L’Allemagne devrait renforcer son rôle dans la défense européenne, selon le Premier ministre polonais Donald Tusk

L’Allemagne devrait endosser davantage de responsabilités concernant la sécurité de la frontière orientale de l’UE, a affirmé le Premier ministre polonais Donald Tusk à son homologue allemand, le chancelier Olaf Scholz, mardi, lors de leur rencontre pour les discussions intergouvernementales, les premières depuis six ans.

/ Euractiv.com
Polish-German intergovernmental consultations in Warsaw
Le chancelier allemand Olaf Scholz (gauche) et le Premier ministre polonais Donald Tusk (droite) assistent à une conférence de presse dans le cadre des consultations intergouvernementales germano-polonaises au siège du bureau du Premier ministre à Varsovie, en Pologne, le 02 juillet 2024. [ EPA-EFE/MARCIN OBARA]

L’Allemagne devrait endosser davantage de responsabilités concernant la sécurité de la frontière orientale de l’UE, a affirmé le Premier ministre polonais Donald Tusk à son homologue allemand, le chancelier Olaf Scholz, mardi (2 juillet), lors de leur rencontre pour les discussions intergouvernementales, les premières depuis six ans.

« L’Allemagne doit jouer un rôle de leader en matière de sécurité européenne et polonaise », a déclaré Donald Tusk aux journalistes à Varsovie.

Il s’est dit ravi des déclarations d’Olaf Scholz, selon lesquelles l’Allemagne était prête à assumer la responsabilité de la protection des frontières orientales de l’UE, aux côtés d’autres États membres.

Ces commentaires interviennent alors que les dirigeants européens tentent de s’accorder sur l’avenir des efforts européens en matière de défense. Les deux dirigeants ont discuté du rôle de Berlin dans la sécurité du continent, notamment du flanc oriental de l’UE.

La semaine dernière, la Pologne, conjointement avec les États baltes, a présenté un programme de grande envergure visant à renforcer la frontière polonaise avec la Biélorussie et la Russie.

« Notre initiative, baptisée East Shield en partenariat avec les États baltes, est un projet d’infrastructure destiné à renforcer la sécurité de la frontière européenne », a indiqué le Premier ministre polonais.

« Il ne fait aucun doute qu’il est également dans l’intérêt de l’Allemagne que la frontière soit protégée de manière efficace et que la Pologne, l’Allemagne et l’Europe soient en sécurité en cas d’agression à la frontière orientale », a-t-il ajouté.

Pas qu’une affaire de financement

Durant le sommet européen de la semaine dernière, des désaccords sont apparus sur le financement collectif des projets de sécurité. Il s’agit notamment de la ligne de défense le long de la frontière orientale de l’UE, proposée par Donald Tusk et ses homologues baltes, ou d’un système de défense aérien de l’UE similaire au Dôme de fer israélien.

La France s’est montrée sceptique, tandis que l’Allemagne et les Pays-Bas se sont opposés à l’utilisation des euro-obligations pour les initiatives de défense communes, a noté le dirigeant polonais mardi.

Olaf Scholz a déclaré aux journalistes après le sommet de la semaine dernière que l’une des priorités de l’Allemagne était de réduire les propositions sur une dette commune de l’UE, telles que les obligations de défense, et les dépenses budgétaires de l’UE pour le financement de la défense, au sein du programme stratégique du bloc pour les cinq prochaines années.

« La défense est une compétence des États membres de l’UE. Conformément aux traités, l’UE n’est pas là pour financer l’armement », a-t-il expliqué.

Concernant une proposition polono-balte visant à financer une meilleure protection militaire des frontières avec des moyens de l’UE, il a déclaré que « le refinancement des efforts de défense nationale nécessaires par des moyens de l’UE […] n’a pas été possible jusqu’à présent et ne le sera certainement pas à l’avenir sur la base de nos traités ».

« L’objectif de 2 % que nous visons tous ensemble pour l’OTAN, par exemple, est quelque chose que nous devrons atteindre nous-mêmes. En fin de compte, cela implique également de promouvoir une meilleure protection des frontières », a-t-il poursuivi.

Cependant, Donald Tusk a souligné que la Pologne, qui consacre 4 % de son PIB à la défense, la plus haute proportion au sein de l’OTAN, ne demande pas d’aide financière à l’UE.

« Nous ne demandons rien. […] Et ce n’est pas mon rêve de voir des chars allemands dans les rues polonaises, pour diverses raisons, y compris historiques », a-t-il ajouté, faisant référence à l’occupation nazie de la Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale.

Une meilleure coordination

Donald Tusk a plutôt appelé à une meilleure coordination des activités et des capacités de défense des États membres de l’UE.

« La sécurité de l’Europe ne doit pas être une question d’initiatives concurrentes », a-t-il déclaré, ajoutant que « l’Europe a une chance d’être la plus grande puissance militaire du monde, mais le problème est le manque de coordination de ses efforts de défense ».

Olaf Scholz a approuvé les propos de son homologue polonais, soulignant qu’il n’y avait pas lieu de douter que les pays européens étaient conscients de leur « responsabilité commune à l’égard de la sécurité de l’Europe ».

L’essentiel est de « bien coopérer au sein de l’OTAN et de l’UE, et d’intensifier ces efforts de coopération », a-t-il précisé, citant l’initiative européenne « Sky Shield », dirigée par l’Allemagne, qui prévoit l’achat en commun de matériel de défense aérienne.

Dans un monde qui évolue rapidement, l’Europe doit encore plus compter sur elle-même en matière de défense, a ajouté Donald Tusk, notant qu’une défense européenne plus forte profite également à l’OTAN.