Le double jeu du Front national au Parlement européen
L’Alliance européenne des mouvements nationaux vient d’être reconnue comme parti politique. L’eurodéputé Bruno Gollnisch y siège aux côtés de formations d’extrême droite de tout le continent, entretenant la confusion au sein du Front national.
L’Alliance européenne des mouvements nationaux vient d’être reconnue comme parti politique. L’eurodéputé Bruno Gollnisch y siège aux côtés de formations d’extrême droite de tout le continent, entretenant la confusion au sein du Front national.
Créée en 2009, l’« Alliance européenne des mouvements nationaux» (AEMN) n’avait jusqu’à présent aucune existence officielle aux yeux des institutions européennes.
Mais lors de la session plénière de la semaine du 13 février, le Parlement a validé le statut de parti politique à cette formation, ce qui lui donne droit, à une dotation de 289 266 euros pour l’année 2012.
La Grande Hongrie
L’AENM regroupe neuf partis issus des rangs de l’extrême droite et parmi eux, le Front national français, représenté par Bruno Gollnisch. Cette situation formalise ainsi le rapprochement de l’eurodéputé avec le British National Party et le radical Jobbik hongrois.
Ce dernier fait régulièrement parler de lui dans toute l’Europe. En janvier, deux de ses députés ont brûlé un drapeau européen à Budapest lors d’une manifestation ce qui leur a valu une inculpation pour vandalisme.
Les autres membres sont le Démocratie nationale belge (ancien Front national belge), la Flamme tricolore italienne, le Parti national rénové portugais, le Mouvement social républicain espagnol, les Nationaux-démocrates suédois et l’Union panukrainienne « Liberté ».
Prendre ses distances
Mais l’appartenance du FN à l’AENM reste à clarifier. Et cette ambiguité pose une question embarrasse pour le parti. Marine Le Pen, qui cherche à gommer l’étiquette « extrême droite » du Front national, rejette ce partenariat.
En juin dernier, elle a annoncé son retrait de cette formation pour ensuite se rapprocher du Parti de la Liberté autrichien. Ce dernier a d’ailleurs invité la candidate à la présidentielle à un bal à Vienne à la fin janvier 2012, provoquant une polémique sur le caractère fascisant ou négationniste de l’évènement.
Mais Bruno Gollnisch fait parti de l’AENM. Il en est même le président et ne renie pas ses connexions avec le Jobbik. Début janvier, le numéro 2 du FN Louis Alliot, a déclaré avoir « rompu les liens » avec le parti d’extrême droite hongrois. L’ex-prétendant à la succession de Jean-Marie Le Pen a cependant aussitôt répondu que le compagnon de Marine Le Pen n’était malheureusement pas au Parlement européen.
Le Front national reconnait l’aspect bancal de la situation mais les instances du parti n’ont pas prévu de résoudre le problème avant la présidentielle.
Vives réactions
Lors de l’approbation de la dotation pour 2012 de l’AENM, jeudi 16 février, les réactions, rapportées par la revue The Parliament, ont été très vives. Le travailliste britannique Claude Moraes a appelé au «boycott » de la formation.
Vice-président du Parlement européen et eurodéputé libéral, Edward McMillan-Scott, a estimé que « la formation de ce nouveau groupe est une preuve de plus que ces partis collaborent entre eux (…) et présenteront une plateforme commune lors des prochaines élections en 2014 ».