Le Quai d’Orsay chouchoute les entreprises

Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius milite pour le renforcement de la diplomatie économique française. Le portefeuille du commerce extérieur vient d’être rattaché à son ministère.

EURACTIV.fr
Laurent Fabius – © MAE/F. de la Mure
Laurent Fabius - © MAE/F. de la Mure

Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius milite pour le renforcement de la diplomatie économique française. Le portefeuille du commerce extérieur vient d’être rattaché à son ministère.

montée en puissance de la diplomatie économique sous la houlette de Laurent Fabius se poursuit. A l’occasion de la deuxième édition des «Rencontres Quai d’Orsay Entreprises», organisées mardi 8 avril par le ministère des Affaires étrangères, le chef de la diplomatie française a réaffirmé l’engagement français en faveur de la promotion des intérêts des entreprises françaises à l’export.

Une priorité lancée il y a un an par le chef de la diplomatie, qui trouve un nouvel élan grâce au rattachement du portefeuille du commerce extérieur au Quai d’Orsay, précédemment sous l’égide de Bercy.

Maison commune

Confirmé à son poste la semaine dernière suite au remaniement ministériel, Laurent Fabius compte utiliser cette nouvelle compétence pour faire monter en puissance la diplomatie économique, auparavant scindée entre les deux ministères.

>>Lire : Le partenariat transatlantique au cœur du remaniement

« Le fait que nous soyons maintenant réunis dans une même maison devrait aider à avoir une position plus claire » s’est félicité Laurent Fabius lors d’un débat sur les entreprises, la mondialisation et la diplomatie économique.

 « On peut avoir une certaine puissance économique sans avoir une diplomatie forte, comme jusqu’il y a peu l’Allemagne. Mais on ne peut pas avoir une politique étrangère solide sans diplomatie économique » a martelé le ministre.

Balance commerciale déficitaire

L’accent mis sur la diplomatie économique vise principalement à participer au redressement économique de la France. « Notre compétitivité n’est pas excellente, donc il faut se retrousser les manches et regagner le terrain perdu » a reconnu le chef de la diplomatie.

Avec une balance commerciale déficitaire depuis 10 ans, la France doit en effet redresser la barre. D’autant que la légère réduction du déficit commercial du pays depuis 2011 repose davantage sur la faiblesse de la demande intérieure et donc des importations que sur la hausse des exportations, qui restent stables sur les douze derniers mois.

Les chiffres du commerce extérieur français pour février 2014, publiés le 8 avril, confirment d’ailleurs cette tendance, avec un déficit commercial de 3,4 milliards d’euros, contre 5,6 milliards en janvier.

Soutien décisif

Pour les entreprises, le rôle de la chancellerie peut dans certains cas s’avérer décisif. « Les ambassadeurs nous accompagnent de manière plus ou moins étroite selon les cas et les besoins » détaille Patrick Kron, président-directeur général d’Alstom.

« Mais la relation bilatérale n’a jamais transformé un mauvais projet en contrat » avertit le chef d’entreprise, même si dans certains domaines notamment ceux financés par l’investissement public comme le ferroviaire « un bon projet peut être perdu sans cette diplomatie »

 « Dans des domaines dits de souveraineté nationale, si l’on n’a pas l’appui de son État, il est difficile de remporter un contrat » reconnait Laurent Fabius.

Troisième réseau diplomatique mondial

Reste que la diplomatie économique française n’est pas toujours comprise par les interlocuteurs étrangers. « Beaucoup de pays ont du mal à comprendre qu’il puisse y avoir plusieurs projets français. Dans certains domaines, présenter plusieurs projets, c’est n’en présenter aucun » a souligné le ministre. Mais l’arbitrage entre deux offres françaises reste un sujet trop sensible.

« La diplomatie économique est essentielle, car ces nouveaux acteurs sont très loin de nos bases et de notre culture. Pour faciliter la prise de décision de ces fonds souverains des pays émergents en faveur d’entreprises françaises, ils ont besoin que la diplomatie leur explique nos pôles d’expertise » souligne Dominique Senequier, présidente de la société d’investissement d’Ardian.  

L’assistance des diplomates fait parfois la différence, mais  pas toujours à l’avantage de la France, qui possède pourtant un des réseaux d’ambassade les plus étoffé du monde.

Avec 163 ambassades bilatérales et 16 représentations multilatérales, la France en effet du 3e réseau diplomatique mondial, derrière les Etats-Unis et la Chine,  et du premier réseau européen, selon la Cour des comptes. « On perd souvent face à Goldman Sachs alors que notre ratio est 10 points au-dessus » regrette Dominique Senequier,

Les PME à la traine

Autre chantier prioritaire de l’agenda diplomatique, la présence des Petites et Moyennes Entreprises françaises (PME) à l’international. Seules 100 000 PME françaises sont présentes à l’export, alors que l’Allemagne en compte 400 000 et l’Italie 300 000. Une contreperformance soulignée par le ministre. « C’est plus compliqué avec les petites et moyennes entreprises. Il faut qu’on soit plus présent avec ces entreprises afin qu’elles s’exportent à l’étranger ».