Le pacte budgétaire fait débat dans la campagne présidentielle française

  Selon la revue hebdomadaire Der Spiegel, les dirigeants conservateurs de l’Allemagne, de l’Espagne, du Royaume-Uni et de l’Italie se sont unis pour critiquer la campagne de François Hollande, le candidat socialiste aux élections présidentielles en France et favori des sondages.

EURACTIV.fr / Reuters
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Selon la revue hebdomadaire Der Spiegel, les dirigeants conservateurs de l’Allemagne, de l’Espagne, du Royaume-Uni et de l’Italie se sont unis pour critiquer la campagne de François Hollande, le candidat socialiste aux élections présidentielles en France et favori des sondages.

L'hebdomadaire allemand a rapport samedi (3 mars) que la chancelière allemande, Angela Merkel, le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, et le premier ministre italien, Mario Monti, s'étaient mis d'accord pour refuser de rencontrer M. Hollande.

Selon Der Spiegel, les trois dirigeants ont été « scandalisés » par les attaques répétées du leader socialiste français contre le pacte budgétaire signé par les 25 dirigeants européens à Bruxelles vendredi dernier.

Une porte-parole du gouvernement allemand a tenté de dédramatiser ces propos : « Chaque chef de gouvernement décidera s'il souhaite ou non rencontrer M. Hollande. »

Elle a ajouté que Mme Merkel, qui a publiquement réaffirmé son soutien au président français conservateur, Nicolas Sarkozy, n'avait pour l'instant pas prévu de rencontrer M. Hollande à Berlin.

M. Hollande a quant à lui déclaré qu'il bénéficiait du soutien des gouvernements belge et danois et qu'il n'avait pas besoin de l'appui des gouvernements européens les plus conservateurs.

« Je ne sais pas si cette information est exacte […] mais elle ne m'impressionne pas », a déclaré le candidat socialiste sur la chaîne télévisée France 3, à propos du reportage de Der Spiegel. « Qu'il y ait une alliance des conservateurs pour le candidat conservateur en France, c'est bien naturel. »

« Ce ne sont pas des dirigeants européens, que je respecte par ailleurs, qui doivent peser sur la décision du peuple français », a-t-il déclaré. « Nous sommes une grande nation, nous sommes un grand pays qui ne se fait pas commander ses choix par des chefs d’État et de gouvernement amis mais extérieurs à notre démocratie ».

Le débat soulevé par la position de M. Hollande sur le pacte budgétaire de l'UE a mené certains membres du gouvernement allemand à appeler à faire preuve de réserve face à cette campagne.

Dans un entretien publié le même jour dans le quotidien Die Welt, Guido Westerwelle, le ministre allemand des affaires étrangères, a demandé que son pays cesse de se mêler des affaires politiques de la France.

Appelant les décideurs politiques allemands à « faire preuve de retenue », il a affirmé n'avoir aucun doute quant au fait que l'Allemagne travaillerait convenablement avec le gouvernement choisi par le peuple français, quel qu'il soit.

Nicolas Sarkozy tente de raviver d'anciennes divisions socialistes sur l'Europe

La polémique sur le nouveau traité de l'UE a été en partie initiée par le président français, Nicolas Sarkozy, qui a tenté de raviver d'anciennes divisions socialistes sur l'Europe, lors du dernier sommet de l'UE à Bruxelles, vendredi dernier.

À propos de l'opposition des socialistes français au traité budgétaire, M. Sarkozy a déclaré que les parlementaires de gauche pourraient toujours le ratifier en s'abstenant de voter au parlement, où ils sont en majorité.

Il a ainsi rappelé l'abstention des socialistes lors de la ratification du Mécanisme européen de stabilité (MES) qui a établi le fonds de sauvetage permanent de l'UE : « Il suffirait qu'il [le parti socialiste] s'abstienne une nouvelle fois, puisque ça peut être une habitude, et alors à ce moment-là, le traité serait ratifié. »

« C'est sans doute ce qu'on appelle la conviction européenne chevillée au corps. C'est sans doute ça la nouvelle politique européenne », a-t-il déclaré à propos du Parti socialiste français.

En référence aux précédents leaders socialistes connus pour leur engagement envers l'Europe (François Mitterrand et Jacques Delors), M. Sarkozy a affirmé : « Je ne pense pas que ces hommes d'État aient fait le choix de l'abstention. Mais enfin, chacun son époque et chacun son tempérament. Allez, on se contentera d'une abstention le cas échéant ».

Le pacte budgétaire, pomme de discorde entre la gauche et la droite en Europe

Mme Merkel a réaffirmé son soutien à M. Sarkozy, inquiète à l'idée de voir la France gouvernée par un homme dont la campagne a été qualifiée d'« anachronisme de gauche » par l'un des législateurs du gouvernement allemand. La chancelière serait également déçue de ne plus pouvoir tirer parti de la dynamique qu'elle a créée avec M. Sarkozy dans la lutte contre la crise de la dette en Europe.

Dimanche dernier, M. Hollande s'est dit conscient du fait que s'il était élu, il devrait faire des efforts pour collaborer avec les dirigeants européens. « J’aurai à cœur de les convaincre d’ajouter une dimension de croissance au traité européen », a-t-il affirmé sur France 3.

La porte-parole de campagne de M. Sarkozy, Nathalie Kosciusko-Morizet, a tenté de jeter de l'huile sur le feu, affirmant que M. Hollande ne devrait pas être surpris de la décision d'Angela Merkel de ne pas le rencontrer, dans la mesure où il avait soutenu les opposants de la chancelière en Allemagne et où il cherchait à défaire sa stratégie européenne.

« Je crois qu'il essaie d'imaginer un complot, il y a tout simplement un manque de crédibilité », a expliqué Mme Kosciusko-Morizet.

Le candidat d'extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon, a quant à lui affirmé que cette polémique sur le pacte budgétaire était la preuve que la France devenait un champ de bataille entre la gauche et la droite en Europe.

« On voit les conservateurs attroupés défendre leur digue en France parce que si la digue rompt en France, ce sera la contagion », a-t-il affirmé sur la chaîne de radio Europe 1.

« Ils ont donc parfaitement raison de se méfier. Ils vont bientôt recevoir la leçon qu'ils méritent, car je pense que la France va expulser Nicolas Sarkozy de sa présidence. »