Le fonds de cohésion accentue les inégalités au sein des régions de l’UE, selon une étude
Selon une étude récente, la politique de cohésion de l’UE profite davantage aux ménages riches et hautement qualifiés qu’aux ménages à faible revenu et exacerbe les inégalités intrarégionales.
Selon une étude récente, la politique de cohésion de l’UE, qui vise à réduire les disparités régionales, profite davantage aux ménages riches et hautement qualifiés qu’aux ménages à faible revenu et exacerbe les inégalités au sein des régions du bloc.
Bien qu’elle parvienne à réduire les inégalités interrégionales, la politique de cohésion — la politique régionale de l’UE basée sur les territoires et représentant un tiers du budget communautaire — ne parvient pas à atteindre les « laissés-pour-compte » et accroît en réalité les inégalités au sein des régions européennes. C’est ce qu’il ressort d’une étude menée par des chercheurs de l’université de Mannheim, du centre Jacques Delors de Berlin et de l’université d’Aarhus.
S’appuyant sur une enquête menée auprès de 2,4 millions de participants dans l’UE, le rapport examine l’impact de la politique de cohésion sur les inégalités de revenus entre 1989 et 2017 dans 231 régions européennes.
Les chercheurs ont étudié en particulier deux types de fonds européens, le Fonds européen de développement régional (FEDER) et le Fonds social européen (FSE), auxquels les organisations éligibles peuvent prétendre en soumettant des demandes de projets dans le cadre de « programmes opérationnels » spécifiques.
Accroissement des inégalités
Selon les chercheurs, la politique de cohésion est efficace d’un point de vue interrégional et contribue à la croissance économique moyenne des régions qu’elle soutient.
« Si vous dépensez un euro, vous récupérez un euro », a expliqué Valentin Lang, l’un des auteurs de l’étude et professeur assistant à l’Université de Mannheim, qui affirme que l’argent du fonds de cohésion stimule avec succès l’économie. Toutefois, il a précisé que « l’euro dépensé n’atteint pas les riches et les pauvres de la même manière ».
« La politique de cohésion est assez efficace pour promouvoir la croissance du revenu moyen dans les régions en retard de développement, mais si vous regardez à l’intérieur de la région, ces gains de revenus vont principalement aux plus riches, et non aux plus pauvres », a expliqué M. Lang.
L’étude a montré que la politique de cohésion contribue à augmenter les revenus salariaux des groupes les plus instruits et les plus riches dans les régions éligibles, alors que les effets sur les ménages plus pauvres sont proches de zéro.
« La politique de cohésion n’atteint pas les plus pauvres dans les régions européennes », a souligné M. Lang.
Un avantage pour les personnes hautement qualifiées
Les chercheurs n’ont pas étudié les raisons qui expliquent les différences de répartition des fonds. Selon M. Lang, il est « très plausible que les personnes les plus qualifiées possèdent les compétences nécessaires ou soient plus susceptibles de travailler pour des entreprises ayant la capacité et les ressources nécessaires pour solliciter ces fonds ».
Par conséquent, les travailleurs hautement qualifiés — qui occupent souvent des postes mieux rémunérés et sont généralement plus aisés — bénéficient davantage des fonds de cohésion que les travailleurs peu qualifiés et les ménages plus pauvres.
En outre, les chercheurs ont également constaté que l’inégalité intrarégionale — que le fonds de cohésion exacerbe — contribue davantage que l’inégalité interrégionale à l’inégalité globale en Europe et ont averti que cela pourrait conduire à un mécontentement politique accru parmi les « laissés-pour-compte ».
Des politiques axées sur les personnes ?
« La sensibilisation est la première étape la plus facile », a affirmé M. Lang lorsqu’on lui a demandé de formuler des recommandations à l’intention des responsables politiques.
Dans le même temps, la politique de cohésion devrait être « associée à des règles qui garantissent une distribution plus égalitaire du soutien territorial », suggère l’étude.
De plus, M. Lang explique que l’UE pourrait modifier les critères d’éligibilité afin de s’assurer qu’un plus grand nombre de personnes, en particulier les plus pauvres, puissent bénéficier du fonds de cohésion.
Le chercheur a également suggéré une « réforme plus radicale », en passant de politiques basées sur les territoires à des politiques plus basées sur les personnes au niveau de l’UE, afin que les fonds atteignent les personnes les plus vulnérables.
« Si vous voulez atteindre les plus pauvres en Europe, les politiques basées sur le territoire ne suffiront pas », a-t-il affirmé, ajoutant que la complémentarité des deux politiques pourrait contribuer à réduire les inégalités globales sur le long terme.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]