Le président serbe demande à l’armée de se rapprocher de la frontière avec le Kosovo
Le président serbe Aleksandar Vučić a ordonné à l’armée de se rapprocher de la frontière avec le Kosovo ce vendredi (26 mai).
Le président serbe Aleksandar Vučić a ordonné à l’armée de se rapprocher de la frontière avec le Kosovo ce vendredi (26 mai), alors que les tensions sur les maires nouvellement élus dans le pays persistent.
Les ordres de M. Vučić ont été donnés alors que les Serbes de la municipalité de Zveçan, dans le nord du Kosovo, se sont heurtés à la police kosovare qui tentait d’aider le maire albanais nouvellement élu à entrer dans son bureau, a rapporté l’agence de presse serbe Tanjug.
« Un déplacement [de troupes] en urgence vers la frontière du Kosovo a été ordonné », a déclaré le ministre de la Défense Milos Vučević en direct à la télévision. « Il est clair que la terreur contre la communauté serbe du Kosovo se concrétise. »
Les médias locaux ont signalé la présence de Serbes dans trois bâtiments municipaux à Zubin Potok, Leposaviq et Zveçan après que leurs maires respectifs ont prêté serment jeudi (25 avril).
Dans des vidéos mises en ligne, on peut entendre des coups de feu et des explosions, et la présence de gros véhicules semblables à ceux qui ont été utilisés pour bloquer les routes en décembre a été signalée à Leposaviq.
Les maires, tous d’origine albanaise, ont été élus lors des élections du 23 avril, organisées après la démission massive des représentants serbes des institutions du Kosovo à la fin de l’année 2022.
Ces derniers ont abandonné leur mandat à la suite de la décision de Pristina d’imposer aux véhicules circulant au Kosovo de porter des plaques d’immatriculation kosovares. Cette décision concerne les Serbes qui ne reconnaissent pas l’indépendance de Pristina vis-à-vis de la Serbie en 2008 et qui possèdent encore des plaques d’immatriculation serbes.
Le vote local a été boycotté par les Serbes, majoritaires dans la région, à la suite d’appels lancés par Belgrade.
La police du Kosovo a publié un communiqué indiquant qu’elle s’efforçait de préserver la paix et d’assurer la sécurité.
« Conformément à ses fonctions officielles, la police du Kosovo aide aujourd’hui les maires des municipalités septentrionales de Zveçan, Leposavic et Zubin Potok à exercer leur droit de travailler dans les locaux officiels de leurs municipalités respectives », indique le communiqué de la police.
L’ambassadeur américain au Kosovo, Jeffrey Hovenier, a déclaré cette semaine que les élections du 23 avril dans les quatre municipalités du nord étaient « conformes aux lois du Kosovo prescrites par la Constitution », mais que les nouveaux maires des municipalités du nord ne devaient entrer que dans les bâtiments où ils étaient les bienvenus.
« L’endroit de la municipalité où les élus prêtent serment lors de la cérémonie n’affecte pas leur statut d’élu », a déclaré M. Hovenier lors d’une interview pour Telegrafin.
Cette déclaration a été rapidement réprimandée par le président du Parlement du Kosovo, Glauk Konjufca, qui a déclaré que le rôle des maires était défini par la Constitution.
La semaine dernière, M. Vučić a déclaré qu’il n’accepterait pas la prestation de serment d’un quelconque maire dans le nord, élu selon lui lors d’« élections truquées ».
« Les autorités de Belgrade ne reconnaissent pas les résultats de ces élections et les ont considérées comme non démocratiques et illégales », a-t-il ajouté.
Le vice-président de la Liste serbe, Igor Simić, a déclaré qu’avec la prestation de serment du nouveau maire de Mitrovica Nord, issu du parti Vetëvendosje, « l’occupation du nord a officiellement commencé ».
M. Simić a donné au Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, jusqu’au 1er juin pour « mettre fin à la répression, à l’expropriation, à l’arrestation, à la persécution et aux attaques contre les Serbes ».
Si cela continue, a-t-il ajouté, « la population serbe se protégera par tous les moyens », sans donner d’explications.
Ces évènements interviennent quelques heures avant le premier des deux grands rassemblements prévus à Belgrade. Le premier, organisé par le parti au pouvoir, aura lieu vendredi, et le second, organisé par l’opposition, aura lieu samedi.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]