Le commissaire Maros Šefčovič veut concilier politiques industrielles et environnementales

Désormais, le sujet phare à Bruxelles semble être la compétitivité industrielle et la manière dont elle peut être plus étroitement liée aux politiques environnementales. Et le commissaire européen chargé du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) Maroš Šefčovič a un plan.

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EU Commission press conference on negotiations for Association Agreement between the EU and Andorra and San Marino
Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission européenne chargé du Green Deal. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Désormais, le sujet phare à Bruxelles semble être la compétitivité industrielle et la manière dont elle peut être plus étroitement liée aux politiques environnementales. Et le vice-président de la Commission européenne, Maroš Šefčovič, désigné l’année dernière pour reprendre le portefeuille du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), a un plan.

Maroš Šefčovič s’est adressé mercredi (21 février) à une foule d’associations d’entreprises, de groupes de réflexion, de syndicats et de philanthropes engagés dans la protection de l’environnement présents pour préparer la prochaine phase du Pacte vert, qui sera axée sur la politique industrielle.

Durant la journée, il a rencontré des représentants de la Fondation européenne pour le climat, un groupe philanthropique soutenu par des investisseurs américains, de l’association patronale européenne BusinessEurope et de la Confédération européenne des syndicats (CES), et a participé à une table ronde avec les plus grandes compagnies européennes de pétrole et de gaz.

Pour M. Šefčovič, le futur Plan industriel du Pacte vert (Green Deal Industrial Plan), présenté par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans son discours sur l’état de l’Union en septembre dernier, reposera sur « quatre piliers, qui sont […] absolument nécessaires », a-t-il déclaré à mercredi.

Ces piliers sont les suivants : un « environnement règlementaire prévisible et simplifié », un « accès rapide et efficace à des financements », un accent mis sur les compétences et l’éducation relatives aux nouvelles technologies par le biais de la formation professionnelle et des universités, et pour finir, un « commerce ouvert pour des chaînes d’approvisionnement résilientes ».

Cela signifie également que l’Europe doit se montrer « beaucoup plus ferme dans la lutte contre les pratiques commerciales déloyales, les pratiques de dumping ou les subventions importantes, car nous devons veiller à ce que la concurrence soit équitable », a-t-il souligné.

Il est urgent d’agir, en particulier en ce qui concerne la domination de la Chine sur les marchés des minerais, a-t-il noté, en évoquant la législation sur les matières premières critiques de l’Union européenne, qui devrait être officiellement adoptée dans les semaines à venir.

L’appel à une règlementation plus « prévisible » fait écho à la Déclaration d’Anvers signée mardi par quelque 70 entreprises industrielles de secteurs énergivores et une trentaine d’associations.

M. Šefčovič était présent à Anvers en début de semaine, aux côtés de Mme von der Leyen et du Premier ministre belge Alexander De Croo — dont le pays assure la présidence tournante du Conseil de l’UE. Mardi, le vice-président de la Commission a lui aussi souligné la nécessité d’un financement pour soutenir la transition écologique des entreprises.

« La Commission s’est déjà engagée à mobiliser 1 000 milliards d’euros dans le cadre de son budget septennal […], mais il faudra bien sûr aller beaucoup plus loin », a-t-il déclaré, soulignant le potentiel de financement supplémentaire disponible grâce à l’abandon des combustibles fossiles. En effet, l’année dernière, l’Europe a dépensé 600 milliards d’euros en importations de pétrole et de gaz et 400 milliards d’euros en subventions pour soutenir les ménages, a-t-il souligné.

En route pour un quatrième mandat ?

Il reste à voir si M. Šefčovič aura la possibilité de mettre en œuvre son plan au sein de la prochaine Commission qui sera nommée après les élections européennes de juin.

Le Slovaque a déjà effectué trois mandats à Bruxelles et est considéré comme étant le favori pour un quatrième mandat potentiel — à condition toutefois qu’il soit nommé par le gouvernement de son pays d’origine.

Interrogé à ce sujet, M. Šefčovič s’est contenté de répondre à Euractiv qu’« il reste encore beaucoup de temps » avant les élections.

Alors que le commissaire bénéficie du soutien de son groupe politique, les Socialistes et Démocrates européens (S&D), au Parlement européen, ses relations avec le Premier ministre populiste pro-Kremlin, Robert Fico, également membre du même parti, sont considérées comme un obstacle.

M. Fico a remporté les élections slovaques en octobre de l’année dernière et a réussi à former un gouvernement. Son parti, le SMER – social-démocratie, a été suspendu du groupe S&D peu de temps après.

La possibilité de voir M. Šefčovič reste donc incertaine, et ce malgré le bilan largement positif du commissaire au cours de ses 15 années à Bruxelles.

Les représentants de l’industrie, quant à eux, souhaitent qu’il soit reconduit. Les lobbyistes saluent notamment son dévouement à entretenir le dialogue avec l’industrie des technologies propres et à faire converser toutes les parties prenantes.

La politique slovaque pourrait s’avérer le plus grand obstacle à un quatrième mandat de M. Šefčovič . Le gouvernement du SMER tente actuellement de faire passer une réforme judiciaire accélérée qui supprimerait le poste de procureur spécial anticorruption, une décision qui pourrait mettre Bratislava en conflit avec Bruxelles.

Les critiques affirment que la réforme vise à protéger les législateurs du SMER contre des poursuites judiciaires. La présidente du pays, Zuzana Čaputová, s’est engagée à combattre le projet de loi, et la population est descendue dans la rue pour protester.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]