Le ministre allemand des Finances s’oppose au projet de son gouvernement de sortie du charbon en 2030

Le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, Christian Lindner, s’oppose à un engagement de son gouvernement, arguant que les efforts de l’Allemagne seraient inutiles si les autres pays de l’UE étaient libres d’augmenter leurs émissions.

EURACTIV Allemagne
Large,Bucket,Wheel,Excavators,In,A,Lignite,(brown-coal),Mine,After
« Cette date est sans incidences sur le climat, puisque les émissions de CO2 qui sont évitées en Allemagne peuvent s’accumuler par exemple en Pologne, en raison des règles européennes », a déclaré M. Lindner dans une interview accordée dans un journal de Cologne, le Kölner Stadt-Anzeiger. [corlaffra / Shutterstock]

Le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, a exprimé clairement son opposition au plan de la coalition de gouvernement allemand visant à éliminer progressivement le charbon d’ici 2030 dans une interview mardi (31 octobre). Il s’oppose ainsi à un engagement de son gouvernement, arguant que les efforts de l’Allemagne seraient inutiles si les autres pays de l’UE étaient libres d’augmenter leurs émissions dans le cadre des actuelles règles de l’Union européenne.

La remise en question publique par M. Lindner de la décision de son gouvernement d’avancer « dans l’idéal » l’échéance de sortie du charbon de 2038 à 2030 a jeté de l’opprobre sur le système d’échange des quotas d’émission (SEQE) de l’UE, quelque peu défectueux.

« Cette date est sans incidences sur le climat, puisque les émissions de CO2 qui sont évitées en Allemagne peuvent s’accumuler par exemple en Pologne, en raison des règles européennes », a déclaré M. Lindner dans une interview accordée dans un journal de Cologne, le Kölner Stadt-Anzeiger.

« Tant que nous ne disposons pas d’une énergie accessible et abordable, nous devons cesser de rêver à l’élimination progressive des centrales au charbon d’ici 2030 », a-t-il ajouté.

M. Lindner fait ouvertement allusion à l’échec présumé de l’un des projets climatiques les plus emblématiques de l’UE, le système européen d’échange de quotas d’émission. Dans le cadre de ce système, la fermeture d’une ou de plusieurs centrales au charbon ne réduit pas automatiquement le nombre de quotas d’émission en circulation si le gouvernement ne demande pas à la Commission européenne de les annuler à temps.

Les mauvais résultats de l’Allemagne à cet égard ont en effet permis à d’autres pays de l’UE d’augmenter leurs émissions de carbone.

L’Allemagne a mis en place un système chronophage qui nécessite l’avis de deux experts indépendants pour déterminer le nombre de quotas à supprimer. Ce processus complexe a déjà conduit l’Allemagne à ne pas respecter le délai de notification fixé par la Commission.

Mais le rejet par M. Lindner de la date limite de sortie du charbon proposée par sa coalition de gouvernement n’a pas reçu beaucoup d’échos.

« Il ne serait pas bon pour l’Allemagne, en tant que destination commerciale, de défaire l’accord sur la sortie du charbon », a déclaré Michael Hüther, directeur de l’Institut économique allemand, au micro de la radio Deutschlandfunk.

Cette suggestion « ne stabilise pas les attentes des investisseurs. À un moment donné, il faut s’en tenir à quelque chose », a-t-il ajouté.

« Le gouvernement fédéral devrait rapidement clarifier comment la sécurité [énergétique] de l’Allemagne doit être organisée à moyen et long terme », a ajouté Kerstin Andreae, directrice de l’Association allemande des industries de l’énergie et de l’eau (BDEW), selon RND.

D’autres ont interprété la déclaration de M. Lindner comme une attaque contre son homologue de coalition, le ministre de l’Économie Robert Habeck, du parti des Verts, qui a récemment remis en question l’adhésion stricte de M. Lindner, du parti libéral FDP, à son engagement électoral de respecter le frein à l’endettement du budget fédéral.

[Édité par Théophane Hartmann.]