Le budget hongrois souffre du gel des fonds de l’UE et de l’augmentation des sanctions financières

La dépendance de la Hongrie aux exportations a encore affaibli la flexibilité budgétaire de Viktor Orbán, alors que les fonds de relance et de cohésion de l'UE restent gelés.

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This article is part of our special report "Cohésion sous pression : la Hongrie teste les lignes rouges de l’UE"
Hungarian PM Viktor Orban Meets Slovakian PM Robert Fico In Bratislava
Le Premier ministre Viktor Orbán. [Getty Images/Zuzana Gogova]

Entre le gel des fonds de cohésion européens, les sanctions imposées par l’UE pour manquements aux valeurs communes, et un contexte économique mondial incertain, la Hongrie voit son économie fortement mise à l’épreuve alors que se profilent les élections de 2026.

Le Fidesz, parti de Viktor Orbán, a proposé un « budget anti-guerre » visant la stabilité économique, le bien-être social et la confiance en l’avenir. Ce budget met notamment l’accent sur le soutien aux familles avec enfants, aux jeunes et aux retraités.

Le gouvernement promet la mise en œuvre du plus vaste programme européen de réduction d’impôts pour les familles, le versement garanti du treizième mois, ainsi que la protection de l’emploi et la création de nouveaux postes. Des hausses de salaires figurent également dans les prévisions budgétaires.

Lors d’une présentation à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Économie Márton Nagy a déclaré qu’environ 12,5 milliards d’euros seraient alloués au développement économique en 2026, dont 5,71 milliards issus des fonds européens, le reste provenant du budget national.

En ce qui concerne les fonds de l’UE, le gouvernement table sur la mise en œuvre complète des programmes prévus pour 2021-2027. Il espère recevoir 6,7 milliards d’euros au titre de ces programmes, ainsi que 4,4 milliards d’euros de recettes liées à l’UE.

Dans le même temps, le pays contribuera à hauteur de 1,9 milliard d’euros au budget commun de l’UE.

Des prévisions jugées trop optimistes

Le Conseil fiscal hongrois s’inquiète toutefois de la solidité du budget, qu’il juge fondé sur des hypothèses de croissance trop optimistes dans un contexte marqué par l’incertitude sur les fonds européens et les risques liés aux tensions commerciales mondiales.

Selon le Conseil, la forte dépendance de la Hongrie à l’exportation la rend vulnérable aux chocs externes, qu’ils soient liés à des conflits ou à des guerres commerciales. Il estime également que le fonds de réserve d’urgence prévu — à peine 120 millions d’euros — est trop faible.

Alors que la plupart des fonds de relance et de cohésion de l’UE restent gelés en raison du non-respect par la Hongrie des critères liés à l’État de droit, le gouvernement risque de creuser davantage son déficit s’il ne réduit pas ses dépenses ou ne trouve pas de nouvelles sources de financement.

Malgré ces avertissements, l’exécutif pousse pour une adoption rapide du budget, invoquant le besoin de stabilité et de prévisibilité. Il a accepté de constituer des réserves d’urgence, comme recommandé, mais refuse de revoir ses principales prévisions économiques.

Il convient de rappeler que le Conseil budgétaire n’a qu’un rôle consultatif.

Gel de « tous » les fonds européens

Les inquiétudes concernant l’accès de la Hongrie aux fonds de l’UE ne sont pas infondées. En réponse à la loi sur la transparence récemment proposée, 26 membres du Parlement européen ont demandé à la Commission de geler tous les transferts financiers vers Budapest.

Dans une lettre adressée au commissaire au budget, Piotr Serafin, et au commissaire à l’État de droit, Michael McGrath, les députés mettent en garde contre le financement d’un « régime corrompu qui sape ouvertement les valeurs européennes ».

En plus de critiquer la législation proposée sur la transparence, les députés citent également l’affaiblissement du système judiciaire par le gouvernement, l’interférence dans le travail de l’Autorité hongroise pour l’intégrité et l’interdiction de la marche des fiertés à Budapest.

« Nous vous demandons donc de suspendre d’urgence tout financement à la Hongrie par le biais de tous les instruments juridiques disponibles », peut-on lire dans la lettre. La lettre a été signée par des députés de tout l’échiquier politique, du centre à l’extrême gauche, le bloc conservateur étant manifestement absent.

La Hongrie a droit à environ 34 milliards d’euros au titre des fonds de cohésion de l’UE et des instruments financiers connexes.

Une addition qui s’alourdit

Et la facture continue de grimper. En avril 2025, les amendes infligées par l’UE à la Hongrie pour non-respect du droit européen en matière migratoire dépassaient les 500 millions d’euros, à la suite d’un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) rendu en juin 2024.

Bien que le premier ministre hongrois ait promis de réclamer tous les fonds retenus, en vertu de la législation européenne, les amendes sont reversées au budget central de l’Union et les États membres sanctionnés ne peuvent en bénéficier.

Pour ne rien arranger, une proposition de révision du budget de l’UE suscite de nouvelles inquiétudes, non seulement en Hongrie, mais aussi en Slovaquie. La Commission souhaite réorienter davantage de fonds vers la défense, l’action climatique et l’innovation numérique.

Cette proposition inclut également des conditions plus strictes liant les fonds de l’UE aux normes démocratiques. Les pays les plus pauvres, qui dépendent fortement des fonds de cohésion pour soutenir le développement et les infrastructures, pourraient ainsi voir leur financement diminuer.

Cela pourrait compliquer davantage la position de la Hongrie, étant donné les critiques persistantes à l’encontre de son gouvernement.

Viktor Orbán inflexible

Le premier ministre hongrois semble conscient des risques. Il a reconnu que les difficultés économiques du pays sont loin d’être terminées et qu’elles pourraient persister jusqu’en 2026, date à laquelle la Hongrie devrait organiser des élections générales et locales.

Selon Bloomberg, la Hongrie est confrontée à des tensions budgétaires importantes, avec un déficit budgétaire de plus de 8 milliards de dollars au cours des quatre premiers mois de 2025, ce qui dépasse largement les prévisions initiales du gouvernement.

Le gouvernement a réagi en gelant certaines dépenses publiques afin de contenir le déficit et de maintenir la discipline budgétaire. Viktor Orbán a attribué les difficultés économiques de la Hongrie à la guerre en cours en Ukraine.

Le premier ministre hongrois se trouve désormais dans une position de plus en plus précaire, aux prises avec une inflation croissante, une croissance stagnante, un forint qui s’affaiblit et des milliards d’euros de fonds européens gelés.

Plutôt que de chercher un compromis, Viktor Orbán semble donner à l’UE davantage de raisons d’isoler son gouvernement.

[Édité par Brian Maguire | Advocacy Lab d’Euractiv]