Le refroidissement russo-américain pénalise l'Antarctique

EXCLUSIF / Les États-Unis et la Nouvelle-Zélande ont proposé de réduire de 40 % l'étendue de l'aire maritime protégée (AMP) dans la mer de Ross. Selon un think-tank, cette décision fait suite à la détérioration des relations entre Washington et Moscou.

EURACTIV.com
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EXCLUSIF / Les États-Unis et la Nouvelle-Zélande ont proposé de réduire de 40 % l'étendue de l'aire maritime protégée (AMP) dans la mer de Ross. Selon un think-tank, cette décision fait suite à la détérioration des relations entre Washington et Moscou.

L'Union européenne a proposé en juillet de créer une aire protégée de 2,3 millions de kilomètres carré dans la mer de Ross, une baie de l'océan austral restée intacte et particulièrement riche en faune et en flore. L'Australie et la France, au nom de ses départements d’outre-mer,  se sont jointes à cette proposition.

Mais à la surprise des parties prenantes, la Russie s'y est opposée en raison de ses intérêts de pêche, lors d'une réunion de la Commission sur la conservation de la faune et de la flore marines de l'Antarctique (CCAMLR) à Bremerhaven en Allemagne.

Des fonctionnaires américains ont ensuite présenté un projet révisé et plus modeste, qui supprime le statut protégé des lieux de ponte des légines, qui sont de gros poissons à chair blanche très pêchés depuis une trentaine d'années. De même, les monts sous-marins du  nord de la mer de Ross ont été sortis de l'aire protégée.

Certains pensent que la proposition d'aire protégée pour l'écosystème le plus vierge et le plus fragile sur Terre est victime des tensions bilatérales à propos de la Syrie et l'Iran.

« Les évènements de Bremerhaven ont laissé tout le monde un peu perplexe », déclare Andrea Kavanagh, la responsable de la campagne Southern Ocean Sanctuaries de l'organisation Pew Charitable Trusts. « Il nous est difficile de comprendre exactement les intentions et les intérêts de la Russie. »

« Je me demande si la proposition concernant la mer de Ross est victime de l'état actuel des relations entre les États-Unis et la Russie », ajoute-t-elle. Le cas échéant, il s'agirait d'un changement de méthode en matière de protection de l'Antarctique par rapport aux 50 dernières années.

« Ils ont été de bons partenaires et j'espère qu'ils ne perdront pas de vue l'objectif général », ajoute-t-elle.

Un fonctionnaire américain explique à EURACTIV que les nouvelles concessions ont été réalisées en vue d'obtenir le soutien de la Russie. Il n'est toutefois pas certain qu'elles suffiront à convaincre Moscou.

« Ce sujet trouble la Russie depuis l'année dernière », selon cette source. « Je ne pense pas que les autres dossiers [Syrie et Iran] rendent service, mais nous ne connaissons pas vraiment la raison des objections russes. Les Russes invoquent la science. »

Lors d'une conférence de presse en juillet à Bermerhaven, Moscou et Kiev avaient contesté le droit de la CCAMLR d’établir une aire protégée, la nécessité d'une telle action, la taille et la durée d'une AMP.

Les espèces marines sont en jeu

La proposition d'AMP correspond à la superficie de toutes les autres réserves établies jusqu'à présent dans le monde. Elle constituerait le refuge de différentes espèces animales marines, dont :

  • environ un million de couples de manchots Adélie
  • plus d'une dizaine d'espèces de baleines
  • plus d'un tiers de la population des manchots empereurs
  • une multitude de krills et de poissons
  • la légine qui peut atteindre deux mètres de long et 200 kilos
  • des espèces de calmars colossaux mesurant jusqu’à 14 mètres de long

Au total, les eaux de l'Antarctique entourant la mer de Ross et les aires marines antarctiques représentent environ 10 % de la superficie des mers dans le monde et abritent près de 10 000 espèces.

Le secrétaire d'État américain, John Kerry, a expliqué cette année au Pew Charitable Trusts que la protection des océans et de la pêche, comme dans la mer de Ross, constituaient « un défi pour notre engagement scientifique, les faits et nos convictions ».

La proposition moins ambitieuse des États-Unis irrite les diplomates européens. « Nous devons évidemment trouver un compromis », explique le chef de la délégation d'un État membre à EURACTIV.

Méthode inappropriée

« Je ne sais pas si la présentation de ce compromis avant le début des négociations était vraiment appropriée. […] Nous aurions peut-être agi différemment », ajoute-il.

Même si les États-Unis admettent que le nouveau projet ne donnera pas lieu à une aire protégée de la taille de l'Alaska, ils soulignent qu’elle préservera une superficie deux fois plus grande que le Texas.

« À l'instar des ONG, nous voulons une aire maritime protégée de grande envergure et [la nouvelle proposition] constituerait une avancée significative dans la protection marine », affirme Evan Bloom, le directeur du bureau des affaires océanographiques et polaires du département d'État américain.  « Selon nous, il s'agit vraiment d'une voie vers la réussite. »

La nouvelle proposition sera sur la table de la conférence de la CCAMLR, organisée en octobre à Hobart (Australie).