Désinformation : les élections nationales plus touchées que les européennes

Selon des experts, le niveau de désinformation lors des élections nationales, comme celles qui ont eu lieu récemment en France et au Royaume-Uni, a été plus élevé que lors des élections européennes de début juin.

Euractiv.com
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Social,Media,On,Display,With,Fake,News,And,Hoax,Information. [Shutterstock/Skorzewiak]

Selon des rapports récemment publiés par des experts en désinformation, le niveau de désinformation lors des élections nationales, comme celles qui ont eu lieu récemment en France et au Royaume-Uni, a été plus élevé que lors des élections européennes de début juin.

En amont des dernières élections européennes, les dirigeants de l’UE et les eurodéputés craignaient que la désinformation ne compromette le scrutin.

Cependant, les experts ont observé que la désinformation était également de mise et parfois plus importante encore lors d’élections nationales. La France et le Royaume-Uni ont par exemple été confrontés à une désinformation généralisée sur les réseaux sociaux au cours de la période qui a précédé les élections récemment organisées dans les deux pays.

« Nous avons observé une augmentation des cas de manipulation de l’information au cours de cette période [des élections européennes], comme des tentatives visant à remettre en cause l’intégrité du processus électoral, à décourager les gens d’aller voter et à fausser le débat public autour des élections », a expliqué un porte-parole du Parlement européen à Euractiv, ajoutant toutefois qu’aucune « tentative majeure de manipulation de l’information » n’avait été détectée.

En ce qui concerne les sujets de désinformation, la guerre en Ukraine a été le sujet majeur, mais le changement climatique et les politiques de lutte contre celui-ci ont également été visés.

« Un exemple a été l’instrumentalisation des protestations des agriculteurs », a indiqué Stephan Mündges, coordinateur de l’Association des organisations européennes indépendantes de vérification des faits (EFCSN).

Giovanni Zagni, directeur de l’EDMO Fact-Checking et président du groupe de travail de l’EDMO sur les européennes de 2024, a fait écho à cette idée en expliquant à Euractiv que « l’immigration, la guerre en Ukraine, la conformité (l’intégrité) du vote, l’agenda politique de l’UE » et, « de manière générale, toutes ces questions » ont été les cibles de la désinformation.

Le rôle des réseaux sociaux

Trollrensics, une société néerlandaise de conseil en réseaux sociaux et en désinformation, a identifié 50 000 comptes coordonannt des réseaux de désinformation ayant intensifié leur activité sur les réseaux avant que les électeurs ne se rendent aux urnes en France, en Allemagne et en Italie. Ceux-ci diffusaient principalement de fausses informations provenant de comptes créés après l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Leurs recherches ont permis de constater des répercussions importantes sur les discussions entourant les figures d’extrême droite telles que l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) en Allemagne et Éric Zemmour en France, qui ont particulièrement bénéficié des comptes pro-russes.

Dans un rapport examinant la manière dont les fausses informations signalées ont été traitées pendant les élections européennes, l’ONG Maldita a révélé que les réponses apportées par les différentes plateformes de réseaux sociaux pendant ces élections ont été très inégales.

Facebook a traité 88 % des publications signalées, Instagram 70 %, TikTok 40 %, X (ex-Twitter) 29 % et YouTube 24 %. Les questions telles que la désinformation ciblant les migrants et l’intégrité des élections n’ont reçu qu’une attention minime, YouTube et TikTok n’ayant pas réagi à la désinformation liée aux migrants.

En outre, de nombreux messages contestés et devenus viraux n’ont pas été vérifiés, notamment sur X, ce qui soulève des inquiétudes quant à l’efficacité de ses pratiques de modération, note le rapport.

Pendant les élections européennes, TikTok a supprimé 2 600 contenus pour atteinte à l’intégrité électorale et 43 000 contenus pour désinformation, selon le géant chinois.

En Europe centrale et orientale, plusieurs théories du complot profitant aux partis d’extrême droite ont été massivement diffusées sur TikTok, selon un rapport de la plateforme d’investigation à but non lucratif VSquare, qui n’a toutefois pas détaillé ses recherches.

Un autre rapport de l’ONG de vérification des faits Faktabaari et de l’entreprise de lutte contre la désinformation CheckFirst s’est principalement intéressé aux élections européennes en Finlande, et a constaté que les suggestions de recherche sur TikTok contenaient souvent un langage dangereux et des préjugés, en particulier à l’encontre de certains responsables politiques.

Selon le rapport, l’algorithme favorisait les vidéos traitant de sujets nationaux controversés tout en appliquant de manière incohérente la mention « contenu lié aux élections », risquant ainsi de fausser la perception du public.

Les élections françaises et britanniques

Une enquête menée par l’organisation à but non lucratif Global Witness a révélé que des comptes de « bots » sur X ont publié plus de 60 000 tweets vus près de 150 millions de fois avant les élections britanniques du 4 juillet.

L’ONG a ajouté que ces bots ont renforcé au Royaume-Uni les messages politiques clivants et souvent haineux, sapant ainsi le discours démocratique.

En France, les conclusions d’une étude sur la plateforme X réalisée par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) ont montré que les campagnes de désinformation russes ont ciblé les plateformes de réseaux sociaux dans le but de déstabiliser la scène politique française.

Des sources russes et nationales ont alimenté une désinformation généralisée au cours de la campagne électorale française, comme l’ont indiqué à Euractiv Les Surligneurs, une initiative française de vérification des faits. Les bots russes ont mis l’accent sur des sujets tels que les Jeux olympiques et les élections truquées, selon un représentant des Surligneurs.

L’association a ajouté que certaines fausses informations étaient basées sur des idées erronées ou des mensonges délibérés sur des questions telles que le lien entre l’immigration et la criminalité.

Mais la désinformation peut aussi provenir des candidats aux élections eux-mêmes, quel que soit leur bord politique, a soutenu le représentant de l’association Les Surligneurs.

Les médias, en particulier ceux appartenant à l’homme d’affaires français Vincent Bolloré, ont été critiqués pour avoir encouragé de fausses informations au profit des programmes de l’extrême droite, ont indiqué Les Surligneurs.

Cependant, il est difficile d’évaluer l’efficacité de cette désinformation dans les élections britanniques et françaises en raison du manque de données détaillées sur la question.

De son côté, la Commission européenne a déclaré jeudi (10 juillet) qu’elle ferait un rapport sur l’ingérence étrangère au sein de l’UE « d’ici un an ».

En attendant, les entreprises doivent continuer à lutter contre ce phénomène avec la loi historique sur la modération des contenus récemment adoptée, le règlement sur les services numériques (Digital Services Act, DSA), entré en vigueur le 17 février dernier.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]