Le projet français de Club Med est « à moitié gelé » [FR]
Neuf mois après le lancement de l’Union pour la Méditerranée par le président français Nicolas Sarkozy, il semble que peu de choses aient été concrétisées. Robert del Picchia, sénateur français et membre de l’Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne, en explique les raisons dans un entretien accordé à EURACTIV France.
Neuf mois après le lancement de l’Union pour la Méditerranée par le président français Nicolas Sarkozy, il semble que peu de choses aient été concrétisées. Robert del Picchia, sénateur français et membre de l’Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne, en explique les raisons dans un entretien accordé à EURACTIV France.
« Il faut dire que la réunion de lancement de l’Union pour la Méditerranée (UPM), le 13 juillet à Paris, a été indéniablement un succès diplomatique », a déclaré M. del Picchia, qui a récemment rédigé un rapport d’étape http://www.senat.fr/europe/r31032009.html#toc1 sur l’UPM à destination du Sénat français.
Dans son rapport, M. del Picchia a souligné que l’objectif du projet était de renforcer les relations bilatérales entres les Etats du Sud et ceux du Nord, de chaque côté de la Méditerranée (EURACTIV 14/07/08 http://www.euractiv.com/fr/elargissement/sommet-paris-inaugure-union-mediterranee/article-174220).
Toutefois, le sénateur a noté que la MedUnion – ou « Club Med » comme elle a été rapidement surnommée – manque d’institutions spécifiques pour être pleinement opérationnelle. « Les 43 pays […] ont d’abord lancé des projets, des idées et des objectifs, et puis dans un deuxième temps, ils ont réfléchi aux institutions », a-t-il déclaré.
La nouvelle Union a été officiellement inaugurée lors d’un sommet de Paris, en juillet dernier (EURACTIV 14/07/08). Elle comprend l’ensemble des 27 Etats membres de l’UE, les 12 pays de la Méditerranée membres du processus de Barcelone et les quatre pays des Balkans du pourtour méditerranéen.
L’un des objectifs clé était la création d’une zone de libre-échange avant 2010, mais les progrès ont été jusqu’à présent lents et manquent d’une dimension politique.
Le choix d’un siège pour l’organisation nouvellement créée semble avoir entamé de beaucoup la bonne volonté et l’énergie pour lancer le projet. Après quatre mois d’âpres négociations diplomatiques, les ministres européens aux Affaires étrangères ont finalement choisi Barcelone comme siège de la nouvelle organisation (EURACTIV 6/11/08).
« Même si tout le monde s’est mis d’accord pour un sommet tous les deux ans, une co-présidence partagée entre la France et l’Egypte, l’UPM ne dispose toujours pas d’un secrétariat, ni de comités permanents chargés de préparer les réunions et de les suivre », a déploré M. del Picchia.
Reste également à savoir si la France transmettra sa co-présidence à la Suède lorsqu’elle prendra la présidence tournante de l’UE en juillet. En janvier, la République tchèque a décliné cette position au profit de la France lorsqu’elle a pris la barre de l’Union.
M. del Picchia a également souligné que le financement de l’UPM n’est pas encore clairement défini, expliquant que les termes utilisés dans la déclaration de Paris, qui a lancé l’UPM en juillet 2008, sont « extrêmement vagues » sur la question.
Crise de Gaza
L’incursion militaire israélienne dans Gaza en janvier « a bloqué beaucoup de choses », a expliqué le sénateur. « Les pays arabes ont hésité à continuer à participer à l’UPM », a-t-il ajouté.
« Israël ne voulait pas de la Ligue arabe aux réunions », a poursuivi M. del Picchia. Résultat: plusieurs réunions ont été annulées, y compris une réunion ministérielle importante, en Jordanie, sur le thème de l’eau.
A ce stade, plus aucune réunion n’est inscrite à l’agenda. « On peut dire que le processus est à moitié gelé », a admis M. del Picchia, avant de rappeler qu’ « il nous reste les projets ». « Des experts et des diplomates continuent à y travailler sans avoir l’aval officiel des institutions. »
« L’objectif de l’UPM, c’est de dire que si l’on n’arrive pas à se mettre d’accord politiquement, il faut au moins essayer de réaliser les projets », a poursuivi M. del Picchia. « Un ou deux pays du Nord peuvent se mettre d’accord avec quelques pays du Sud pour réaliser des projets. Si ceux-ci avancent et fonctionnent, d’autres pays pourront venir s’agréger à ces idées », a-t-il fait remarquer.
« Si le Nord et le Sud arrivent à faire des choses concrètes, nous pourrons alors réfléchir à la solution politique », selon le sénateur français.
Crise financière
Interrogé sur les effets de la crise financière sur le projet, M. del Picchia a déclaré qu’ « elle peut être aussi bien négative que positive ». « Certains pays peuvent choisir de financer des projets créateurs d’emplois », a-t-il ajouté. « Par ailleurs, au sud de la Méditerranée, certains marchés peuvent connaître un fort développement, et aider les pays du Nord qui ont aujourd’hui des problèmes financiers ou industriels. »