Le chômage atteint son taux le plus élevé en 15 ans dans la zone euro

Le chômage dans la zone euro a atteint son plus haut niveau en près de 15 ans en février dernier avec plus de 17 millions de personnes sans emploi. Les économistes s'attendent même à des chiffres encore plus alarmants au fil des mois.

EURACTIV.com / Reuters
File d'attente.
File d'attente.

Le chômage dans la zone euro a atteint son plus haut niveau en près de 15 ans en février dernier avec plus de 17 millions de personnes sans emploi. Les économistes s'attendent même à des chiffres encore plus alarmants au fil des mois.

Le taux de chômage au sein des 17 pays de la zone euro est passé à 10,8 %, comme le prévoyait un sondage de Reuters réalisé auprès de plusieurs économistes. Il s'agit d'une hausse de 0,1  % par rapport au mois de janvier, a annoncé Eurostat lundi dernier.

« Nous pensons qu'il continuera à augmenter pour atteindre 11 % d'ici la fin de l'année », a déclaré Raphaël Brun-Aguerre, économiste chez JP Morgan à Londres. « Le secteur public subit des suppressions d'emplois, les revenus baissent et la consommation décline. Les perspectives de croissance économique sont négatives, ce qui ne fera qu'augmenter le taux de chômage. »

Le taux de février, à son plus haut niveau depuis juin 1997, marque le 10e mois consécutif d'augmentation et contraste largement avec l'état de l'économie américaine, qui a recommencé à créer des emplois depuis l'année dernière.

Les économistes sont divisés quant à l'efficacité des mesures prises par les gouvernements européens pour réduire les déficits budgétaires, alors que la crise économique affecte les recettes fiscales, le pouvoir d'achat des consommateurs et la confiance des investisseurs qui s'est effondrée l'année dernière.

Eurostat affirme qu'au sein de l'Union européenne, le taux de chômage est resté stable à 10,2 % de la population active, soit quelque 24,5 millions de personnes, contre 10,1 % en janvier.

Disparités nord-sud

Au sein de la zone euro, les disparités entre le nord plus riche et le sud en difficulté apparaissent clairement en matière de chômage. Des années de prêts incontrôlés, une législation du travail obsolète et une industrie peu compétitive ont plongé le sud de l'Europe dans une crise douloureuse.

En février, le taux de chômage en Allemagne est resté stable à 5,7 % de la population active mais il n'a fait qu'augmenter dans les pays du sud de l'Europe où il était déjà élevé. Le taux de chômage en Espagne a atteint 24 %, le plus haut niveau d'Europe, et 9,3 % en Italie. La Grèce et le Portugal ont également enregistré des taux importants (respectivement 21 et 15 %) alors que certains pays du nord ont enregistré de meilleurs scores que l'Allemagne, avec un taux de 4,9 % aux Pays-Bas et de 4,2 % en Autriche.

Ces chiffres sont particulièrement moroses en Espagne, un pays responsable de la moitié de l'augmentation du chômage en Europe et où le taux de chômage des jeunes a dépassé les 50 % pour la première fois depuis 1998, selon le quotidien El País.

L'Espagne a dévoilé le mois dernier un budget extrêmement austère visant à économiser 27 milliards d'euros en 2012. Le pays tente en effet de réduire son déficit à 5,2 % du produit intérieur brut et de regagner la confiance des investisseurs.

Le ministre espagnol de l'économie, Luis de Guindos, a déclaré la semaine dernière que des mesures seraient mises en œuvre dès que possible, qualifiant d'« absurde » la rumeur selon laquelle le pays aurait besoin du même type de renflouement financier que son voisin portugais.

Contraction du secteur manufacturier

Selon d'autres données publiées lundi, l'activité du secteur manufacturier au sein de la zone euro s'est contractée en mars pour le huitième mois consécutif, confirmant les prévisions de Bruxelles selon lesquelles la production de la zone euro se contracterait de 0,3 % cette année.

Malgré ces perspectives négatives, la Banque centrale européenne devrait maintenir les taux d'intérêt à 1 % lors de sa réunion mensuelle mercredi, alors que l'augmentation du prix du pétrole maintient l'inflation au-dessus de son objectif de 2 %.

« Avec un taux d'inflation qui reste résolument élevé au sein de la zone euro, il y a peu d'espoir d'une reprise de la consommation », a déploré Jennifer McKeown, économiste chez Capital Markets.

Les discussions entre les membres du directoire de la BCE à Francfort se compliquent à mesure que les prévisions plus optimistes du début de l'année s'éloignent.

Même au sein de la plus forte économie de la zone, l'Allemagne, la tendance a été à la baisse en mars dans les secteurs de la fabrication et de la construction.