L’Allemagne ne participera pas à l’envoi d’avions de chasse en Ukraine, affirme Olaf Scholz

L’Allemagne ne rejoindra pas à la coalition internationale visant à fournir des avions de chasse à l’Ukraine, a déclaré le chancelier allemand Olaf Scholz, alors que l’incertitude demeure quant à l’annonce faite par le Royaume-Uni au sujet d’une telle coalition.

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Media Day Polish and US Air Force at the 32nd Tactical Air Base
« Nous ne pouvons pas jouer un rôle actif dans une telle alliance, une telle coalition, parce que nous n’avons ni les capacités de formation, ni les compétences, ni les avions », a expliqué le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius. [EPA-EFE/Grzegorz Michalowski]

L’Allemagne ne rejoindra pas à la coalition internationale visant à fournir des avions de chasse à l’Ukraine et se concentrera plutôt sur les livraison de chars, de munitions et d’équipements destinés à la reconstruction. C’est ce qu’a déclaré mercredi (17 mai) le chancelier allemand Olaf Scholz, alors que l’incertitude demeure quant à l’annonce faite par le Royaume-Uni au sujet d’une telle coalition.

Cette annonce du chancelier allemand intervient un jour après que le gouvernement britannique a annoncé qu’il s’était entendu avec les Pays-Bas pour former une coalition transnationale afin d’aider l’Ukraine à se procurer des avions de combat F-16.

Alors que La Haye a insisté sur le fait qu’il n’y avait pas eu d’accord formel sur la question, Berlin a d’ores et déjà annoncé qu’elle n’en ferait pas partie.

« Il n’y a aucune exigence nous concernant », a déclaré M. Scholz mercredi, en marge du sommet du Conseil de l’Europe.

Il a ajouté que la question du rôle de l’Allemagne dans la coalition envisagée par La Haye et Londres n’était pas pertinente car pas d’actualité.

Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a tenu des propos similaires au lendemain d’une réunion avec son homologue britannique, Ben Wallace.

« Nous ne pouvons pas jouer un rôle actif dans une telle alliance, une telle coalition, parce que nous n’avons ni les capacités de formation, ni les compétences, ni les avions », a expliqué M. Pistorius, soulignant que l’Allemagne ne disposait pas de F-16 et que ses propres modèles ne conviendraient pas à l’Ukraine à court terme.

Contrairement au débat qui avait entouré les livraisons d’armes, le gouvernement allemand semble donc être unanime en ce qui concerne les avions de combat.

« J’ai dit très tôt que je ne voyais pas les [avions allemands] Tornado et les Eurofighter [opérer] dans l’espace aérien de l’Ukraine, et la majorité de mes collègues sont d’accord », a confié Marie-Agnes Strack-Zimmermann, députée du Parti libéral-démocrate (FDP, Renew Europe) — membre de la coalition tripartie au pouvoir dans le pays — et présidente de la commission parlementaire de la Défense, au Deutschlandfunk mardi (16 mai).

Par le passé, Mme Strack-Zimmermann a toutefois vivement encouragé le chancelier allemand à renforcer l’engagement de l’Allemagne en matière de livraisons d’armes, et notamment de chars d’assaut.

Néanmoins, le gouvernement n’est pas fondamentalement opposé à la livraison d’avions de combat.

En effet, il a récemment approuvé la demande de la Pologne de transmettre à l’Ukraine des avions de combat datant de l’ère soviétique. Ce feu vert de l’Allemagne était nécessaire car les avions appartenaient auparavant à son armée, qui les avait hérités de l’Allemagne de l’Est communiste.

En Belgique et en France, l’envoi de F-16 ne semble pas envisagé

La semaine dernière, le gouvernement belge a annoncé un nouveau programme d’aide à Kiev d’un montant de 92 millions d’euros provenant des recettes fiscales générées par les actifs financiers russes gelés dans le pays. La moitié de cette aide sera consacrée à l’aide militaire et l’autre moitié à l’aide humanitaire, entre autres.

Le pays s’est également dit prêt à former les pilotes ukrainiens à l’utilisation des F-16. Toutefois, le Premier ministre belge Alexander De Croo avait déjà indiqué en février dernier que Bruxelles ne fournirait pas d’avions de combat à l’Ukraine, ce que la ministre belge de la Défense, Ludivine Dedonder, a confirmé mercredi.

Alors que M. De Croo avait invoqué la nécessité de ces avions pour la défense de la Belgique et, plus largement de l’OTAN, Mme Dedonder a expliqué en commission Défense de la Chambre que le pays ne pouvait pas envoyer ses avions F-16 en Ukraine car ils « arrivaient à la fin de leur cycle de vie », et ce même si le feu vert américain était donné pour leur livraison.

En ce qui concerne la France, le président Emmanuel Macron a annoncé lundi (15 mai) que l’armée française était elle aussi prête à former des pilotes ukrainiens, ce qui pourrait constituer, selon certains spécialistes, une première étape avant une livraison d’avions de combat.

Le président a toutefois fait savoir que parler de livraisons d’avions de chasse « serait un débat théorique ».

Pour rappel, le président ukrainien Volodymyr Zelensky demande notamment des F-16, des avions dont Paris — tout comme Berlin — ne dispose pas, puisqu’elle possède des Rafales et des Mirages.

Emmanuel Macron a également rappelé que la France ne souhaitait pas livrer d’armes « qui permettent d’atteindre le sol russe » et qui affaibliraient la capacité de la France à se défendre. Il a toutefois souligné que le pays a fortement contribué à l’envoi de chars pour soutenir Kiev.

L’accord sur les avions de combat pour l’Ukraine en eaux troubles

Parallèlement à cela, la « coalition internationale » créée par les Pays-Bas et le Royaume-Uni pour aider l’Ukraine à se procurer des avions de combat F-16 semble plongée dans l’incertitude.

Mercredi, un porte-parole du Premier ministre néerlandais Mark Rutte a indiqué au NRC Handelsblad qu’il n’y avait « aucun accord concret » concernant « l’achat ou la livraison » d’avions de combat F-16 entre les deux pays.

Néanmoins, le porte-parole a déclaré que M. Rutte avait promis au Premier ministre britannique Rishi Sunak de « rester en contact étroit concernant le soutien à l’Ukraine ».

Le sujet est « très sensible », a déclaré le ministre des Affaires étrangères Wopke Hoekstra (CDA, Parti populaire européen) lors d’une conférence de presse, raison pour laquelle les institutions gouvernementales néerlandaises n’ont pas officiellement confirmé l’accord. Il a également appelé à la prudence, car « tout est sur écoute, y compris par la Russie ».

« Nous ne pourrons nous exprimer que lorsque tout le chemin aura été parcouru. Je [pense] également qu’il n’est pas judicieux, compte tenu de toutes les sensibilités et de tous les alliés, de faire une déclaration plus tôt », a déclaré M. Hoekstra, ajoutant que des « contacts très intenses avec des collègues européens et nord-américains » sont actuellement en cours.

La réserve de la partie néerlandaise contraste fortement avec le langage employé par le gouvernement britannique.

Dans un communiqué de presse publié mardi, Downing Street a indiqué que les deux pays allaient ensemble « mettre en place [une] coalition internationale pour fournir à l’Ukraine des capacités aériennes de combat, en apportant un soutien dans tous les domaines, de la formation à l’achat de jets F16 ».

La livraison de F-16 a longtemps été perçue comme une « ligne rouge » pour le soutien militaire occidental à l’Ukraine, car beaucoup craignent des représailles de la part de la Russie.