Le Kosovo poursuit l'instauration d'un système de plaques d’immatriculation contesté par la communauté serbe

Le Kosovo, la Serbie et les forces de maintien de la paix de l’OTAN se préparaient jeudi (1er septembre) à une nouvelle vague de tensions ethniques en raison de la question controversée des plaques d'immatriculation dans les deux pays.

EURACTIV.com avec Reuters
Serbian President Aleksandar Vucic holds a press conference on situation in Kosovo
L’UE a négocié un accord sur les documents d’identité à l’entrée et sur la suppression des visas de sortie pour les citoyens de chacun des deux pays lorsqu’ils se rendent dans l’autre. La question des plaques d’immatriculation n’a toutefois pas été résolue. [EPA-EFE/ANDREJ CUKIC]

Le Kosovo, la Serbie et les forces de maintien de la paix de l’OTAN se préparaient jeudi (1er septembre) à une nouvelle vague de tensions ethniques en raison de la question controversée des plaques d’immatriculation dans les deux pays. Pristina a en effet décidé de contraindre quelque 50 000 citoyens de la communauté serbe du nord du Kosovo à changer leurs plaques d’immatriculation d’ici à la fin octobre.

Le Kosovo a mis en œuvre une série de mesures visant à affirmer sa souveraineté et à imposer la réciprocité avec Belgrade après avoir déclaré son indépendance en 2008 à l’issue d’un mouvement de révolte de dix ans contre le régime répressif de la Serbie.

L’une d’entre elles consiste à exiger que tous les citoyens du Kosovo possèdent des plaques d’immatriculation délivrées par les institutions de Pristina. Cette décision a un impact sur le nord à majorité serbe, qui refuse de reconnaître les institutions du Kosovo. Cette mesure, ainsi que l’exigence de documents supplémentaires pour les Serbes entrant dans le pays, devait entrer en vigueur le 1er septembre.

L’UE a négocié un accord sur les documents d’identité à l’entrée et sur la suppression des visas de sortie pour les citoyens de chacun des deux pays lorsqu’ils se rendent dans l’autre. La question des plaques d’immatriculation n’a toutefois pas été résolue.

Le Premier ministre Albin Kurti a clairement indiqué que les automobilistes disposeraient d’un délai accordé de deux mois pour changer leurs plaques d’immatriculation. Cette décision ayant été décrite comme « ni plus ni moins que l’expression de l’exercice de la souveraineté ».

Le président serbe Aleksandar Vucic a déclaré mercredi qu’il ne croyait pas qu’un accord avec le Kosovo sur cette question était possible. « A partir du 1er septembre, (le Kosovo) va (…) essayer de forcer les Serbes à changer de plaque, (…). Je ne pense pas qu’ils aient beaucoup de succès », a-t-il déclaré aux journalistes.

L’année dernière, la mise en œuvre du système d’immatriculation des véhicules a suscité des protestations de la part de la population serbe vivant dans le nord, qui bénéficie du soutien de Belgrade et vit près de la frontière du Kosovo avec la Serbie. Les tensions ont repris le mois dernier après l’annonce par Pristina de l’entrée en vigueur de la règle le 1er septembre. Cette décision a amené la communauté serbe du Kosovo à ériger des barrages routiers.

Les tensions se sont apaisées après que M. Kurti, sous la pression des États-Unis et de l’Union européenne, a accepté de reporter la mise en œuvre de cette mesure. Les barrages routiers ont été levés sous la supervision de l’OTAN, qui compte environ 3 700 soldats de la paix au Kosovo.

Le ministère de la Défense de Serbie, qui refuse de reconnaître le Kosovo indépendant et le considère comme faisant partie intégrante du territoire serbe, a déclaré mercredi avoir intensifié l’entraînement de certaines de ses troupes en garnison près de la frontière avec le Kosovo.

« L’entraînement est mené afin de maintenir un haut niveau de préparation au combat des unités engagées et leur capacité à réagir rapidement en cas de besoin et à assurer la paix et la sécurité le long de la ligne administrative », a précisé le ministère.

Le général Ferenc Kajari, commandant de la mission de maintien de la paix de l’OTAN au Kosovo, a toutefois cherché à apaiser les craintes concernant l’imminence d’un conflit, les soldats de la paix étant répartis dans toute la région afin de parer à toute éventualité de violence.

« Nous ne voyons aucune indication, ne serait-ce que de la préparation d’une guerre… Ceux qui pensent de manière responsable ne devraient pas parler de guerre », a déclaré M. Kajari, de nationalité hongroise, dans une interview accordée à Reuters mercredi.

Les négociations entre le Kosovo et la Serbie sous l’égide de l’Union européenne et d’émissaires américains n’ont jusqu’à présent pas permis de résoudre la question. Belgrade et Pristina ont néanmoins conclu un accord sur l’utilisation de documents d’identité personnels la semaine dernière.

Les Serbes représentent 5 % des 1,8 million d’habitants du Kosovo. La Serbie accuse le Kosovo de bafouer les droits de cette minorité ethnique, une accusation démentie par Pristina.

Le Kosovo est reconnu par une centaine de pays, dont les États-Unis et tous les membres de l’UE à l’exception de cinq, mais pas par un certain nombre d’autres États, notamment la Russie et la Chine.