Le financement de la lutte contre le sida inquiète les ONG
Selon les Nations Unies, les chiffres de la mortalité et de la contagion liés au sida continuent de baisser. Mais l'inquiétude des ONG persistent en matière de financements internationaux, menacés par la crise économique.
Selon les Nations Unies, les chiffres de la mortalité et de la contagion liés au sida continuent de baisser. Mais l’inquiétude des ONG persistent en matière de financements internationaux, menacés par la crise économique.
Lors de la 20e conférence internationale sur le sida à Melbourne, les acteurs de la lutte contre le VIH ont mis l’accent sur la nécessité d’intensifier le rythme du combat contre l’épidémie. La conférence a également été l’occasion pour l’Onusida, le programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida de revenir sur les avancés dans la lutte contre le virus, notamment dans les pays en voie de développement.
Dans un rapport publié le 16 juillet, le programme onusien relève que le nombre de décès dus au sida dans le monde a nettement diminué en 2013 même s’il totalise encore 1,5 million de morts. La tendance est aussi à la baisse du côté des nouvelles contagions, qui sont passées de 2,2 millions en 2012 à 2,1 millions en 2013.
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Le nombre de malades ayant accès aux médicaments a augmenté. En 2013, 2,3 millions de personnes supplémentaires ont pu bénéficier d’une thérapie, ce qui permet de faire baisser la transmission du virus. Selon le rapport, en Afrique subsaharienne, 76% des personnes ne sont pas susceptibles de transmettre le virus grâce au traitement antirétroviral.
81% des malades en Afrique subsaharienne
Malgré les progrès enregistrés, l’Afrique subsaharienne reste la région du monde la plus touchée par la maladie. Dix pays de cette zone (Nigeria, Éthiopie, Ouganda, Kenya, Tanzanie, Zambie, Malawi, Zimbabwe, Mozambique et Afrique du Sud) recensent 81% des malades dans le monde.
Certains pays africains restent à la traîne, comme le Nigéria, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo ou encore le Soudan du sud. Pour Khalil Elouardighi, responsable des camapgnes de Coalition PLUS, une ONG qui rassemble plusieurs associations de lutte contre le sida, les traces laissées par les conflits en République centrafricaine, République démocratique du Congo et au Soudan du Sud expliquent que ces États dits « fragiles » ont du mal à absorber l’aide extérieure.
Le Nigéria, qui dispose d’une importante rente pétrolière ne parvient pas à réinvestir cette ressource dans les politiques de santé publique. Pour le responsable de Coalition PLUS, cela expliquerait les mauvais résultats de la lutte contre le sida dans ce pays.
L’Onusida fixe des objectifs ambitieux
Durant la conférence internationale sur le sida, Michel Sidibé, directeur exécutif de l’Onusida a annoncé de nouveaux objectifs dès 2015. « Si nous accélérons l’augmentation de tous les services liés au VIH d’ici 2020, nous serons sur la bonne voie pour mettre fin à l’épidémie d’ici à 2030 », a déclaré le directeur.
Pour cela, l’Onusida envisage que d’ici 2020, 90 % de la population du monde entier devra être dépistée de manière volontaire, 90 % de la population mondiale vivant avec le VIH devra être traités.
Pour Khalil Elouardighi, « la France a un rôle important à jouer dans cette perspective dans le cadre des négociations européennes sur la taxe sur les transactions financières (TTF). Nous avons de grandes attentes envers le gouvernement français ».
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Dans le cadre d’une coopération renforcée, 11 pays européens dont la France planchent sur la mise en oeuvre d’une taxe sur les transactions financières européenne, dont une partie pourrait être affectée à l’aide au développement.
Le financement, le nerf de la guerre
À l’heure actuelle, deux types de financement servent à lutter contre le VIH/sida. D’un côté, les financements nationaux représentent 50 % des fonds alloués contre la maladie. Les États prennent alors en charge leurs propres malades.
Les 50 % restant relèvent de l’aide internationale qui se divise en deux grandes lignes directrices. Le canal bilatéral, fiancé par des agences ou État par État et le canal multilatéral, notamment via le Fond mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Les États et les associations participent à son financement et 21 % des subventions internationales du Fond sont consacrés au sida.
De son côté, la France privilégie le canal multilatéral et participe à hauteur de 360 millions d’euros au financement du Fond mondial. Le pays s’est aussi engagé à reverser 110 millions d’euros prélevés sur la taxe de solidarité sur les billets d’avion. Cette somme finance UNITAID, un organisme international chargé de centraliser les achats de médicaments pour les obtenir aux prix les plus bas, notamment pour aider les pays en voie de développement. Ces cinq dernières années, UNITAID a obtenu plus de la moitié de ses fonds par la taxe sur les billets d’avion.
Si Paris a promis de ne pas diminuer sa contribution au Fond mondial de lutte contre le sida, les ONG craignent une baisse des financements pour UNITAID. « On a peur que ce soit UNITAID qui paye alors qu’on a besoin de prix bas pour les médicaments », rappelle le responsable de Coalition PLUS.
Coordination SUD, la plateforme nationale des ONG françaises de solidarité internationale, s’est aussi alarmée face à la réduction de 9,8 % des crédits de la France pour l’aide au développement en 2013. Ces coupes devraient toucher en premier la santé, selon l’ONG. « Baisser la contribution de la France se traduirait par l’arrêt de traitements vitaux pour des dizaines de milliers de malades dans les pays en développement. La France est-elle prête à faire ces choix-là ? », a déclaré Éric Fleutelot, directeur général adjoint de Sidaction et membre de la commission santé de Coordination SUD.