L’Agence spatiale européenne se lance dans la défense avec un projet de satellite militaire
L’Agence spatiale européenne (ESA) demandera en novembre à ses 23 pays membres de contribuer à hauteur d’« environ 1 milliard d’euros » au développement d’un réseau de satellites de reconnaissance à usage militaire, a annoncé le directeur général de l’organisation, Josef Aschbacher, lors d’un entretien accordé à Euractiv.
Ce plan de financement inédit permettra à l’ESA de travailler sur un programme européen visant à aider les armées et les gouvernements à contrer les menaces et à faire face aux catastrophes naturelles en transmettant à la Terre des images optiques à très haute résolution à des intervalles de moins de 30 minutes.
« Stratégiquement, c’est très important, car ce programme est vraiment dédié à un nouveau groupe d’utilisateurs, à savoir les utilisateurs dans le domaine de la sécurité et de la défense », a expliqué Josef Aschbacher en marge de la conférence annuelle de l’Institut européen de politique spatiale à Vienne mardi 28 octobre.
Les autres programmes spatiaux de l’Union européenne, tels que Galileo, une alternative au GPS pour la géonavigation, et Copernicus, qui sert à surveiller les effets du changement climatique, sont principalement utilisés à des fins civiles.
Josef Aschbacher a déclaré que la constellation de satellites fera partie d’une enveloppe budgétaire totale de 22 milliards d’euros de l’ESA pour les trois prochaines années. Les détails seront réglés lors d’un sommet sur le financement qui se tiendra le mois prochain à Brême, où les capitales seront invitées à contribuer à divers programmes.
Depuis sa création dans les années 1970, l’ESA — dont le siège est à Paris — s’est toujours concentrée sur des missions civiles et scientifiques. Ses grands programmes, tels que Galileo, le système européen de navigation par satellite, ou Copernicus, dédié à l’observation du climat et de l’environnement, ont jusqu’ici servi des objectifs non militaires.
L’entrée de l’agence dans le champ de la défense marque donc un tournant stratégique.
Longtemps considéré comme un sujet « tabou », ce virage a désormais le soutien politique des 22 pays membres de l’organisation afin de renforcer la sécurité.
« Il n’est pas nécessaire de modifier notre convention, car nous en avons longuement discuté l’année dernière ; l’expression “à des fins pacifiques” est en réalité interprétée comme signifiant “à des fins de défense” », a indiqué Josef Aschbacher. « La meilleure preuve que [les capitales] acceptent cette interprétation est qu’elles m’ont demandé de présenter un programme. »
Ce futur système de satellites, que la Commission européenne désigne sous le nom de « service gouvernemental d’observation de la Terre » (EOGS), est appelé par l’ESA « Résilience européenne depuis l’espace ».
Il s’inscrit dans la volonté de l’Union de renforcer son autonomie stratégique face aux tensions géopolitiques croissantes et à la multiplication des risques climatiques.
En parallèle, Bruxelles réfléchit à la répartition des dépenses spatiales dans le prochain budget pluriannuel de l’UE (2028-2034).