Le président du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokaïev, attendu à Paris pour parler nucléaire

Le nucléaire et l'uranium devraient être au menu des discussions qui se tiendront mardi 5 novembre à l'Élysée, alors qu'Emmanuel Macron reçoit pour une visite d'État le président du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokaïev.

EURACTIV.com
President of Kazakhstan Kassym Jomart Tokayev visits France
Le président français Emmanuel Macron (G) salue le président du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokaïev (D), au palais de l'Élysée à Paris, France, le 29 novembre 2022. [TERESA SUAREZ/EPA-EFE]

Le nucléaire et l’uranium devraient être au menu des discussions qui se tiendront mardi 5 novembre à l’Élysée, alors qu’Emmanuel Macron reçoit pour une visite d’État le président du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokaïev. 

Le 6 octobre dernier, près de 70 % des électeurs kazakhs approuvaient par référendum la construction de la toute première centrale du pays et l’Élysée explique aujourd’hui souhaiter « mettre en avant » l’expertise française en matière de nucléaire.

Paris et Astana développent depuis des années des projets dans les domaines de la construction, de l’aérospatiale, de l’exploitation minière, de la chimie, de la pharmacie et de l’ingénierie mécanique, mais la France entend surtout se positionner sur ce marché prometteur.

Selon l’Élysée, la visite d’État du président kazakh a ainsi pour objectif de renforcer les relations bilatérales « spectaculaires » qui lient la France et le Kazakhstan, alors que Kassym-Jomart Tokaïev cherche à prendre ses distances avec le Kremlin.

La compagnie française EDF a déjà été désignée comme l’un des potentiels partenaires du consortium qui pourrait être chargé de construire la future centrale, aux côtés de Rosatom (Russie), de la Compagnie nucléaire nationale chinoise et d’Hydro & Nuclear Power (Corée du Sud). Des entreprises « mondiales disposant des technologies les plus avancées » et appelées à travailler ensemble, veut croire le président kazakh.

EDF n’a pas répondu à la demande de commentaires d’Euractiv au moment de la publication de cet article.

En 2022, le Kazakhstan assurait 43% de la production mondiale d’uranium. Très dépendante de cette ressource, la France avait déjà signé en 2008 un traité de partenariat stratégique avec Astana, qui mentionnait spécifiquement la poursuite de travaux conjoints dans le domaine de l’extraction d’uranium et de l’énergie nucléaire.

Le géant français du nucléaire Orano fait partie depuis 1996 d’une coentreprise, KATCO, avec le producteur d’uranium kazakh Kazatomprom.

Les liens entre les deux pays n’ont cessé depuis de se resserrer, et les deux présidents se sont rencontrés à deux reprises ces dernières années : Kassym-Jomart Tokaïev était venu à Paris en novembre 2022 et le président Macron s’était rendu à Astana à la même époque l’année dernière, en compagnie du PDG d’EDF Luc Rémont.

Le commerce entre les deux pays a augmenté de 30% en 2023 pour atteindre 4 milliards de dollars (3,67 milliards d’euros), selon les données kazakhes.

Si aucun accord spécifique sur le nucléaire ne sera conclu mardi, les deux présidents devraient souligner, dans une déclaration commune, leur volonté d’aller au-delà des termes de l’accord de 2008.

Un « moment Kazakhstan »

Le moment semble, il est vrai, propice à un rapprochement. Le président Tokaïev cherche à multiplier ses partenaires dans le cadre d’une politique étrangère dite « multivectorielle », dans l’espoir de prendre ses distances avec le Kremlin.

« Le Kazakhstan, sur une ligne de crête, essaye de faire du funambulisme » entre la Russie, la Chine et les Européens, désireux de s’engager avec tous, mais souhaitant éviter les dépendances critiques avec chacun, explique à Euractiv Catherine Poujol, historienne française et spécialiste de l’Asie centrale à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO).

Les liens d’Astana avec la Chine sont aussi « excellents », ajoute-t-elle. Kassym-Jomart Tokaïev, qui parle parfaitement le mandarin, fut même le premier dirigeant à accueillir Xi Jinping en septembre 2022, après la levée des restrictions chinoises imposées dans le cadre du Covid-19.

La relation avec la Russie est quant à elle plus délicate : Astana cherche à conserver ses distances avec Moscou mais doit composer avec son puissant voisin, alors que les deux pays ont une frontière terrestre commune de près de 6 900 kilomètres, la deuxième plus longue au monde après celle qui sépare le Canada des États-Unis.

Le Kazakhstan, ancien État satellite de l’URSS, avait demandé aux forces armées russes d’intervenir en janvier 2022 lors de manifestations contre la hausse des prix du gaz de pétrole, par l’intermédiaire de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC). L’OTSC est une alliance militaire créée en 2002 et qui réunit la Russie, le Kazakhstan, l’Arménie, la Biélorussie, le Kirghizistan et le Tadjikistan.

En raison de la réalité géographique et des liens économiques, culturels et militaires qui unissent les deux pays, « le Kazakhstan est inféodé à la Russie par nature, mais [le président] veut s’en distinguer », souligne Catherine Poujol.

Le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, est attendu au Kazakhstan les 6 et 7 novembre, afin de préparer la visite d’État de Vladimir Poutine, qui devrait avoir lieu dans quelques semaines, selon l’agence de presse russe TASS.

« Il y a un “moment Kazakhstan”, que la France a su saisir », explique Catherine Poujol.

Le discours de Kassym-Jomart Tokaïev devrait mardi à Paris être symboliquement être lu en kazakh plutôt qu’en russe.