L’Allemagne s’oppose à la révision des objectifs écologiques du secteur alimentaire dans le contexte de la guerre en Ukraine

Alors que les appels à reconsidérer les objectifs écologiques de l’UE pour le secteur alimentaire se multiplient, le ministre allemand de l’Agriculture a estimé que les efforts en matière de durabilité ne devaient pas être revus à la baisse.

EURACTIV.com
German Cabinet Meeting in Berlin
Le ministre allemand de l'Alimentation et de l'Agriculture, Cem Özdemir (B90/Gruene). [ANDREAS GORA/EPA-EFE]

Alors que les appels à reconsidérer les objectifs écologiques de l’Union européenne pour le secteur alimentaire se multiplient depuis le début de la guerre en Ukraine, le ministre allemand de l’Agriculture, Cem Özdemir, a estimé que les efforts en matière de durabilité ne devaient pas être revus à la baisse.

« Je veux être très clair : quiconque appelle à revenir sur les premières mesures prises dans le cadre de la politique agricole européenne pour promouvoir une agriculture respectueuse du climat et de l’environnement commet une erreur », a déclaré M. Özdemir après une réunion extraordinaire des ministres européens de l’Agriculture qui se tenait la semaine dernière.

Le ministre écologiste allemand a également profité de la publication d’un nouveau rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) pour souligner l’importance de rendre l’agriculture plus durable, même au vu des circonstances actuelles.

« Aujourd’hui mes préoccupations concernent également le peuple ukrainien, mais la situation dramatique qui se déroule là-bas ne peut détourner l’attention de la nécessité de protéger le climat », a-t-il indiqué dans un communiqué, ajoutant que le secteur alimentaire souffre également des sécheresses et des phénomènes météorologiques extrêmes causés par le réchauffement de la planète.

L’Ukraine et la Russie étant toutes deux d’importants exportateurs de céréales et d’oléagineux, des appels ont été lancés, notamment par le ministre français de l’Agriculture Julien Denormandie, pour que l’UE privilégie la production alimentaire au détriment de la durabilité en raison de la guerre en Ukraine et des sanctions prises par l’Occident contre la Russie.

Le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, a également déclaré que la Commission réexaminerait les objectifs définis dans ses principales politiques en matière d’alimentation durable, à savoir la stratégie « de la ferme à la table » (Farm to Fork) et la stratégie en faveur de la biodiversité, afin de déterminer s’ils peuvent garantir la sécurité alimentaire de l’Europe, et ce même dans les circonstances actuelles.

Cependant, Frans Timmermans, le commissaire chargé de mettre en œuvre l’ambitieux Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), a rejeté lundi (7 mars) toute idée d’assouplissement des objectifs de durabilité dans la politique alimentaire de l’UE.

« S’il vous plaît, ne croyez pas à l’illusion selon laquelle […] vous favoriseriez la production alimentaire en la rendant moins durable, en renonçant à la stratégie “de la ferme à la table”, en ne la rendant pas plus résiliente en termes d’environnement naturel et de production alimentaire », a-t-il averti.

Les pays tiers sont les plus touchés

La question sera à nouveau abordée lors d’une réunion des 27 ministres de l’Agriculture du bloc à la fin du mois (21 mars), et l’Allemagne pourrait bien se révéler être le principal opposant à un revirement dans les objectifs écologiques du secteur.

Contrairement à de nombreux autres acteurs à Bruxelles et dans les différents États membres, M. Özdemir a souligné à plusieurs reprises qu’il ne considérait pas que l’approvisionnement alimentaire de l’Allemagne ou de l’UE était menacé par la guerre en Ukraine et que l’attention devait être portée sur d’autres parties du monde.

S’il a admis dans une déclaration qu’en raison de l’augmentation des coûts de l’énergie, il fallait s’attendre à des hausses de prix des engrais et des produits agricoles de base, qui pourraient également affecter les prix à la consommation, il a ajouté que l’UE était suffisamment autosuffisante en ce qui concerne les marchés céréaliers pour encaisser le choc.

Au niveau mondial, cependant, la situation pourrait être plus grave, a souligné le ministre. « Alors que l’approvisionnement alimentaire en Allemagne et dans l’UE est assuré, nous devons nous attendre à des pénuries plus significatives dans un certain nombre de pays tiers, en particulier dans les régions qui sont déjà confrontées à des pénuries alimentaires en raison de la sécheresse par exemple », a-t-il indiqué mardi 8 mars.

Selon le ministère allemand de l’Agriculture, la Turquie, l’Afrique du Nord et l’Asie dépendent des importations en provenance d’Ukraine et de Russie et pourraient être fortement touchées par la crise actuelle.

L’aide alimentaire pour l’Ukraine

Pour stabiliser les marchés internationaux, M. Özdemir a convoqué une réunion extraordinaire des ministres de l’Agriculture du G7 qui se tiendra vendredi (11 mars), l’Allemagne présidant actuellement le groupe des sept plus grandes puissances économiques du monde démocratique.

« Ensemble, nous devons veiller à ce que cette guerre insensée ne vienne pas aggraver la pénurie alimentaire dans de nombreuses régions du monde », a souligné M. Özdemir, ajoutant que des représentants de la Commission européenne, de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ainsi que d’autres organisations internationales avaient également été invités.

Cette réunion portera également sur les mesures susceptibles de contribuer à la sécurité de l’approvisionnement alimentaire en Ukraine, raison pour laquelle le ministre ukrainien sera également présent. Dimanche, Kiev avait annoncé l’arrêt des exportations de denrées alimentaires essentielles telles que le blé et l’huile de tournesol afin de sécuriser son approvisionnement au niveau national.

« L’attaque illégale de la Russie entraîne des souffrances incommensurables pour les Ukrainiens — toute aide est nécessaire maintenant », a tenu à souligner M. Özdemir. Vendredi, le ministère allemand de l’Agriculture avait annoncé la création d’un nouveau centre logistique destiné à coordonner l’aide alimentaire allemande à destination de l’Ukraine.