Le principal centre de recherche en France lance un programme pour attirer les chercheurs étrangers menacés

Vaisseau amiral de la recherche française, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) lance un programme pour attirer des scientifiques étrangers dont le travail est menacé, notamment aux États-Unis — un mouvement encouragé par l'exécutif.

EURACTIV France avec AFP
Ceremony marking the 80th anniversary of the French National Centre for Scientific Research (CNRS) at the Palais de la Decouverte in Paris
Le président français Emmanuel Macron et le président-directeur général du CNRS, Antoine Petit, lors de la cérémonie marquant le 80e anniversaire du Centre à Paris, France, le 26 novembre 2019. [EPA-EFE/BENOIT TESSIER]

Vaisseau amiral de la recherche française, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) lance un programme pour attirer des scientifiques étrangers dont le travail est menacé, notamment aux États-Unis — un mouvement encouragé par l’exécutif.

Les premiers contacts traduisent un « petit élan », qui concerne « pour l’immense majorité des non-Américains », explique à l’AFP Antoine Petit, le PDG du CNRS.

L’organisme, le premier en Europe en matière de recherche avec 34.000 agents, ouvre les bras aux « collègues aujourd’hui empêchés de faire de la recherche », mais aussi aux chercheurs français expatriés dont certains n’ont « pas envie de vivre et d’élever leurs enfants dans les États-Unis de Trump », dit-il.

Cette initiative, baptisée « Choose CNRS » (« Choisissez le CNRS »), suit celle impulsée par l’exécutif avec l’annonce mi-avril d’une plateforme « Choose France for science« .

« Des chercheurs étrangers sont déjà arrivés en France pour se familiariser avec les infrastructures en attente de la mise en place des fonds et de la plateforme », indique-t-on au ministère français de la Recherche.

Ces programmes font suite à l’annonce par le président français Emmanuel Macron d’une conférence à Paris de la communauté de la recherche, prévue lundi.

Intitulé « Choose Europe for Science« , l’évènement auquel participera la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, entend signifier « dans un moment où les libertés académiques connaissent un certain nombre de reflux ou de menaces, que l’Europe est un continent d’attractivité », selon la présidence française.

Pionnière de ce mouvement dès le mois de mars avec son programme « Safe place for science » (« un endroit sûr pour la science »), l’Université d’Aix-Marseille, dans le sud-est de la France, accueillera ses premiers chercheurs en juin.

Nerf de la guerre

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier, chercheurs et universités sont dans le collimateur de son gouvernement et ont peur pour leur avenir, entre libertés académiques et de recherche minées, financements sabrés.

Avec son initiative, le CNRS, qui a l’habitude de recruter des chercheurs non français à hauteur d’un tiers chaque année dans ses concours classiques, vise quatre publics, des post-doctorants — dont certains pourraient espérer des emplois pérennes — jusqu’à d’éventuelles « stars » de la recherche mondiale, sur des chaires internationales.

Sans besoin de les payer mieux que ne le sont les meilleurs déjà employés, selon son PDG.

Il se dit en effet convaincu que « la motivation d’un chercheur n’est jamais la rémunération », mais avant tout « l’environnement de travail, avec ses infrastructures, et la possibilité de se confronter aux meilleurs ».

Sans compter qu’une fois intégrés les frais liés à l’éducation, la santé et la protection sociale, les écarts de rémunération paraissent plus faibles.

Pour autant, l’argent restant le nerf de la guerre pour financer la recherche, le responsable note que la marge de manœuvre du CNRS n’est « pas très grande ».

Il place ses espoirs dans l’annonce sur la plateforme « Choose France » que l’État pourrait abonder jusqu’à 50% du coût de projets de recherche, au mérite et sur les fonds du programme France 2030.

« C’est au niveau européen que l’effort doit être fait », remarquait récemment le ministre français de la Recherche Philippe Baptiste. Et pas seulement pour des questions d’argent, mais aussi pour la libre circulation des chercheurs ou de la connaissance.

« On pense, à France-Universités, que c’est l’échelle à laquelle il faut travailler », souligne aussi auprès de l’AFP son vice-président Jean-François Huchet, en rappelant que « l’Europe de la recherche doit encore se constituer ».

« Ce que nous pouvons faire pour les chercheurs aux États-Unis pourrait accélérer le mouvement et améliorer nos dispositifs », ajoute-t-il.

Par exemple, dans l’accès à certaines bases de données, partagées avec les États-Unis, qui pourrait être menacé. Ce qui « pose la question de notre souveraineté », avertit le responsable.