Le Parlement européen continue de boycotter le Rassemblement national
En quête de respectabilité, le Rassemblement national et ses alliés se heurtent au refus des autres groupes politiques de les inclure dans le système de répartition des postes clés au sein du Parlement.
En quête de respectabilité, le Rassemblement national et ses alliés se heurtent au refus des autres groupes politiques de les inclure dans le système de répartition des postes clés au sein du Parlement.
Dans l’enceinte européenne, où les élus du partis de Marine Le Pen et ses alliés ont opéré une percée électorale lors du scrutin de mai dernier. Mais sont tenus à l’écart des postes d’influence selon la règle du « cordon sanitaire ».
Cette pratique politique – née en Belgique dans les années 90 vise à exclure les partis politiques d’extrême droite de toute majorité politique – a été mise en œuvre lors de la dernière mandature du Parlement européen pour s’assurer que les groupes anti-européens et populistes n’accèdent pas à des postes clés au sein de l’Assemblée européenne.
Cette fois, la question de l’application du cordon sanitaire n’était pas assurée. Certains élus considérant que tenir à l’écart du pouvoir des élus démocratiquement élus et représentant une partie importante des électeurs européens serait difficile à justifier.
« Je suis partagé sur cette question de cordon sanitaire » reconnait un eurodéputé français. « Mais quand je vois l’attitude que les parlementaires du Rassemblement national ont eue lors de l’ouverture de la session… C’est un spectacle désolant, ces gens ne veulent pas jouer le jeu de l’institution » regrette-t-il.
Ouverture de la session inaugurale au Parlement européen à Strasbourg. Durant l’hymne, les élus RN restent assis. Les eurodéputés britanniques pro-Brexit préfèrent, eux, tourner le dos à l’hémicycle. #EuropeanParliament pic.twitter.com/ECrWtyJmlv
— Charles Sapin (@csapin) July 2, 2019
Lors de la cérémonie d’ouverture de la nouvelle législature du Parlement européen le 2 juillet, les 22 élus RN sont restés assis lors de l’hymne européen, tandis que les élus britanniques pro-Brexit se sont mis de dos. Une attitude qui a visiblement achevé de convaincre les derniers sceptiques au sujet du cordon sanitaire.
Règle d’Hondt
Avec 73 eurodéputés, le groupe « Identité et démocratie » auquel appartiennent les Français du Rassemblement national et les Italiens de la Liga est le 5eme groupe politique au sein de l’hémicycle, au coude à coude avec les Verts qui disposent de 74 élus.
Une présence qui leur donne – selon le principe de la règle d’Hondt – accès à un certain nombre de postes. Cette règle répartit selon un calcul complexe les postes clés entre les différentes familles politiques pour assurer la représentation de tous. « La règle d’Hondt a donné lieu à certaines monstruosités, notamment concernant la présidence de la commission agriculture et celle des affaires juridiques » reconnait Sylvie Guillaume, la cheffe de file des eurodéputés français socialistes et démocrates (S&D).
En se tenant strictement à cette règle, le Parlement aurait du placer un élu RN à la tête de la commission des affaires juridiques ou agriculture.
Celle des affaires juridiques s’occupe notamment de lever les immunités parlementaires. Or les élus RN y ont été largement confrontés lors de la dernière mandature dans le cadre de l’affaire des emplois des faux-assistants parlementaires.
La commission agriculture doit quant à elle plancher sur l’épineuse réforme de la Politique agricole commune (PAC), une des plus importantes politiques de l’UE qui mobilise près d’un tiers du budget communautaire. Et donc la France est le principal bénéficiaire.
Un dossier qu’aucun ne souhaite laisser au RN, qui réclame l’abandon de cette politique et la renationalisation des aides aux agriculteurs.
Les quatre principaux groupes au Parlement européen sont aujourd’hui tous d’accord pour conserver le cordon sanitaire autour du groupe « Identité et démocratie », qui devrait donc n’obtenir aucune présidence de commission.
Lors de l’élection des vice-présidents du Parlement européen le 3 juillet, les populistes et les eurosceptiques du groupe ECR ont déjà été tenus à l’écart des 12 postes disponibles, qui se sont répartis entre les forces pro-européennes. Un premier échec pour le groupe « ID », qui revendiquait pourtant une vice-présidence du Parlement européen lors de sa constitution au mois de juin.