L’Asie centrale face à l’influence croissante de la Chine et au déclin russe

La présence de longue date de la Chine et de la Russie en Asie centrale, mélange nuancé de coopération et de concurrence façonné par des intérêts qui se chevauchent et divergent, est indéniable. Cependant, la relation entre la région et Pékin et Moscou a récemment évolué.

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This article is part of our special report "Les relations UE-Kazakhstan : une évolution stratégique et économique vers un rôle régional et mondial"
Bird’s-eye view of the central part of the capital of Kazakhstan – the city of Nur-Sultan
Alors que Pékin et Moscou cherchent tous deux à maintenir la stabilité régionale et à prévenir les soulèvements — qu’ils attribuent à l’influence occidentale —, la diplomatie chinoise s’affirme de plus en plus et devient de plus en plus indépendante de la Russie. [Getty Images: Max Zolotukhin]

La présence de longue date de la Chine et de la Russie en Asie centrale, mélange nuancé de coopération et de concurrence façonné par des intérêts qui se chevauchent et divergent, est indéniable. Cependant, la relation entre la région et Pékin et Moscou a récemment évolué.

L’Asie centrale revêt une grande importance pour la Chine et la Russie, qui y partagent des intérêts vitaux en matière de sécurité et d’importantes préoccupations politiques et économiques, comme l’explique un rapport de l’Institut de recherche sur la politique étrangère (FPRI).

La guerre en Ukraine a terni la réputation de la Russie en tant que garant de la sécurité, poussant les États d’Asie centrale à diversifier leurs partenariats, notamment en se tournant vers la Chine, dont l’influence dans le domaine de la sécurité ne cesse de croître.

Alors que Pékin et Moscou cherchent tous deux à maintenir la stabilité régionale et à prévenir les soulèvements — qu’ils attribuent à l’influence occidentale —, la diplomatie chinoise s’affirme de plus en plus et devient de plus en plus indépendante de la Russie dans la région.

Leurs intérêts divergent considérablement dans le domaine économique. Les projets d’infrastructure et les réseaux commerciaux de la Chine dans le cadre de l’initiative des Nouvelles routes de la soie intègrent l’Asie centrale dans son orbite économique, tandis que l’approche de la Russie à travers l’Union économique eurasiatique vise un marché fermé et centré sur la Russie, créant une dynamique à somme nulle.

Le rapport du FPRI affirme que le déplacement du pouvoir de la Russie vers la Chine est possiblement en train d’approfondir la concurrence entre les deux puissances. Si les dynamiques actuelles se maintiennent, la rivalité en Asie centrale pourrait prendre le pas sur la coopération.

Rivalité entre la Chine et la Russie

Les experts de la Fondation Carnegie pour la paix internationale dressent un tableau similaire. Bien que les deux parties ont investi dans l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) en tant qu’alternative multilatérale à l’ordre occidental, leurs initiatives économiques mettent en évidence des objectifs contradictoires en Asie centrale.

Si la Russie a déjà cherché à aligner son projet sur celui de la Chine, peu de progrès ont été réalisés, d’autant plus que l’influence de Pékin s’est accrue — contrairement à celle de la Russie qui a diminué dans la région.

La patience stratégique de la Chine et son attrait économique et politique croissant en ont fait un partenaire plus attrayant pour les États d’Asie centrale, en particulier face à la montée des craintes quant à une agression de la part de la Russie.

La disparité est évidente. Les accords de la Chine avec les pays d’Asie centrale, tels que la déclaration de Xi’an, sont complets et généreux, reflétant son rôle de puissance régionale dominante, mais « bienveillante ».

En revanche, ses accords avec la Russie, tels que la déclaration conjointe des présidents Xi Jinping et Vladimir Poutine, sont limités et axés principalement sur les priorités de Pékin, reflétant une dynamique plus compétitive entre deux puissances de stature comparable.

