l’ambiance générale reste mauvaise », a-t-il conclu.