Le futur partenaire de la CDU influera à la marge la politique européenne
Les tractations entre les partis allemands avant la formation d'une coalition tiennent l'Europe en alerte. Le SPD pousse pour une inflexion de la rigueur économique imposée par la CDU à l'Europe.
Les tractations entre les partis allemands avant la formation d'une coalition tiennent l'Europe en alerte. Le SPD pousse pour une inflexion de la rigueur économique imposée par la CDU à l'Europe.
Au lendemain d'élections législatives qui ont bousculé les forces traditionnelles allemandes, les voisins européens s'interrogent sur les conséquences du vote allemand pour les quatre années à venir. Car contrairement aux prévisions, les forces en présence ne sont plus les mêmes. La droite libérale a été décimée; faute de siège au parlement, le FDP ne peut soutenir la CDU. Le parti chrétien démocrate est donc contraint de rechercher ailleurs. Ailleurs, il n'y a que des partis de gauche.
“C'est un résultat singulier, qui reflète aussi l'indécision des votants” explique Mathias Jung, expert à l'institut Fosrshungruppe Wahlen. “En terme de sociologie, nous assistons à un tournant. D'anciens électeurs de la CDU se sont tournés vers Alternative fur Deutschland, tout comme d'anciens électeurs des Verts. Il y a un vrai vote de protestation, qui ne va pas être pris en compte dans les forces politiques au pouvoir”. Dans l'Allemagne du consensus, le phénomène est toujours accueilli comme une surprise.
Le vote de l'Allemagne au coin du feu
Au delà de cette frange de votes protestataires, le suffrage de dimanche exprime aussi un mouvement de repli sur soi, de retour vers les valeurs très allemandes que représente la chancelière. Celle d'une Allemagne, forte, traditionnelle, rassurante. “C'est elle qui représente la “Gemutlichkeit” chère aux allemands, cette image de confort et de stabilité d'une Allemagne blottie au coin du feu, ordinairement représentée par la droite libérale “ constate Richard Hilmer, analyste pour l'institut de sondage Infratest.
Et c'est là la force de la CDU, qui est arrivée avec la figure de celle que les allemands appellent 'Mutti', ou maman, à fusionner au sein d'un même projet politique des aspirations antagonistes. D'une part celle du repli patriotique sur la nation en temps de crise, et d'autre part celle d'une Allemagne intégrée à l'Europe, qui assume ses responsabilités en gérant au mieux la crise financière.
Malgré quelques protestations centrifuges, le consensus de la population allemande en faveur de la construction européenne est l'un des plus solides des 28 pays de l'Union Européenne. Le seul parti vraiment extrêmiste, Alternative fur Deutschland, n'envisage “que” la sortie de l'euro et non pas la sortie de l'Europe comme les extrêmes droite et gauche françaises. Ainsi va la politique allemande : sans vagues et sans passion. Durant la soirée électorale, la capitale politique de la ville est d'ailleurs restée d'un calme olympien.
Des conséquences potentielles pour le futur de l'Europe
En terme de choix stratégique pour le futur de l'Europe, les élections pourraient toutefois faire osciller certains choix européens. Bien qu'Angela Merkel ait assuré lundi que “la pression sur les pays en restructuration en changerait pas”, une alliance avec le SPD implique nécessairement des concessions en matière de politique économique de l'avis des sociaux -démocrates.
C'est en tout cas la position du député européen SPD Jo Leinen, qui estime que "pour l'Europe, l'impact de cet élection est forcément positive.
>>Retrouvez l'interview de Jo Leinen sur EURACTIV.de (en allemand)
Les politiques de rigueur pourraient être adoucies, au profit de plan de soutien à l'emploi déjà évoquées par Angela Merkel durant sa campagne. Le SPD exigerait aussi le poste de ministre des Finances pour entrer dans la coalition, un poste jusque là occupe par le redouté Wolfgang Schäuble, connu à l'extérieur des frontières de l'Allemagne pour son intransigeance. Une perspective qui rassérène quelque peu les journalistes grecs venus suivre les élections à Berlin
“S'il n'y a pas de changement, la violence et les extrêmes vont redoubler en Grèce. Dans notre pays, la démocratie est morte parce qu'il n'y a plus de financement disponibles. Fermer la télévision publique du jour au lendemain, c'est ce que ferait une dictature, et c'est nos dirigeants qui ont pris la décision. Mais ca, c'est l'oeuvre d'Angela Merkel” assure une reporter du journal Ekathemirini venue couvrir les élections allemandes, à Berlin.
Les pays du Sud ne sont pas les seuls à formuler des voeux pour une coalition avec un SPD qui puisse reprendre un vrai poids politique. En France, les socialistes du gouvernement, déjà proche du SPD au Parlement européen, appellent Angela Merkel à faire alliance avec le SPD au nom de l'Europe.
Le président Hollande s'est empressé de saluer la victoire d'Angela Merkel, François Hollande invitant son homologue allemand avant même la publication des résultats officiels. Un empressement qui s'explique par le besoin français de consolider la relation franco-allemande, à l'heure où les questions économiques font souvent passer au second plan le projet politique européen. Durant sa campagne, Angela Merkel elle-même a souligné le besoin de rapatrier certains pouvoirs de Bruxelles à Berlin, entonnant un couplet cher à David Cameron, le premier ministre britannique. Et peu apprécié dans l'Hexagone.
Au niveau des partis politiques, le Le PS soutient déjà du bout des lèvres la candidature de l'allemand Martin Schulz comme tête de liste des sociaux-démocrates européens, et une alliance potentielle CDU-SPD donnerait aux sociaux démocrates l'occasion de négocier un poste SPD au niveau européen.
>>Lire aussi : Les élections allemandes ouvrent les portes de la Commission à Martin Schulz
Une alliance avec les Verts, plus simple à mettre en oeuvre, n'est pas écartée, même si la CSU, branche de la CDU, y est défavorable.
Mais elle aurait paradoxalement moins d'impact sur la future politique européenne de l'Allemagne, en raison des faibles résultats des “Grüne”. “Le fait que l'environnement devienne un sujet qui pénètre tous les partis allemands a affaibli politiquement les Verts” constate le professeur Renate Kocher. En revanche, la CDU se sent investie d'une vraie responsabilité à cet égard. Le fort lobbying de l'industrie automobile, constaté durant le dernier mandat d'Angela Merkel, pourrait se faire plus mesuré. La Commission a d'ailleurs prudemment attendu que les élections allemandes se passent avant d'abritrer le conflit France/Allemagne concernant la conformité des climatisations des Mercedes. En filigrane, la question des contraintes carbone imposées aux voitures, qui pourraient nuire à l'industrie allemande, reste ouverte. Avec ou sans les Verts, l'Allemagne devrait en théorie se voir contrainte de soutenir une politique plus musclée en terme de réduction des émissions de CO2.
Les dossiers chauds de la Commission exigent néanmoins un soutien plus solide de la part du couple franco-allemand : l'arrivée de l'Union bancaire ou encore la négociation du traité de libre-échange transatlantique ne pourront vraiment avancer sans un consensus solide sur les questions majeures. Et le couple se portera mieux s'il se trouve quelques affinités-avec le SPD, par exemple.