Un ennemi commun

Malgré les dissensions entre la Chine et la Russie, les deux puissances continuent de collaborer pour exclure un adversaire commun : l’Occident. Les deux parties partagent toujours l’objectif de créer un ordre mondial alternatif, malgré les changements économiques et stratégiques qui redéfinissent leurs rôles dans la région.

Un rapport du Centre for a New American Security (CNAS) mentionne les efforts déployés par l’Asie centrale pour diversifier ses partenariats au-delà de Pékin et de Moscou, notamment avec les États-Unis, l’Europe et les États du Golfe. Cette diversification reflète leur volonté de préserver leur souveraineté et d’éviter une dépendance excessive à l’égard d’une seule puissance.

La guerre en Ukraine a amplifié cette dynamique, la Russie étant de plus en plus préoccupée par le conflit et se souciant moins de la région, et la Chine étendant prudemment sa présence en matière de sécurité pour faire face à l’instabilité potentielle, telle que les menaces émergeant de l’Afghanistan.

Pour les États-Unis et leurs alliés, l’évolution du paysage offre l’occasion de s’engager davantage avec les nations d’Asie centrale. En soutenant la connectivité régionale, la souveraineté et le développement économique, l’Occident pourrait faire contrepoids à l’influence russe et chinoise, en renforçant l’indépendance et l’action politique de ces États.

La Russie et l’Occident contre la Chine ?

L’évolution des relations entre la Russie et la Chine a souvent été qualifiée d’« axe d’autoritarisme », comme l’a fait remarquer l’ancien ambassadeur australien à Pékin, Geoff Raby.

Les sanctions occidentales accrues qui ont suivi l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 n’ont fait que renforcer l’intérêt mutuel de Moscou et de Pékin pour la restructuration de l’ordre mondial en faveur d’une gouvernance autoritaire.

Toutefois, Geoff Raby considère également que les tensions potentielles dues aux différends historiques et aux approches divergentes en matière de sécurité — et le fait que la Chine surpasse la Russie tant sur le plan économique que géopolitique — sont des éléments qui mettent à rude épreuve le partenariat dans ce qui était jadis la sphère d’influence de la Russie.

L’ambassadeur australien estime que, tant que Vladimir Poutine sera aux commandes, il est peu probable que les États-Unis et la Russie s’alignent contre la Chine, compte tenu de l’orientation actuelle de Moscou et de ses intérêts contradictoires avec l’Occident.

Un réengagement de la Russie avec l’Europe pourrait contrebalancer la domination de la Chine en Asie centrale. Toutefois, en l’absence d’un tel changement, Geoff Raby conclut que l’ascension incontrôlée de la Chine pourrait refléter la consolidation de l’hégémonie régionale des États-Unis au début du XXe siècle, leur permettant de projeter leur puissance à l’échelle mondiale.

Un jeu d’équilibre

Selon le think tank américain Council on Foreign Relations (CFR), le Kazakhstan aurait réussi à éviter la domination de l’une ou l’autre puissance en cultivant des relations avec un large éventail de partenaires internationaux — dont l’Union européenne et les États-Unis — afin de conserver son autonomie.

Sa stratégie commerciale a été au cœur de son indépendance. Bien que la Chine soit devenue le premier partenaire commercial du Kazakhstan en 2023, la diversification des partenaires n’a jamais cessé.

Le pays d’Asie centrale a résisté aux pressions extérieures de la Chine et de la Russie, affirmant son indépendance par des décisions telles que le refus de rejoindre le groupe des BRICS+ (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, Iran, Égypte, Émirats arabes unis, Arabie saoudite et Éthiopie) et la gestion des différends commerciaux avec la Russie.

Dans l’ensemble, le CFR affirme que le Kazakhstan est parvenu à tirer parti de sa position stratégique et de ses divers partenariats pour favoriser la croissance économique et maintenir son autonomie.

En diversifiant son économie et ses relations commerciales, Astana construit progressivement un avenir plus résilient et autosuffisant tout en maintenant un équilibre délicat entre des puissances mondiales concurrentes.