Le nucléaire : « energie renouvelable la plus prometteuse », selon Moscou

La Russie préfère négocier des politiques ciblées, pays par pays, plutôt qu’avec l’UE, estiment des chercheurs.

EURACTIV.fr

La Russie préfère négocier des politiques ciblées, pays par pays, plutôt qu’avec l’UE, estiment des chercheurs.

«La Russie est très riche en énergie, ce qui fait à la fois notre bonheur et notre malheur.» Les mots sont de l’ambassadeur de Russie en France, Alexandre Orlov, à l’occasion d’un séminaire sur l’énergie organisé par la revue «Passages», mardi 15 juin. Les hydrocarbures constituent en effet 50% des revenus du pays, et 60% des exportations. «Mais notre malheur, c’est que nous avons oublié de développer certains secteurs de notre économie», poursuit M. Orlov.

Dans une Europe avec laquelle Moscou privilégie un «partenariat de long terme», «la France est notre partenaire majeur», précise l’ambassadeur. De fait, GDF-Suez est impliqué dans le gazoduc Northstream, qui doit être achevé vers l’été 2011. Quant à l’entreprise EDF, elle prend une part active dans le développement du projet Southstream (lire encadré), qui doit entrer en service autour de 2015.

Les deux pays partagent également une vision voisine sur le nucléaire. C’est «l’avenir pour l’énergie dans le monde», poursuit l’ambassadeur, en expliquant que «le nucléaire est l’energie renouvelable la plus prometteuse». Une conception « propre » de cette énergie que sont loin de partager la plupart des pays européens.

Mais l’UE ne dispose toujours d’aucune orientation claire dans le domaine de l’énergie. «Un accord pour avoir une vraie politique énergétique est indispensable», estime le directeur général adjoint en charge des activités gazières du groupe EDF, Bruno Lescoeur. En attendant, «l’Europe abandonne à quelques grands industriels le soin d’assurer la sécurité énergétique de ses citoyens», explique-t-il. Avant de poursuivre : «C’est une chance pour l’Europe d’avoir les premières industries électriques et gazières».

Interdépendance

Mais les Européens sont encore très dépendants de la Russie qui lui fournit plus de 40% de son gaz  D’où la construction des gazoducs Northstream et Southstream. «Il n’est pas correct de dire que l’Europe dépend de la Russie en matière d’énergie», se défend l’ambassadeur. Selon lui, les deux blocs sont «interdépendants» l’un de l’autre. «Nous dépendons de votre consommation et de vos achats», lance-t-il, en rappelant les fortes baisses du prix du gaz et du pétrole en 2000.

D’ailleurs, «le choix de l’Europe est définitif», ajoute M. Orlov. «Nous voulons aussi nous tourner vers l’Asie, dont la Chine», explique-t-il.

«Entre l’Europe et la Russie, la question de l’interdépendance est très importante», confirme Michel Rykwin, professeur des universités à New York et spécialiste de la Russie. «Mais la politique russe ne correspond pas toujours à cette notion», analyse-t-il en jugeant que «la Russie se voit comme un équivalent de l’ensemble de l’UE, et non comme d’un seul pays de l’UE». Or, rappelle-t-il, «avec l’effondrement de l’Union soviétique, la Russie a perdu sa place de grande puissance».

Pour Alexandre Melnik, professeur de géopolitique, «la Russie a misé sur l’énergie comme ADN de ses relations avec les autres pays». Mais pour ce chercheur, Moscou préfère négocier pays par pays, et se méfie des entités supranationales comme l’Union européenne.  «La Russie adopte la politique de la bilatéralité avec des politiques ciblées», souligne-t-il. D’où la nécessité d’une politique énergétique européenne unifiée.