Le lobby de la défense conteste le rôle de la Commission dans les dépenses de défense

Les représentants de l’industrie européenne de la défense appellent à une implication accrue des gouvernements nationaux dans l’élaboration du futur budget européen, selon un nouveau document de position consulté par Euractiv.

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[Getty Images/Dursun Aydemir_Anadolu]

Cette prise de position constitue un défi direct pour la Commission européenne, qui dénonce régulièrement la fragmentation du secteur de la défense en Europe et plaide pour une prise de décision plus centralisée afin de coordonner les achats d’armements des États membres.

À Bruxelles, les discussions se poursuivent sur le prochain cadre financier pluriannuel (CFP), le budget à long terme de l’UE couvrant la période 2028-2034. La Commission européenne a envisagé une augmentation significative des dépenses de défense, avec un financement prévu dans le cadre d’une enveloppe de 131 milliards d’euros au sein du Fonds européen pour la compétitivité (FEC) du prochain budget. Ce financement, toujours en discussion, serait réparti entre le secteur spatial et d’autres investissements liés à la résilience.

Mais l’industrie de la défense, qui compte sur les capitales européennes pour défendre les intérêts de leurs entreprises nationales de défense, craint que la Commission européenne n’exerce un contrôle trop important sur les priorités en matière de dépenses et ne limite l’influence des pays de l’UE sur leurs efforts de réarmement, selon le document de l’Association des industries aérospatiales, de sécurité et de défense européennes (ASD). Au contraire, le lobby plaide en faveur d’un rôle plus limité pour la Commission.

« Toutes les activités industrielles de défense de l’UE, de la R&D à l’approvisionnement et au soutien, doivent être dirigées par les États membres », peut-on lire dans le document, s’opposant ainsi aux projets de la Commission de jouer un rôle plus central dans la prise de décision.

Ce désaccord s’inscrit dans un débat plus large sur la question de savoir qui devrait avoir le pouvoir de définir la préparation militaire de l’Europe, alors que le continent se réarme pour faire face aux menaces actuelles en matière de sécurité.

Les États membres de l’UE participent actuellement à l’élaboration de « programmes de travail » annuels pour l’octroi des fonds européens. Cela signifie que les décisions relatives aux dépenses sont prises lors de réunions à huis clos entre les gouvernements et la Commission. Cependant, l’industrie de la défense estime que cela n’est pas suffisant.

Plus précisément, le lobby doute que les gouvernements de l’UE aient suffisamment d’influence pour orienter les activités de l’industrie de la défense dans le cadre du Fonds de compétitivité, car ils n’auraient qu’un rôle consultatif général. Les entreprises de défense craignent que cela n’ait un impact négatif sur leurs résultats, car les dépenses nationales de défense donnent généralement la priorité aux industries nationales, tandis que le financement de l’UE laisse la distribution finale des fonds ouverte.

Face à la volonté de la Commission de maintenir une certaine flexibilité budgétaire, l’ASD plaide pour l’instauration de financements minimums garantis pour chaque poste budgétaire. L’organisation, qui représente plus de 4 000 entreprises du secteur en Europe, propose également la création d’un « comité directeur industriel de défense », par lequel les gouvernements conseilleraient l’UE.

De plus, l’industrie continue de défendre sa demande initiale, à savoir que l’UE alloue au moins 100 milliards d’euros exclusivement à la défense.

Les entrepreneurs européens du secteur de la défense ont traditionnellement demandé une visibilité à long terme sur le financement et les contrats afin de planifier leur capacité de production et de fabrication, car ils produisent généralement sur commande plutôt que de proposer des produits prêts à l’emploi.